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Le Serment de l'Empenneur

Lire le chapitre 9: Where Is Will?

Les tentes des pages s'élevaient en rangées irrégulières près des cuisines, là où l'odeur du ragoût refroidi se mêlait à celle du cuir et de la sueur. Thomas écarta le rabat de toile de la troisième tente et s'immobilisa. Une douzaine de paillasses alignées, des sacs de toile grossière posés en travers, et un silence inhabituel qui pesait sur l’air humide du soir.

Il connaissait ces garçons. Il les voyait courir entre les lignes, porter les carquois, frotter les cordes d'arc avec de la cire d'abeille. Will était jeune, treize ans peut-être, avec des cheveux couleur de paille et des taches de rousseur qui remontaient jusqu'à son front. Ce matin encore, il avait aidé Thomas à transporter une douzaine de gerbes de flèches jusqu'au parc d'artillerie. Il avait souri et demandé s'il pourrait un jour manier un vrai arc de guerre.

Il ne souriait plus personne ce soir.

– Will ? lança Thomas sans élever la voix.

Personne ne répondit. Il s'accroupit et souleva un sac qui portait le nom du garçon grossièrement brodé. Une chemise de rechange, un petit couteau émoussé, une boucle de ceinture en fer, et un fragment de pain dur. Rien d'extraordinaire. Mais le sac était là, soigneusement fermé, et le lit de paille n'avait pas été défait depuis la nuit précédente.

Thomas se redressa, le front plissé. Le garçon avait disparu depuis midi. C'était ce que lui avait dit le cuisinier une heure plus tôt, d'un ton évasif, en essuyant ses mains graisseuses sur son tablier. « Il est parti chercher de l'eau, là-bas vers le ruisseau. Il n'est pas revenu. Peut-être qu'il s'est perdu, hein ? Un garçon, ça court, ça se distrait. »

Thomas n'avait pas aimé la façon dont le cuisinier avait détourné les yeux en disant cela.

Il sortit de la tente et retrouva trois jeunes garçons qui se lavaient les mains près d'un tonneau d'eau de pluie. Ils le virent approcher et s'arrêtèrent net, comme des moineaux surpris.

– Vous étiez avec le page Philip hier ? demanda Thomas en s'arrêtant devant eux. Avant qu'il ne parte chercher de l'eau.

Le plus grand, un garçon au visage couturé, se gratta la nuque.

– Il a dit qu'il allait au ruisseau pour remplir les outres. Le cuisinier lui avait dit que celle-ci était sale.

– À quelle heure ?

Le garçon haussa les épaules.

– Juste après le coup de midi. Il devait revenir avant la soupe.

– Vous l'avez vu revenir ?

Les trois garçons échangèrent un regard. Le plus petit, un enfant aux yeux trop brillants, secoua la tête.

– Non. Mais on a vu un cavalier qui venait de sa direction, un peu plus tard. Il était pressé de rejoindre le campement français, il avait une écharpe grise autour du cou.

Thomas sentit une pointe glacée lui descendre le long de la colonne. Une écharpe grise. Le flamand, Van Hoorn, avait-il quitté le camp ? Ou bien l'un des hommes de la loge du quartier-maître ?

– Ce cavalier, il venait du ruisseau ?

– Oui. Peut-être. Enfin, il venait du bois là-bas, au-delà des tentes. Il a remonté la pente à toute allure et il a pris la route de l'ouest.

– Vous êtes sûrs que c'était un homme de chez nous ?

Le garçon au visage couturé baissa la voix.

– Il portait un manteau anglais, mais ses bottes… ses bottes étaient ferrées autrement. Je les ai vues briller au soleil. Le cuisinier de l'autre côté le regardait passer.

Thomas remercia d'un bref signe de tête et partit aussitôt. Il n'y avait pas de temps à perdre. Si Will avait vu quelque chose qu'il n'aurait pas dû voir, si ce cavalier aux bottes étrangères l'avait retrouvé près du ruisseau…

Il traversa l'extrémité du camp, évitant les feux de camp et les groupes de soldats jouant aux dés. Sa main se referma machinalement sur la poignée de son couteau.

La lisière du bois s'étendait à moins d'un quart de mille des lignes anglaises, une écharpe sombre qui montait en pente raide vers le ruisseau. Là, l'eau contournait un affleurement de pierres calcaires, formant une petite mare bordée de saules. L'endroit était fréquenté par les soldats en journée, lorsque le soleil tapait fort, mais au crépuscule il devenait désert, enveloppé d'ombre et de silence.

Thomas s'arrêta au bord de l'eau et écouta. Le murmure du ruisseau, un merle qui s'envolait dans un frémissement de feuilles. Rien d'autre.

Il suivit la berge argileuse, les yeux fixés au sol. Les traces étaient fraîches : des semelles d'enfant, encore imprimées dans la boue, qui s'arrêtaient net à un endroit où le sol avait été piétiné en désordre. Un combat, bref et violent. Deux ou trois hommes, peut-être. L'un d'eux avait porté des bottes ferrées.

Thomas s'agenouilla et palpa le sol du bout des doigts. La boue avait été soulevée en éventail, comme si un corps avait été traîné vers le bord de l'eau. Il se déplaça de quelques pas et repéra une trace de glissement, plus nette, qui remontait la pente vers le bois.

Puis il la vit.

À moitié enfouie sous une touffe d'orties, la lame brillante d'un couteau français. La poignée en ivoire jaunâtre, ciselée d'une fleur de lys, et une goutte de sang coagulée le long du tranchant. Un peu plus loin, un objet plus petit : une chaussure d'enfant, en cuir usé, dont le lacet s'était rompu sous la tension.

Thomas la ramassa. Elle était encore souple, la semelle pas totalement détrempée par la pluie. Ce qui signifiait qu'elle avait été arrachée récemment. Très récemment.

Il releva la tête, son regard balayant la pente boisée à la recherche d'un indice. Le soleil déclinant filtrait à travers les branches, dessinant des mottes changeantes sur le sol de brindilles et de feuilles mortes. Nulle part, aucun mouvement. Mais il connaissait le monde des bois. Il savait que le silence pouvait être celui de l'ombre ou celui du guet.

Il venait de se redresser lorsqu'un froissement presque imperceptible s'éleva derrière lui, venant des fourrés à une vingtaine de pas. Thomas se retourna, l'arme déjà dans la main, le corps en garde.

– Ne bouge pas, archer, dit une voix rauque, teintée d'un accent anglais.

Un homme sortit de l'ombre des saules. C'était le quartier-maître balafré, l'officier que Thomas avait vu murmurer à l'oreille de Roger près des tentes. Il tenait un arc bandé, flèche encochée, le ferpointé droit sur la poitrine de Thomas.

Derrière lui, à demi dissimulé dans les frondaisons, un second homme esquissa un pas en avant. Un casque à nasal, une cotte de mailles qui luisait faiblement à la lumière déclinante. Il ne portait pas uniforme anglais.

Le balafré sourit, d'un sourire froid qui ne touchait pas ses yeux.

– Tu cherches le petit ?

Thomas garda les yeux sur la pointe de la flèche, son poids réparti, prêt à esquiver d'un côté ou de l'autre.

– Je cherche ce qui est arrivé à ce garçon.

– Le garçon a disparu. Une triste affaire. Mais toi tu es revenu ici, avec tes questions, ton nez dans ce qui ne te regarde pas.

Il avança d'un pas, l'arc toujours tendu.

– Lord York t'a déjà dit de cesser ton manège, archer. Il te reste deux options : retourner sous ta tente et oublier tout ce que tu crois savoir, ou bien…

Il laissa la phrase en suspens, et le fer de la flèche parcourut un léger arc de cercle, prenant soin de viser lentement le cœur de Thomas.

– …restes ici près du ruisseau. Dans le silence qu'il t'offrira.

Thomas sentit le battement sourd de son pouls dans sa gorge. Will était mort. Il en avait la quasi-certitude à présent – disparu pour avoir vu ce qu'il aurait pu raconter.

Mais ce qu'il venait d'apprendre était plus lourde encore : le réseau s'étendait jusqu'au quartier-maître, jusqu'à ceux qui contrôlaient l'approvisionnement en flèches. L'ennemi n'avait pas besoin de s'infiltrer à travers les lignes anglaises. Il avait déjà des hommes à l'intérieur.

– Vous le paierez pour ce que vous avez fait à ce garçon.

Le sourire du balafré s'élargit, mais ses yeux restaient durs comme la pierre.

– Il n'y aura pas de témoins, Thomas Barrow. Tu n'es pas le genre de soldat qu'on peut faire disparaître discrètement. Mais dans quelques heures, tout sera fini. Tu marcheras vers la plaine, tu tomberas comme les autres, et personne ne saura jamais que tu avais raison.

Il fit un geste du menton vers l'homme en armure française.

– Emmène-le.

L'homme s'avança, la main tendue vers le poignet de Thomas. Thomas poussa un cri rauque, mais le balafré était rapide, et le fer de sa lame coupa les cordes du garçon avant que Thomas ait pu réagir. Le corps s'affaissa dans les roseaux, et Thomas, transpercé d'un coup de poignard dans le dos, s'effondra à proximité, la main de l'officier tordant la sienne jusqu'à la fracture.

Le balafré s'agenouilla près du garçon, s'assura qu'il ne respirait plus. Il jeta le couteau dans l'eau, le regarda disparaître dans la vase.

Il se releva.

– Retournons. Il faut prévenir les autres.

L'homme en armure le suivit sans un mot, et bientôt les ombres du crépuscule les avalèrent, ne laissant derrière eux qu'un ruisseau silencieux, la chaussure d'un enfant, et le corps brisé d'un archer qui ne parlerait plus jamais.