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Le Serment de l'Empenneur

Lire le chapitre 5: Greyhill's Debt

La pluie s'était arrêtée, mais l'humidité restait suspendue dans l'air comme une seconde peau. Thomas Barrow traversa le camp à grandes enjambées, évitant les feux mourants et les hommes qui ronflaient sous leurs capes. Il avait l'impression que chaque ombre le regardait.

La tente de Sir John Greyhill se dressait à l'écart des autres, près d'un bosquet de noisetiers tordus. Une lanterne brûlait encore à l'intérieur. Thomas écarta le rabat sans annoncer sa présence.

Greyhill était penché sur une carte, les doigts tachés d'encre. Il leva les yeux, et son visage maigre se plissa — un mélange de fatigue et d'attente.

« Barrow. Vous voilà. »

« J'ai trouvé des choses. Et j'ai perdu une plume. »

Greyhill haussa un sourcil. « Une plume ? »

« Un leurre. Je l'ai laissée près du quartier-maître — une plume d'oie avec une encoche particulière. Si quelqu'un la trouve et la cherche, il me trouvera. Mais c'était nécessaire pour couvrir mes traces. »

Le chevalier s'adossa à son coffre, les bras croisés. « Parlez. »

Thomas rapporta tout : le registre falsifié, le marchand Mallory mort, Miles Fletcher payé au milieu de la nuit par un cavalier masqué, la description de l'homme — anneau d'or à l'index droit, éperons de fer, cape doublée de fourrure sombre. Et surtout, les flèches sabotées qui ne touchaient que les premières lignes.

« Si quelqu'un veut tuer l'Angleterre, c'est là qu'il frappe », dit Thomas. « Avant même que nous desserrions nos rangs. »

Greyhill se tut un long moment. Sa lampe vacilla. Dehors, un cheval hennit — un son nerveux, presque humain.

« Vous savez ce que vous demandez, Barrow. Accuser un noble de trahison sans preuve tangible, c'est vous condamner à la corde. »

« C'est pour ça que je suis venu vous voir. Vous seul m'avez pris au sérieux dès le début. »

Greyhill fit quelques pas, puis s'arrêta. Il avait le visage de quelqu'un qui pèse des années de dettes.

« À Harfleur », dit-il lentement, « la première vague était passée. Les Français tenaient encore la brèche. Mon cheval était mort sous moi, et j'étais à terre, l'épaule ouverte, avec deux hommes qui me tiraient par les jambes. Je me souviens de vous avoir vu sur le rempart — vous étiez à soixante-dix yards, sous la pluie de flèches ennemies. »

Thomas ne répondit pas. Il se souvenait de la scène autrement : le sang, la boue, la confusion des cris.

« Vous avez tiré trois flèches », continua Greyhill. « Trois. Chacune a trouvé un homme qui me tirait vers les lignes françaises. La troisième a tué l'officier qui commandait leur escouade. C'est le seul moment de ma vie où j'ai cru que Dieu avait un archer à sa droite. »

« J'ai fait mon devoir », dit Thomas, la voix plate.

« Vous m'avez sauvé la vie. Et je n'ai jamais pu m'acquitter de cette dette. Alors écoutez-moi bien : si vous trouvez la preuve définitive, je me tiendrai derrière vous devant le roi lui-même. C'est un engagement que je prends devant Dieu et devant vous. »

Thomas fixa le vieux chevalier. Les rides autour de ses yeux, le tremblement léger de sa main droite — Greyhill n'était plus jeune, mais sa parole était d'acier.

« Merci, messire. »

« Ne me remerciez pas encore. Il y a un problème. »

Greyhill baissa la voix, presque un murmure : « Le duc d'York a renforcé sa garde personnelle depuis hier soir. Ils patrouillent les zones de ravitaillement — les mêmes zones où vous avez trouvé les flèches sabotées. Je ne sais pas s'ils protègent ou s'ils surveillent. Mais si vous croisez leurs cheminements, ils ne poseront pas de questions avant d'avoir tiré. »

« Je suis un archer, pas un fantassin. Je sais me déplacer. »

« Cela ne suffira pas. » Greyhill fouilla sous sa cotte et en tira un anneau d'argent épais, gravé d'un faucon aux ailes déployées. « Prenez ceci. C'est l'anneau de ma maison. Tout homme qui le verra saura que vous agissez pour moi. Les gardes ducaux n'oseront pas toucher un émissaire de Greyhill — du moins, pas ouvertement. »

Thomas hésita. « Et si je suis pris avec ça ? »

« Vous serez pendu comme espion, et moi comme complice. C'est le risque que nous prenons tous deux. »

Thomas prit l'anneau. Il était lourd, plus lourd qu'il n'y paraissait. Il le glissa à son cou, contre sa peau, sous sa chemise.

« Il y a une autre chose », dit Greyhill, les yeux soudain plus perçants. « Mon écuyer. Roger. Vous l'avez vu plusieurs fois ? »

Thomas hocha la tête. Un jeune homme nerveux, les cheveux clairs, toujours à trois pas derrière Greyhill, portant les bannières et les sacs.

« Hier soir, je n'arrivais pas à le trouver. Il avait prié à la chapelle, disait-il. Mais une autre personne m'a dit l'avoir vu près de la ligne des chariots, alors qu'il aurait dû préparer mon harnais. »

Thomas réfléchit un instant. « Je vais chercher de ce côté. »

Greyhill le regarda partir, puis il ajouta d'un ton plus bas, presque pour lui-même : « Faites attention à lui. Il est plus vif qu'il n'y paraît. »

Thomas sortit dans la nuit. L'humidité s'était transformée en brume laiteuse qui rampait entre les tentes. Il marcha vers le secteur des écuyers, derrière les lignes des chevaliers. Les tentes y étaient plus petites, plus misérables, des toiles rapiécées par le gel.

Il trouva Roger près d'un feu mourant, assis sur un tronc de chêne fendu. Le jeune homme avait la tête penchée, les mains ouvertes vers le feu — et c'est là que Thomas s'arrêta net.

La main gauche de Roger.

Elle était bandée. Pas pour une blessure fraîche — les bandages étaient sales, vieux de plusieurs jours. Mais surtout, il manquait deux doigts. L'annulaire et l'auriculaire, coupés net, les moignons mal cicatrisés sous un linge grisâtre.

Thomas se souvint soudain de la première fois qu'il avait vu Roger, quatre jours plus tôt, portant l'étendard de Greyhill lors de la messe. Il avait noté sa main gauche entière, des doigts longs et blancs, trop soignés pour un écuyer. Une main de clerc, avait-il pensé à l'époque.

Rien n'avait changé depuis.

Sauf que maintenant deux doigts manquaient.

« Roger », dit Thomas en s'approchant.

Le jeune homme sursauta, comme tiré d'un rêve. Il cacha sa main gauche derrière son dos, mais trop tard.

« Monsieur Barrow. Je... je n'ai pas vous entendu approcher. Sans doute... toujours vos pas de renard. »

Sa voix était trop haute, trop rapide.

Thomas s'accroupit près du feu. À cette distance, il pouvait voir la sueur perler sur le front du garçon malgré la fraîcheur de la nuit.

« Vous n'étiez pas à la chapelle hier soir, n'est-ce pas ? »

Roger ouvrit la bouche, la referma.

« Je vais à la chapelle, c'est ce que j'ai dit... »

« Vous mentez mal, Roger. Et les hommes qui mentent mal autour d'un camp rempli de traîtres ne vivent souvent pas pour mentir mieux. »

Le jeune homme baissa les yeux sur sa main mutilée. Il semblait peser ses mots — ou ses chances.

« Donne-moi une bonne raison de ne pas aller voir Greyhill tout de suite », dit Thomas.

Roger releva la tête. Dans la lueur du feu, ses yeux étaient humides, mais sa mâchoire était ferme.

« Parce que je sais qui a coupé mes doigts. Et c'est le même homme qui paie Fletcher. »

Thomas resta immobile. Le feu craqua. Une sentinelle appela au loin.

« Je vous écoute. »

Roger regarda autour d'eux, puis se pencha vers le feu, la voix étranglée.

« Ils m'ont pris il y a trois nuits, près des chariots. Deux hommes, des capes sombres. Ils m'ont maîtrisé avant que je puisse crier. L'homme à l'anneau — je l'ai vu. Il avait des éperons de fer. Il m'a dit que si je parlais de ce que j'avais entendu, ils me couperaient plus que des doigts. Ils m'ont dit que Sir John mourrait dans le sang, et que moi je suivrais juste après. »

Il tendit sa main gauche tremblante.

« Ils m'ont laissé la vie comme avertissement. Mais je n'ai jamais vu leur visage. »

Thomas se leva lentement, l'esprit tournant. Un écuyer mutilé, un chevalier qui le protégeait, une menace qui visait Greyhill lui-même. L'anneau au cou lui semblait soudain plus lourd, comme un fil de plomb attaché à une corde qui le tirait vers le vide.

« Vous avez dit que vous aviez entendu quelque chose. Qu'est-ce que c'était ? »

Roger hésita, puis murmura trois mots qui glacèrent Thomas jusqu'à l'os :

« Ils savent pour l'aube. »