Le Serment du Chasseur
Lire le chapitre 13: The Wounded Loyalty
La pluie s'était déclarée au lever du jour, une bruine grise et tenace qui collait aux tartans et alourdissait les mousquets. Callum la sentait traverser son manteau, s'infiltrer jusqu'aux os, tandis qu'il regardait les colonnes de blessés remonter péniblement le chemin boueux vers la garnison. Le visage de Fergus flottait encore devant ses yeux, mêlé à celui de Duncan, indistinct, insupportable.
Quarante-trois hommes. Thorne avait perdu quarante-trois hommes dans le piège de Glen Fiadh, et le rapport officiel parlerait d'une embuscade paysanne, d'un guet-apens lâche. Callum savait que la vérité était autre : les rebelles avaient été avertis, ils étaient passés à l'attaque avant même que les premières compagnies ne prennent position. Et ils avaient frappé fort, depuis les hauteurs, puis s'étaient évanouis dans les brumes comme des fantômes de bruyère.
Callum portait un brancard avec deux soldats, un homme du 42e dont la jambe n'était plus qu'un pansement rouge et puant. Il ne comptait plus. C'était la cinquième ou la sixième course.
- MacRae !
La voix de Thorne trancha la pluie, cassante, précise, chargée d'une colère contenue. Callum reposa le brancard, dit aux soldats de continuer sans lui. Il se tourna vers le capitaine qui se tenait sous l'auvent de la remise à fourrage, les bras croisés. Ses bottes étaient noires de boue jusqu'aux genoux, son uniforme maculé, mais c'était son regard qui inquiétait Callum. Un regard calculateur, plissé, qui avait déjà condamné des hommes.
- Caporal MacRae, vous avez volontairement éloigné la patrouille de la route de Glen Fiadh hier soir.
L'affirmation tombait comme un verdict.
- J'ai suivi les traces de daims, capitaine. Le gibier mène aux clairières, pas aux sentiers de guerre.
- Quarante-trois hommes, MacRae. Disons que j'y crois peu. Les Highlanders que je commande ont vu les corbeaux voler vers l'est dès la tombée de la nuit. Ils ont vu les signaux de fumée, ceux que vous avez prétendument ignorés. Et ils m'ont surtout vu vous parler seul, dans la cour, avant que je vous confie cette patrouille.
Le sang de Callum se figea. Le soldat qui les avait épiés. Ce n'était donc pas du hasard, la mission de cette nuit. Thorne lui avait tendu un piège, sans preuve, et Callum l'avait traversé en pleine lumière.
- Je suis monté vers la garnison pour vous prévenir d'un mouvement sur la crête. Rien de plus. - Vous mentez, caporal. Vos yeux ne savent pas mentir, même si votre langue est un couteau bien aiguisé.
Thorne s'avança, et Callum puait sous son propre manteau, la sueur froide lui ruisselant dans le dos. Si le capitaine décidait de le faire pendre sur simple soupçon, sans preuve, personne ne viendrait réclamer justice pour un Highlander éclaireur.
- Mais je ne peux rien prouver, ajouta Thorne d'une voix plus basse, presque déçue. Et vous demeurez utile. Vous connaissez ces collines comme votre propre peau. J'ai besoin d'un chien, pas d'un cadavre.
Il fit un geste, et deux sergents s'approchèrent. L'un d'eux, un homme trapu aux mains de forgeron, saisit les sangles de l'épaule de Callum et arracha les insignes de caporal.
- Vous repartez comme simple soldat. Vous prendrez le quart de garde des latrines jusqu'à nouvel ordre. Vous dormirez avec les recrues, et si vous désertez, je vous ferai chercher par chaque régiment des Highlands. Vous sentirez mes chiens sur votre piste jusqu'à Inverness, jusqu'à Glasgow, jusqu'à ce que la corde vous trouve.
Callum baissa la tête, une posture qu'il maîtrisait presque trop bien. Le mépris des soldats était tangible — le Highlander avait toujours été un intrus parmi eux, un sauvage qu'on utilisait. Cette punition le rangeait enfin à sa juste place à leurs yeux.
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La fosse à purin était un supplice d'une autre nature. Chaque pelletée de fumier qu'il chargeait dans la charrette lui serrait les épaules et lui retournait l'estomac. Les soldats passaient, ricanaient, certains lui crachaient aux pieds. Il encaissait sans un mot, le regard vide, pendant que son esprit ressassait les images : Fergus tombant sur la bruyère, son sang sur les pierres, la panique dans la voix d'Eilidh quand elle hurlait à ses hommes de se replier.
Et Duncan. Duncan, qu'il avait condamné en sauvant les autres.
Un soldat de la colonne de ravitaillement arriva au milieu de l'après-midi, les habits trempés, monté sur un poney épuisé. Il remit des dépêches au capitaine Thorne dans sa chambre. Dix minutes plus tard, le capitaine sortit, l'air moins triomphant qu'à l'accoutumée, et il fit appeler Callum jusque dans son bureau.
Un homme plus petit était assis dans le coin, portant la veste rouge d'un messager du quartier-maître, son manteau dégoulinant sur le plancher. Il fixa Callum d'un regard rapide, neutre, puis rebaissa les yeux. Thorne ouvrit une lettre et la tendit à Callum.
- Lisez.
L'écriture était fine, d'un clerc de la cour de circuit d'Inverness.
« …sous les charges de haute trahison et de complicité avec les insurgés en armes contre Sa Majesté, le prisonnier Duncan MacRae sera transféré sous escorte à la prison de Tolbooth à Inverness, où il sera détenu jusqu'à l'audience préliminaire, fixée au premier jour de la session… »
La suite se perdit. Callum rendit la lettre, les mains tremblantes, et Thorne sourit d'un air satisfait.
- Votre frère sera jugé avant la fin du mois. Le shérif a ordonné la peine la plus rapide, étant donné les preuves qu'il a lui-même produites contre les chefs rebelles.
Les preuves. Duncan avait livré les informations, les avant-postes, les caches de munitions. Il avait probablement pensé sauver sa peau en livrant les noms de ceux qui le protégeaient. Et Callum avait, en retour, dénoncé cette trahison en avertissant le camp que Thorne visait. Condamné par sa propre loyauté, pendu par sa propre sacrifice.
Thorne fit un geste de la main, congédiant Callum. Le soldat se retira, la bouche pâteuse, le goût de la cendre et de la terre dans la gorge.
Les latrines l'attendaient.
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Il était presque la nuit tombée quand il finit de creuser la nouvelle fosse, le dos en feu, la tête vide, les mains couvertes de cloques. Les soldats de garde passaient à distance respectable, leurs fusils en bandoulière, mais il se fichait désormais de leur mépris. Tout lui semblait loin : le camp, la guerre, la rébellion.
Il s'assit contre la palissade, dans la flaque d'une rigole, un bras sur les genoux, et laissa enfin ses pensées courir seules.
Sa mère savait. Elle avait toujours su, pour Duncan. Quand Callum était parti rejoindre l'armée, ils en avaient parlé en secret, sa mère en larmes, son père muet de honte, et lui, le fils prodigue, se sentant obligé de choisir la voie la plus droite. Il avait choisi le roi pour épargner sa famille, pour blanchir leur nom des soupçons de trahison. Et maintenant, cette même famille se déchiquettait sous ses doigts.
Duncan allait mourir. Et c'était lui, Callum, qui l'avait jeté dans la balance.
Une question le hantait pourtant, taillée dans la douleur, aiguisée par la vengeance : pourquoi Duncan avait-il livré les chefs ? La peur seule ne suffisait pas — Duncan avait le caractère de leur père, un entêtement qui aurait tenu face au bourreau lui-même. Le désespoir, peut-être. Ou autre chose. Une stratégie que Callum ne voyait pas encore, une monnaie d'échange plus précieuse que la liberté.
Annabel savait. Elle avait parlé de Duncan comme d'un messager loyal, d'un homme qui courait des risques pour la cause. Ce n'était pas l'image d'un traître. Peut-être avait-il vu Thorne mettre la main sur quelqu'un de plus proche — sa mère ? — et avait-il accepté de jouer les informateurs pour lever la menace qui pesait sur elle.
Callum se releva, s'essuya la boue des mains, et regarda l'obscurité qui avalait les collines. Une lueur rouge s'élevait du fond de la vallée — un signal de Rab, ou un piège de Brodie qui cherchait à le débusquer. Le réseau des rebelles ne lui faisait pas confiance, pas encore. Eilidh tirait les ficelles, prudente, froide comme une lame d'hiver.
La seule chose dont il était sûr, alors que la dernière menace de Thorne résonnait encore dans la cour comme un glas : il n'y aurait pas de marche arrière. Il avait choisi son camp, celui desHighlands, mais il y marchait seul. Son frère était perdu. Sa mère le haïrait peut-être. Le reste n'était que poussière et fumée — les fausses loyautés des uniformes et les illusions des causes.
Il rentra dans la baraque des recrues et se laissa tomber sur une paillasse sans s'enlever les chaussures. Le sommeil fut long, lourd, traversé de rêves impossibles où Duncan et Fergus couraient ensemble à travers une bruyère en fleurs, joyeux, sans savoir que les balles les attendaient en contrebas.
Quand il ouvrit les yeux, le jour n'était pas encore levé. Un soldat déjà réveillé, un garçon aux yeux cernés, murmura d'une voix mal assurée :
- Le capitaine t'a fait demander, MacRae. L'aube. Il t'attend dans la cour.
Callum se leva. Il savait ce qui allait venir.
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