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Le Serment de l'Empenneur

Lire le chapitre 2: A Night's Work

La tente du comte de Suffolk sentait la cire et le vin chaud. Une chandelle grasse vacillait sur la table pliante, éclairant des cartes dépliées, des sceaux de cire rouge et les doigts boudinés du comte, qui tournait une flèche brisée entre ses mains comme s'il s'agissait d'un serpent mort.

« Douze flèches ? » Suffolk leva un sourcil épais. « Sur les vingt-quatre de votre carquois ? »

« Douze, milord. Têtes burinées au couteau, encoches fendues en croix. » Thomas Barrow se tenait droit, les mains croisées dans le dos. Il ne cligna pas des yeux. « J'ai fait ce métier. On ne sabote pas une flèche par accident. »

Suffolk jeta la flèche sur la table avec un bruit mat. « Le bois fatigue. Les encoches s'ouvrent. Vous autres, archers, vous êtes des superstitieux. Quatre jours de pluie, vos cordes détendues, et vous voyez des complots. »

« Milord, j'ai fendu le rabot moi-même à l'automne. Cette encoche est nette. Coupée au canif. Et la hampe… » Thomas marqua une pause, choisissant ses mots avec la précision d'un artisan. « Celle-là porte un empennage de cygne violet. Pas de vulgaire plume d'oie. Du violet, milord. Qui, dans cette armée, peut se payer du violet ? »

Le silence dura une gorgée de vin. Suffolk échangea un regard avec Sir John Greyhill, qui se tenait près de l'entrée de la tente, les bras croisés, le visage fermé comme une porte de grange.

« Le camp est plein de nobles qui aiment les couleurs, » dit Suffolk d'un ton las. « Je ne vais pas éveiller chaque tente pour une plume peinte. Si vos flèches sont mauvaises, on vous en donnera d'autres. Le charpentier a des stocks. »

« Ce ne sont pas mes flèches qui me préoccupent, milord. » Thomas avança d'un pas. Le plancher de planches craqua sous ses bottes. « C'est celles des autres. Et l'heure. L'aube nous trouve sur le champ, ou nous restons dans la boue. Si quelqu'un a saboté mon stock, il a saboté les autres. »

Suffolk leva la main, paume ouverte, comme on écarte un moucheron. « Assez. Je vous remercie de votre zèle, archer. Vous ferez rapport au capitaine des bagages. On vous remplacera vos douze flèches. »

Il se tourna vers ses cartes. L'entretien était fini.

Thomas serra les mâchoires. Derrière lui, une main se posa sur son épaule. Il tourna la tête. Greyhill avait le regard froid, mais le front légèrement plissé.

« Sortez. Je vous rejoins. »

Thomas sortit dans la nuit humide. La pluie s'était arrêtée, mais l'air était encore lourd, chargé de fumées de feux de camp et de crottin foulé. Tout autour, des ombres : des archers accroupis qui graissaient leurs cordes, des écuyers qui frottaient les armures, des chevaux qui soufflaient dans le noir. Il connaissait ce paysage, ce camp. Il y avait vécu vingt ans de sa vie — sous la pluie, sous la boue, sous les flèches.

Greyhill sortit de la tente, le pas vif d'un homme qui n'aime pas perdre du temps. Il s'arrêta à deux pas de Thomas et baissa la voix, si bas que le bruit d'un feu qui craque aurait suffi à couvrir ses mots.

« Le comte est un politicien. Il pense en terres et en rançons. Moi, je pense en arcs. »

Thomas attendit.

« J'ai vu des sabotages à Harfleur. Des cordes coupées, des pointes fausses. Un homme, un déserteur, avait travaillé des deux côtés. On l'a pendu. » Greyhill leva le menton vers les tentes lointaines, là où la ligne anglaise se fondait dans l'obscurité. « Mais cette nuit, c'est différent. On ne défend pas un mur. On attaque. Et si notre premier vol de flèches ne part pas… »

« Ils nous tombent dessus à cheval, » acheva Thomas.

Greyhill hocha la tête. « J'ai mis mes propres hommes sur les chariots d'approvisionnement. Tous les stocks en réserve sont scellés et gardés. Mais cela ne suffit pas. Si l'espion est dedans — dans les rangs — il peut frapper où on ne le regarde pas. C'est pourquoi… » Il sortit un petit sac de cuir de sa ceinture et le tendit à Thomas. À l'intérieur, le bruit métallique d'un sceau.

« Ceci vous donne accès où vous voulez, jusqu'à l'aube. Interrogez, fouillez, comptez. Trouvez-moi celui qui a coupé vos encoches. Et trouvez-le avant que le chapelain ne sonne la messe. » Greyhill le regarda droit dans les yeux. « Vous avez six heures, archer. Si vous échouez, les premiers rangs de la bataille seront tirés à blanc. Et nous savons tous les deux ce que cela signifie. »

Thomas prit le sceau. Il était lourd, marqué aux armes de Greyhill — un épervier et un rameau. Il le glissa sous sa tunique.

« Une chose, » dit Thomas. « Pourquoi moi ? Je suis un simple archer. Vous avez des sergents, des écuyers, vos propres hommes de confiance. »

Greyhill sourit, un sourire mince et sans chaleur, qui ne touchait pas ses yeux. « Parce que les sergents obéissent, et les écuyers répètent. Un artisan, lui, regarde avec les mains. Vous avez vu la flèche. Vous avez vu la plume violette. Je veux quelqu'un qui sache lire le bois. »

Là-dessus, il tourna les talons et disparut dans le noir, sa cape sombre avalée par le camp.

Thomas resta un instant immobile, le sceau contre la poitrine, puis retroussa ses manches. Il fallait aller vite. Il n'avait pas le temps de réfléchir — seulement d'agir.

Il commença par la rangée des arcs. Le caporal Hodge, un vieux briscard au visage couturé de la petite vérole, le laissa passer quand Thomas montra le sceau. Dans la lueur d'un fagot de brindilles, Thomas ouvrit les carquois rangés sur le sol, un à un. Il soulevait chaque flèche à la chandelle, tournait la hampe entre ses doigts, examinait la tête, l'encoche, l'empenne. La plupart étaient bonnes. Mieux que bonnes — certaines portaient des marques de fason de maîtres armuriers, des pointes aiguisées à la pierre, des plumes d'oie grise bien collées à la poix.

Mais aux troisième et quatrième rangées — celles des hommes du premier rang, les tireurs d'élite, ceux qui ouvriraient le feu à l'aube — il trouva le même travail. Discret. Propre. Une encoche élargie au canif, pas assez pour paraître neuve, mais assez pour fendre sous la traction. Des pointes qui semblaient solides mais qui se détachaient si on exerçait une petite torsion au niveau de la soie. Des hastes dont on avait retiré quelques fibres sous le bois, là où l'œil ne regarde jamais.

« Qu'est-ce que ça veut dire, Thomas ? » demanda Hodge, en mâchonnant une chique d'herbe sèche.

Thomas posa une flèche sur la paume de sa main et la fit tourner lentement. Son ventre se serra. Le travail était méthodique. Ce n'était pas un geste de panique, pas un acte de rage — c'était une opération réfléchie. Peu de flèches, mais les bonnes. Les premières. Celles qui partiraient en vol, dans le noir, sans qu'on les examine, parce qu'elles venaient d'être affûtées la veille. Quiconque avait fait ça connaissait le plan de bataille — ou avait accès à ceux qui le connaissaient.

« Regarde, » dit Thomas à voix basse, tendant la flèche à Hodge. « Cette hampe vient du stock des premiers rangs. La corde en chanvre, la plume grise. Mais regarde l'encoche : elle est fendue en croix, comme la mienne. Il n'a pas fait toutes les flèches. Il en a choisi quelques-unes, dans chaque carquois, assez pour casser la volée sans attirer l'œil avant l'aube. Au moment où la bataille commence, on tire à moitié plein. Et certaines de nos meilleures flèches éclatent en vol. »

Hodge jura entre ses dents. « On prévient les sergents ? »

« Les sergents sont passés par ici avant moi. » Thomas remit la flèche en place, soigneusement, pour que personne ne remarque qu'elle avait été déplacée. « Et aucun n'a rien vu. Ce qui veut dire qu'ils ne regardent pas où il faut. »

Il se releva, les genoux raides, les yeux fatigués. Mais son esprit travaillait. Le sabotage ne visait pas l'approvisionnement. Il visait le moment précis où les archers anglais changeraient le cours de la bataille. Le premier vol. Toute la stratégie reposait dessus. Plus jamais un archer ne tirerait dans un moment aussi décisif.

« Hodge, » dit Thomas, en baissant encore la voix, « qui passe la nuit entre les rangées ? Qui a accès à tous les carquois sans éveiller les soupçons ? »

Hodge plissa les yeux. « Tout le monde, si tu es assez silencieux. Un homme peut se déplacer entre les tentes si les gardes sont occupés ou unis. Et avec une cape sombre, un mot de passe murmuré… »

« Les gardes de Greyhill sont posés depuis une heure. » Thomas compta sur ses doigts. « Le sabotage a forcément eu lieu avant. Hier soir, ou dans l'après-midi. Quand les flèches étaient encore dans les chariots. »

« Les chariots étaient ouverts, hier. Livraison des fournitures. Tous les capitaines y sont passés. »

Thomas se figea. Ses doigts se refermèrent sur le sceau sous sa tunique.

« Tous les capitaines. Tu as vu quelque chose ? Un noble ? Un écuyer ? Quelqu'un qui n'avait pas l'air à sa place ? »

Hodge haussa les épaules, grattant sa joue couturée. « J'ai vu le vieux Watkins, le fletcher du camp, qui parlait avec un cavalier près des chariots. Celui-là n'était pas des nôtres. Grande silhouette, il portait une cape de cavalier, pas un tabard d'archerie. Et il est parti avant le coucher du soleil, sans fourrage ni escorte. »

« Tu saurais le reconnaître ? »

« Difficile à dire. Il faisait brun déjà. Mais je me rappelle qu'il avait une bague à l'index, large, qui brillait quand il a sorti sa main de la cape pour indiquer quelque chose. »

Une bague. Un homme. Une conversation près des chariots, juste après la livraison des flèches.

Le cœur de Thomas battit un rythme plus rapide. Il remercia Hodge et sortit de la rangée, marchant vers les tentes du fourrier, là où le vieux Watkins entreposait ses colophanes, ses plumes et ses pointes.

Mais à mi-chemin, il s'arrêta. Dans l'ombre d'une charrette, une silhouette mince s'était glissée entre deux tentes latrines, à pas comptés, comme quelqu'un qui ne veut pas être vu.

Thomas resta immobile. Les yeux s'habituèrent au noir. La silhouette n'était pas armée, pas de tabard, pas de bassinet. Elle bougea à nouveau, rapide, et disparut derrière la tente du chapelain.

Il ne s'arrêta pas pour réfléchir. Il suivit.