Le Serment de l'Empenneur
Lire le chapitre 20: Rescuing Will
L’aube n’était plus qu’une promesse voilée de brume au-dessus des arbres, mais Thomas sentait le froid de la terre dans ses os. Il s’accroupit derrière un taillis de noisetiers, Greyhill à sa droite, Jack un pas derrière. Le poste français se dessinait à vingt toises : trois hommes, peut-être quatre, autour d’un feu de bivouac mal entretenu. Will était là-bas, le dos contre un tronc, les poignets liés derrière le tronc, la tête affaissée. Une tache sombre sur sa tunique — du sang, ancien ou nouveau, Thomas ne pouvait pas le distinguer.
“Trois visibles,” souffla Greyhill, la main sur son épée. “La tente, là—si un quatrième dort, il sortira les mains pleines de sommeil.”
Thomas dégaina son couteau, en testa le fil sur son pouce. Le capitaine était mort, mais ses hommes ? L’un d’eux, un archer au visage creusé, était parti chercher du bois. Une ombre remua sous la bâche.
“Jack,” dit Thomas à voix basse. “Tu sais tirer sans te faire voir?”
Jack haussa une épaule. “Je sais ramper, et c’est souvent plus utile.”
“Alors tu rampes. À droite, vers le cheval entravé. Tu le détaches, tu lui donnes un coup sur la croupe. Il fera assez de bruit pour que les deux sentinelles regardent de son côté. Greyhill et moi, on prend celui de gauche et celui du feu.”
Jack acquiesça et disparut dans les broussailles avec une souplesse de fouine. Thomas compta ses battements de cœur. Cinq. Dix. Un hennissement, un fracas de branches brisées, et le cheval blanc jaillit de l’ombre en détalant vers le nord.
“Quoi—?” L’homme au feu se leva, la main sur sa hallebarde. Son compagnon, celui qui faisait les cent pas près de Will, tourna la tête exactement dans la direction voulue.
Thomas bondit. Il couvrit la distance en six enjambées silencieuses, le couteau déjà levé. Le Français l’entendit trop tard ; sa gorge s’ouvrit dans un gargouillis, il tomba sans un cri. Greyhill avait eu moins de grâce : l’épée du garde avait grincé contre la sienne, un choc métallique qui déchira la nuit. Thomas tourna, vit Greyhill pousser une parade et enfoncer sa lame dans l’aine du soldat. L’homme hurla — un son bref, coupé net.
La bâche de la tente se souleva. Un quatrième homme en sortit, les yeux écarquillés, une dague à la main. Thomas lança son couteau. La lame s’enfonça dans l’épaule du Français, qui pivota en criant et tomba à genoux. Deux secondes plus tard, Jack était sur lui, son propre couteau sous le menton du soldat.
“Vivant,” gronda Thomas. “On a besoin de réponses.”
Jack maintint le Français au sol. Thomas courut vers Will, coupa les liens d’un geste sec. Le garçon était froid comme une pierre de rivière, mais ses yeux s’ouvrirent quand Thomas lui saisit le menton.
“Thomas… je savais que tu viendrais.”
“Tu saignes encore?”
“Bras gauche. Le sergent a voulu me montrer qu’il parlait français.” Will esquissa un sourire pâle. “Il m’a surtout appris à jurer.”
Thomas pressa un chiffon propre pris à la ceinture de Greyhill contre la plaie. L’entaille était nette, profonde mais pas mortelle. “Imbécile. Qu’est-ce qu’ils t’ont demandé?”
Will toussa. “Roger. Jean. Le nom de tous ceux qui gardent les ponts. Mais c’était une mise en scène, Thomas.” Ses doigts agrippèrent le bras de Thomas avec une force soudaine. “Le sergent ne m’interrogeait pas. Il attendait.”
“Il attendait quoi?”
“Que quelqu’un vienne. Toi. Greyhill. N’importe qui du camp. Le poste était un guet-apens — pas pour me libérer, mais pour capturer les sauveurs.”
Thomas se redressa. Ses yeux balayèrent la clairière. La tente. Le feu. Les arbres.
Le pont.
Une silhouette mince se tenait sur le pont de rondins qui enjambait un ruisseau adjacent. Elle portait une cape sombre, un chaperon rabattu sur le visage. Mais Thomas reconnaissait la carrure, la légère inclinaison de la tête. Jean. Le faux écuyer. L’espion.
Greyhill releva son épée. “Il est seul.”
“Il l’était.” Jean parla sans élever la voix, en anglais parfait. “Mais il n’est jamais seul bien longtemps.” Il s’avança d’un pas, et le feu attrapa son visage. Il était plus âgé que Greyhill ne l’avait décrit — la trentaine passée, un nez cassé, des yeux clairs comme de l’eau de fonte. “Tu as fait du beau travail, Barrow. Mercer était un imbécile, il méritait sa mort. Greyhill ? Un honnête homme. C’est presque dommage.”
“Le vicomte d’Agincourt,” dit Thomas lentement. Les pièces s’assemblaient de force dans sa tête, une serrure qu’il forçait. “Pas un espion. Le seigneur en personne. Tu nous regardes creuser nos tombes depuis trois semaines.”
Jean inclina la tête. “Le roi de France m’a donné la charge de cette campagne. Dix mille archers anglais, et pas un seul qui sache lire une carte. Vous pensez que vos flèches font peur à des chevaliers ? Non. C’est votre discipline qui me terrifiait. Et vous l’avez perdue.” Il sourit — un sourire étroit, sans chaleur. “Mercer a dispersé vos capitaines. Votre roi écoute les visions d’un prêtre. Et vos mulquiniers ? Ils marchaient en confiance.”
“L’entaille dans les flèches,” dit Thomas. “Le limon qui rouille.”
Jean haussa un sourcil. “Ah. Will vous a parlé.” Il regarda le garçon blessé, presque avec affection. “Un beau petit soldat. Il a remarqué les barils du second convoi. Ceux qu’on destinait à la roue avant, les mulquiniers. Pas seulement quelques plumes ébréchées, non. De la boue sur la pointe, juste assez pour que le fer s’oxyde dans une quinzaine. Le jour où vous aurez besoin de tirer, vos meilleures flèches auront des pointes molles et émoussées. Un peu de rouille, et elles se briseront contre les hauberts.”
Thomas sentit le froid descendre dans sa poitrine. Il se tourna vers Greyhill. “Les mulquiniers partent à l’aube. Ils emmènent les caissons vers la gauche.”
“Le visuel,” dit Greyhill. “Ils seront à portée de la cavalerie française avant qu’on ait pu vérifier.”
“Et le signal.” Thomas regarda Jean droit dans les yeux. “ ‘Le gardien du pont.’ La corne de chasse au lever du jour. C’est toi, le pont ? Après ta capture, il y aura encore un traître pour sonner l’assaut?”
Jean ouvrit les bras en signe d’ironie. “Tuez-moi, et vous ne saurez jamais qui. Épargnez-moi, et vous passerez la nuit à me torturer pour rien.” Il tapota sa cape. “Le vrai gardien est déjà en place. Même moi, je ne pourrais plus arrêter ce qui est enclenché.”
Jack enfonça son coude dans la gorge du Français blessé, qui hoqueta. “On l’emmène. Il parlera.”
Thomas regarda Will, qui vacillait sur ses jambes, puis le corps de l’homme qu’il avait tué, puis le pont de bois. Le signal. Le pont. Le gardien.
“Il y a encore une chance.” Thomas releva Will par l’épaule valide, le guidant vers Greyhill. “On retourne au camp. Mais pas par le tunnel — trop lent. Greyhill, tu le portes.”
“Et lui ?” Greyhill désigna Jean.
“On l’emporte. Mort ou vif, je m’en fiche. Mais si les mulquiniers s’ébranlent avec ces flèches rouillées, tout ce qu’on a fait cette nuit n’aura servi à rien. Il faut arrêter les caissons.”
Jean d’Agincourt laissa échapper un petit rire. “Tu cours déjà dans la mauvaise direction, Barrow. Les caissons ne sont pas à gauche. C’est leur fumée qui trompe les yeux. La vraie ligne de mulquiniers part du centre, à la queue de l’armée, vers le seul pont qu’elle peut traverser à l’aube : celui de Maisoncelle.”
Thomas se figea. Greyhill fit de même.
“Maisoncelle,” répéta Greyhill, la voix serrée. “C’est le pont que Hollis et sa compagnie doivent tenir.”
“Hollis,” dit Jean. “Le gardien du pont, peut-être. Ou peut-être pas.” Il sourit. “L’important, c’est que vous le découvriez après le signal.”
Thomas tira son couteau de la poitrine du mort. Sa tête tournait, mais une vérité s’y frayait une route : il ne pouvait pas être partout. Les caissons ici, les mulquiniers là, le signal ailleurs. Quelqu’un devait s’occuper de la ligne, quelqu’un du pont.
Il regarda Greyhill. “Allez à Maisoncelle. Vérifiez Hollis et sa compagnie. Moi je cours aux mulquiniers.”
“Tu ne peux pas défaire une roue entière de flèches à temps seul,” dit Greyhill.
“Faut-il que je fasse tout moi-même?” Thomas attrapa Jack par l’épaule. “Toi, tu préviens la colonne des archers. Qu’ils n’embarquent pas une seule flèche de la roue avant sans me l’avoir montrée d’abord. Et s’ils voient le gardien — s’ils entendent la corne —, qu’ils tirent les cordes et se mettent à couvert.”
“On est à dix minutes du camp,” protesta Will depuis l’épaule de Greyhill. “Thomas, le temps—il est déjà dans les méridiens.”
Thomas n’avait pas eu besoin de regarder le ciel pour le savoir. La brume commençait à rosir. L’aube n’était plus une promesse. Elle toquait à la porte.
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