Le Serment de l'Empenneur
Lire le chapitre 23: Closing the Gate
La palissade craquait déjà sous les premières lueurs grises quand Thomas jeta son regard sur le trou béant. Le tunnel bâillait comme une gueule morte, assez large pour laisser passer trois hommes de front. Il avait promis au roi de purger le camp avant l'aube. L'aube était là.
« Vous autres, les quatre plus costauds. Ces troncs-là. » Il désigna une pile de bois de chauffage près des tentes, des chênes entiers fendus en deux, destinés aux feux de camp. « On les roule dans le trou. En travers. Serré comme un cul de nonne. »
Les archers hésitèrent un instant, les yeux encore lourds de sommeil. Thomas fit claquer sa paume sur la crosse de son arc.
« Allez ! On n'a pas le temps de prier, ça viendra après. »
Ils s'y mirent. Deux hommes par tronc, les bras tendus, les muscles saillants sous les tuniques sales. Thomas surveillait la lisière des arbres à cent pas de là. Le brouillard s'accrochait aux branches, épais comme une couverture de laine. Sous cette brume, n'importe quoi pouvait ramper.
« Plus vite. »
Le premier tronc roula dans l'ouverture avec un bruit sourd. Le second le suivit, puis le troisième. Ils formaient un barrage grossier, pas une forteresse, mais c'était mieux que rien. Thomas saisit une hache et tailla des pieux grossiers, les planta dans la terre battue devant le tas de bois.
Un sifflement. Sec. Net. Il connaissait ce bruit aussi bien que son propre souffle.
« À terre ! »
La flèche se planta dans le sol à deux pouces du pied de l'archer le plus proche. Une seconde suivit, puis une troisième. Les hommes plongèrent derrière les troncs, attrapant leurs arcs dans le même mouvement.
« Tirez-moi ces fumiers de là ! » hurla Thomas.
Il n'avait pas besoin de le dire deux fois. Dix arcs se tendirent dans le brouillard, dix cordes claquèrent. Les flèches disparurent dans la grisaille, suivies de cris. Un cheval hennit, paniqué.
Thomas se hissa sur le tas de bois, les yeux plissés. Des ombres bougeaient entre les arbres. Il compta : cinq, six, peut-être huit silhouettes. Des éclaireurs français, pas une troupe d'assaut.
« Ils cherchent le tunnel », murmura-t-il à Will, qui s'était traîné près de lui, le bras en écharpe de fortune.
« Alors ils savent qu'on l'a trouvé. »
« Ou ils viennent voir pourquoi Jean n'a pas donné signe de vie. »
Une nouvelle volée de flèches françaises s'abattit. L'une ricocha sur un tronc avec un bruit de fer contre bois. Un archer anglais poussa un grognement, une plume dépassant de son épaule.
« Tenez la ligne ! » Thomas banda son arc, visa la silhouette la plus proche. Il relâcha. L'homme tomba sans un cri.
Les éclaireurs battirent en retraite, mais pas avant qu'une voix ne traverse le champ de brume. Une voix claire, aristocratique, méprisante.
« Anglais ! Vous mourrez tous ici ! Vos flèches ne vous sauveront pas ! Le pont vous attend, et le pont est à nous ! »
Thomas sentit ses poils se hérisser. Il reconnaissait cette voix. Il l'avait entendue dans la tente du roi, quand Jean, le Viscount d'Agincourt, avait été démasqué. Et pourtant, Jean était ligoté dans la tente de Greyhill.
« Will. » Il se tourna vers son ami. « Tu entends ça ? »
Will hocha la tête, le visage pâle sous la sueur. « L'autre traître. Le vrai gardien du pont. »
« Non. » Thomas secoua la tête et pointa du menton la silhouette qui s'éloignait entre les arbres. La démarche, la carrure, la façon de tenir son épée. « C'est le Viscount. Je le jurerais sur la tombe de ma mère. »
« Mais Jean est prisonnier... »
« Jean est un nom. Jean est un visage. Mais ce type-là, je l'ai vu commander les archers français au petit matin, près de la rivière. Il est peut-être le frère de Jean. Son cousin. Son jumeau. »
Les archers l'entourèrent, cherchant ses ordres. Thomas sentit le poids de leurs regards. Le camp s'éveillait derrière eux, les feux de camp qui crépitaient, les chevaux qu'on sellait, les prêtres qui disaient la messe aux soldats. Le roi avait promis le départ à l'aube. L'aube était là, et le camp était encore un piège à rats.
« Ramassez vos flèches », ordonna-t-il d'une voix ferme. « Toutes. Chaque plume que vous trouverez. On n'a rien à gaspiller. »
Les hommes se dispersèrent, fouillant le sol détrempé. Thomas ramassa trois flèches françaises, les examina d'un œil professionnel. Bois de frêne, empennage de dinde, pointe forgée. Bien faites, mais pas assez robustes pour percer un gambison anglais à plus de soixante pas. Il les glissa dans son carquois de secours.
Will s'approcha, tenant son bras blessé. « Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? »
« Tu vas trouver Greyhill. » Thomas attrapa Will par les épaules, le forçant à le regarder. « Tu lui dis qu'on a scellé le tunnel. Tu lui dis que le Viscount a un double, un frère ou un parent, qui mène les éclaireurs français. Et tu lui dis surtout que les barils d'arcs sabotés ne sont pas arrivés au pont — ils sont à Maisoncelle, dans une charrette dont le conducteur s'appelle Hollis. Greyhill sait quoi faire. »
« Et toi ? »
« Moi, je vérifie nos arcs. » Thomas montra le camp qui s'éveillait. « Cinq mille archers vont me demander pourquoi leur corde glisse ou leur encoche est morte. Je dois leur donner une raison de se battre quand même. »
Will hésita. La douleur tordait son visage, mais l'obstination brillait dans ses yeux. « Je peux encore tirer. »
« Tu peux encore marcher, et c'est déjà un miracle. Va, Will. C'est plus important qu'une flèche de plus. »
Will disparut dans les brumes entre les tentes, courant d'un pas mal assuré vers le sud, là où Greyhill devait approcher du pont de Maisoncelle. Thomas le regarda s'éloigner une seconde, puis il se tourna vers les archers. Ils étaient quarante, peut-être cinquante, rassemblés autour des troncs.
« Vous autres, vous prenez vos arcs. » Il tira le sien de son dos, le fit tourner dans ses mains. « Je veux que vous tiriez une flèche chacun. Maintenant. Ici. Sur cette souche. »
Les hommes échangèrent des regards perplexes, mais obéirent. Un par un, ils bandèrent et tirèrent sur la souche marquée de badigeon blanc. Thomas examina chaque arc au fur et à mesure. La plupart étaient sains — des arcs d'if du pays de Galles, des arcs de frêne et d'orme, patiemment façonnés pendant des années de service. Mais trois arcs glissèrent, leur corde sautant de l'encoche supérieure. Sept flèches tombèrent à moins de dix pas, leurs encoches mortes — pas de médulle, pensa Thomas. Le bois s'était fendu sans qu'on le remarque.
« Ceux-là. » Il pointa les arcs défectueux. « Vous les remplacez par des arcs de réserve. Prenez ceux des morts, s'il le faut. »
Un silence tomba. Personne ne voulait dire ce que tout le monde pensait : il n'y avait pas assez de bons arcs de réserve. Pas pour une armée entière.
Thomas regarda l'est. Le ciel pâlissait au-dessus des collines, strié de rose et d'or. Dans une heure — peut-être moins — les hérauts du roi sonneraient l'avance, et les archers marcheraient vers Maisoncelle, vers le pont que le Viscount appelait « le sien ».
Il ramassa son arc, caressa la courbe de l'if. La corde était neuve, remplacée il y avait deux jours à peine. Mais il n'avait pas de rechange. Plus une seule corde de secours pour lui-même, ni pour ses hommes.
Le brouillard se déchira soudain, laissant filtrer un rai de lumière. Thomas cligna des yeux — et en dessous, à cent pas, il aperçut une silhouette dressée à la lisière des arbres. La silhouette le regardait fixement, immobile comme une statue. Elle leva un bras, fit un signe lent. Puis elle sortit un cor de chasse en ivoire de son ceinturon et le porta à ses lèvres.
Thomas banda son arc d'un geste, visa en plein centre de la poitrine de l'homme. Ses doigts trouvèrent l'encoche de la flèche — et s'arrêtèrent.
Pas de médulle. L'encoche était morte. La flèche glissa de la corde et tomba dans la boue.
Le cor retentit. Long. Clair. Défiant.
Et de la lisière des arbres, des centaines de silhouettes se levèrent du sol où elles étaient tapies.
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