Le Serment du Chasseur
Lire le chapitre 17: The Smuggled Map
La lumière grasse d’une chandelle de suif coulait sur la table du quartier-maître, et Callum sentait encore l’odeur de latrines qui s’accrochait à ses mains, mais il était là, debout devant les registres, les doigts enfin libres. Le capitaine Thorne avait daigné lui rendre une tâche digne d’un homme — recopier les inventaires de poudre et de plomb pour le prochain convoi.
— Tu sais lire, MacRae ? avait demandé le quartier-maître, un homme ventru du nom de Pettigrew qui ne levait jamais les yeux plus haut que son encrier.
— Assez pour compter des sacs, avait répondu Callum.
Il avait menti. Il lisait mieux que la plupart des officiers subalternes, et il avait besoin de ce poste, non pas pour la poudre, mais pour la carte. Les routes de ravitaillement vers Inverness, tracées à l’encre brune sur un parchemin épais, étaient rangées dans le tiroir du bas, sous les factures de fourrage.
Pettigrew sortit pour soulager sa vessie, et Callum, les doigts rapides, glissa la carte dans sa chemise. Il replaça le registre, respira. Le papier crissait contre sa peau, une présence brûlante.
Lorsqu’il sortit du bureau, le soleil de l’après-midi lui mordit les yeux. Il croisa le regard d’un soldat qu’il ne connaissait pas, un visage étroit et pâle, planté près du poteau d’attache comme une herbe sèche. L’homme ne bougea pas, ne détourna pas le regard. Il regardait Callum, et Callum comprit.
Thorne ne l’avait pas blanchi. Il l’avait simplement lâché en laisse.
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La foire d’automne battait son plein à trois quarts de lieue du camp, une ventrée de couleurs et de bruits dans la lande grise. Callum y alla sous prétexte d’acheter du tabac pour un sergent qui l’avait payé d’avance. Trois pièces dans sa poche, la carte pliée contre son sternum, et l’ombre du visage pâle qui le suivait à distance, une ombre trop droite pour être honnête.
Il passa entre les étals de laine brute et de fromage, les cages de poulets hystériques, un forgeron qui braillait au-dessus de son enclume. La foule était dense, épaisse comme de la tourbe humide. Il accéléra le pas.
Au bout de la rangée, près du puits, se tenait Mairi Dunbar, une vieille femme qui vendait des herbes pour les fièvres. Elle ne le regarda pas quand il passa près d’elle, mais sa main, sous le bord de son tablier, indiqua l’arrière d’une tente à cuir — la tente du sellier.
Il y entra. L’air sentait le cuir brut et la graisse. Derrière lui, la bâche se souleva.
— Tu es suivi, dit Mairi, la voix basse comme une prière.
— Je sais.
— Le pâle, là-bas. Il n’achète rien, il ne parle à personne. Il te regarde.
Callum s’accroupit derrière un rouleau de sangles. La carte pesait dans sa chemise, un poids qui lui semblait visible à travers la toile.
— Il me faut un contact. Quelqu’un qui porte un message à Eilidh.
Mairi cracha par terre, un filet de salive sombre.
— Eilidh n’a plus de messagers depuis que ton frère les a vendus. Elle ne fait plus confiance à personne, sauf à ceux qui ont du sang anglais sur les mains.
Callum ferma les yeux un instant.
— Alors dis-lui que j’ai quelque chose pour elle. Quelque chose qui n’a pas besoin de parole. Un cadeau de chasseur.
Mairi le dévisagea, les yeux plissés.
— Tu parles d’une carte ?
— Je parle d’une route.
Elle hocha la tête, lente comme une jument fatiguée.
— Il y a un homme, Angus Mor, qui charge du grain pour les garnisons. Il part demain à l’aube. Il passera près du gué de Keld. Si tu lui donnes quelque chose qui ressemble à un paquet d’avoine, il le laissera dans la grange à ruines, au sud du gué. Quelqu’un viendra le chercher.
— Comment je le reconnaîtrai ?
— Il aura un chapeau avec une plume rouge écarlate — la fierté d’un imbécile. Mais il est sûr, ajouta-t-elle avant qu’il ne pose la question. Son fils est au ruisseau de Culloden, et il n’a pas oublié.
Callum sortit de la tente. La lumière l’éblouit, et il vit le pâle à vingt pas, qui faisait semblant de regarder une poterie. Le regard de l’homme était comme une lame entre les omoplates.
Le marché se refermait, les marchands pliaient leurs toiles. Callum se dirigea vers l’étal d’un boulanger, dernier étal avant la sortie, une planche de pain noir et de miches rondes. Il n’avait pas de sac, pas de paquet. Il lui fallait un prétexte pour approcher Angus Mor sans éveiller la suspicion.
Mais l’homme à la plume rouge n’était pas là.
Callum fit un tour complet, les yeux balayant les dernières grappes de monde. Le pâle s’était rapproché — dix pas, maintenant. Il regardait Callum sans détour, presque insolent.
Un frisson lui descendit le long de la colonne. Il était piégé. S’il retournait au camp avec la carte, tout était perdu. S’il la laissait tomber dans la boue, elle pouvait être ramassée par n’importe qui, surtout par l’espion de Thorne qui le suivait comme un chien de chasse.
Il s’accroupit près de l’étal du boulanger, feignant d’examiner les miches. Le boulanger, un homme au nez rouge, vivant dans l’odeur de cendre, le regardait d’un air ennuyé.
— Combien pour cette miche ? demanda Callum en désignant du menton une des plus grosses.
— Trois pence. Et avec le beurre, cinq.
— Je la prends. Avec le beurre.
Il tendit la pièce, prit le pain, le tourna dans ses mains. Le pâle était à cinq pas maintenant, debout contre un tonneau d’ale, les bras croisés. Il ne souriait pas, il attendait.
Callum ouvrit le pain de la main, en extirpa la mie molle, avec une rapidité maladroite. Il glissa la carte à l’intérieur, pliée en deux, poussa la mie dessus, referma la croûte tant bien que mal. L’ensemble avait l’air d’un pain simplement mal cuit, ou d’un homme trop pressé de manger.
Il se releva, le pain dans la main gauche, et il sentit le regard de l’espion se poser sur ses doigts, sur la miche, sur tout ce qui aurait pu le trahir.
— Vous mangez sur place ou vous emportez ? demanda le boulanger.
— Je l’apporte à un vieux camarade, répondit Callum. Il est trop faible pour marcher jusqu’ici.
Il se retourna, marcha vers la sortie du marché. Il passa à deux pas du pâle, dont le nez huma l’air comme s’il cherchait une odeur de poudre. Callum ne ralentit pas, ne se retourna pas. Il atteignit le portail de bois, puis la route de terre qui ramenait au camp.
Là, près d’un buisson d’ajoncs, un mendiant était assis, vêtu de haillons, un bâton entre les genoux, une main tendue vers les dernières charrettes.
Callum ralentit, laissa tomber le pain dans la paume sale. Le mendiant le saisit sans mot, l’enfonça sous sa tunique, et Callum poursuivit sa route.
Derrière lui, il entendit le pas — lourd, obstiné, trop proche. Le pâle avait quitté sa place et le suivait sur la route. Il n’avait rien vu. Ou il avait tout vu. Callum ne savait pas.
Il marcha jusqu’au camp, entra par la porte principale, passa sous le regard soupçonneux de la sentinelle, et n’osa respirer qu’une fois dans l’ombre de sa tente. Il s’assit, les mains tremblantes, et il ne savait même pas si le pain arriverait à bon port. Il n’avait aucun moyen de le savoir, aucun contact, aucun garant.
Le pâle passa devant la tente, lentement, et jeta un coup d’œil à l’intérieur.
Callum fixa ses bottes.
Une pensée lui traversa l’esprit, froide comme l’eau du loch : le mendiant ne l’avait pas remercié. Il n’avait pas regardé le pain. Il l’avait enfoui sans un mot, sans un geste, comme s’il savait exactement ce qu’il contenait.
Comme s’il l’attendait.
Et Callum se demanda — trop tard — s’il venait de remettre la carte du quartier-maître dans les mains du capitaine Thorne lui-même.
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