Le Serment de l'Empenneur
Lire le chapitre 33: The Viscount's End
La hampe du bannière du roi se brisa dans un craquement sec, et l'étendard d'Angleterre bascula vers la boue. Les chevaux français écrasèrent le tissu sous leurs sabots. Thomas hurla, mais aucun son ne sortit de sa gorge. Il restait debout, les mains vides. Pas une flèche. Pas un carreau. Juste le poids de son épée contre sa hanche.
Le Vicomte se redressa, du sang coulant de son épaule où la flèche de Thomas l'avait percé. Il tenait encore son épée, mais son bras pendait mal. Son visage, masqué à demi par le heaume entrouvert, arborait un rictus de douleur et de mépris. Il tituba vers le sol où gisait la bannière d'Henry, comme un chien affamé qui voit une carcasse.
— Elle est à moi, dit-il en français, la voix rauque.
Thomas dégaina.
Le Vicomte rit, d'un rire court et cruel.
— Un archer sans flèches, c'est un laboureur sans charrue. Tu vas mourir les mains sales, paysan.
Ils chargèrent en même temps.
L'acier claqua. Thomas sentit la vibration remonter le long de son bras. Le Vicomte était blessé, mais pas diminué — chaque coup portait la science d'une vie passée à l'escrime. Thomas riposta, le Vicomte para. Ils tournèrent autour de la bannière tombée, le sang français maculant le velours anglais.
Un cri déchira la ligne derrière eux. Thomas jeta un œil : les chevaliers français qui accompagnaient le Vicomte étaient en train de plier sous les piques des hommes de Greyhill, enfin arrivés du centre. Leur charge se disloquait. Mais le Vicomte ne reculait pas. Il feinta vers la gorge de Thomas, qui dut se jeter de côté pour éviter la lame. La pointe lui effleura le cou, tranchant un lambeau de cotte.
Thomas cracha du sang.
Le Vicomte avança, à présent déséquilibré par son bras droit inutile. Thomas le vit faiblir. Une faiblesse. Une ouverture.
Il pivota, envoya son épée en un moulinet bas, faucha les jambes du Vicomte. L'homme tomba lourdement, sa lame s'échappant de sa main pour atterrir dans la boue entre les deux corps du royaume.
Thomas posa son pied sur l'épée du Vicomte. La pointe de sa lame se porta sous le gorgerin.
Le Vicomte leva les yeux vers lui, son souffle court, le sang battant contre son cou comme un tambour. Il fixa Thomas avec une haine si parfaite qu'elle semblait prendre racine dans la terre même d'Angleterre.
Puis ses lèvres remuèrent. Il cracha, non pas une salive, mais une écume rougeâtre qui s'écrasa sur le devant du gambison de Thomas.
— Ceci n'est pas la fin, souffla-t-il.
Thomas ne répondit pas. Il enfonça la lame dans le col de l'homme, là où le tendon rencontre l'os, et la poussa jusqu'à la garde.
Le corps se convulsa une fois. Puis rien.
Autour d'eux, le grondement de la bataille commença à se décomposer. Les Français qui partaient ne se retournaient pas pour mourir. Ils fuyaient au-delà de la ligne élastique des piques anglaises, à travers la plaine grasse, vers les bois où le jour se levait enfin et montrait l'étendue de leur désastre pourtant inespéré.
Thomas resta là, un genou au sol, la main sur le pommeau de son épée plantée dans le Vicomte. Il respira fort, le sang de l'autre lui chauffant la main. Il se força à se lever, tira sa lame du corps avec un bruit humide et la planta dans la terre pour la nettoyer.
Son regard tomba sur la bannière du Vicomte, tombée à quelques pas. Les couleurs des Barrow. Son propre nom, brodé en croix de saint Georges — les armes de son père, celles qu'il avait renoncé à porter en quittant le Yorkshire pour devenir fletcher. Le vent d'octobre la fit frissonner. Il marcha vers elle, la ramassa. Elle était lourde. Le tissu accueillait le sang de son propriétaire comme un linceul.
Thomas la noua autour du manche de son épée avant de la glisser dans son ceinturon. Il ne dit rien. Sa gorge était trop sèche pour parler.
Derrière lui, une voix s'éleva — un chevalier anglais à cheval, le visage barbouillé de terre et de sueur.
— Archers ! Repliez sur le centre ! Le roi est sain et sauf !
Thomas tourna la tête. La nouvelle armée française, celle que le Vicomte avait été chargé de tromper pour permettre son approche, avait-elle percé ? Il ne le saurait pas encore. Ce qu'il voyait, c'était la plaine qui rougissait sous un ciel gris, des corps chevauchant des corps, des archers errant entre eux comme des ombres vidées de leurs flèches. La ligne anglaise tenait. Pour l'heure.
Le soleil finit par percer un nuage, jetant une lumière oblique sur le champ. La fumée de la bataille se dissipa en longs rubans. Les derniers cavaliers français qui restaient encore s'égaillèrent vers l'horizon. Les cris s'éteignirent un à un, laissant place au sifflement du vent dans les roseaux et aux gémissements des blessés.
Thomas demeurait planté là, la bannière du Vicomte pendue à sa taille, l'épée nue reposant contre son épaule. Il n'avait pas de mots pour la victoire. Pas encore. Il regarda une dernière fois le corps de l'homme qui avait porté son nom, puis il tourna les talons et marcha vers la tente royale, laissant la plaine dans son silence de fin du monde.
Il n'avait pas fait dix pas que quelque chose le fit s'arrêter. Un détail. Le Vicomte s'était écroulé à l'endroit exact où sa bannière était tombée — mais sur le tissu, à côté du sang, il y avait autre chose. Une tache de cendre. Noire. Régulière.
Thomas se pencha. Une marque en forme de Y.
Il se releva trop vite, son cœur cognant contre ses tempes. Ce n'était pas une simple marque de bataille. C'était le sceau d'un bûcheron — l'artisan qui avait coupé et préparé les poteaux des retranchements anglais. Le même sigle qui avait été trouvé sur les fûts d'arbres près du camp, à l'aube du troisième jour.
Quelqu'un, dans l'armée anglaise, avait saboté les poteaux avant même l'aube. Et le Vicomte l'avait su parce qu'à l'instant de mourir, il avait glissé les yeux vers ce signe comme on regarde une preuve contre soi.
Thomas se figea, le poing serré sur la hampe de la bannière. La bataille pouvait être finie. La guerre, elle, s'était peut-être à peine dévoilée.
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