Le Serment du Chasseur
Lire le chapitre 19: The Lost Bread
La pluie tombait depuis trois jours, une bruine obstinée qui transformait le camp britannique en bourbier. Callum marchait entre les tentes, le col de son manteau relevé, le regard fixé sur la boue qui éclaboussait ses bottes. Il avait passé la nuit à tourner en rond dans sa tête, à se demander si le pain avait atteint sa destination, si Eilidh tenait maintenant la carte entre ses mains, si le sacrifice de ces derniers jours avait au moins servi à quelque chose.
La réponse lui vint sous la forme d'un sergent qu'il connaissait de vue, un dénommé Fletcher, qui sortait de la tente du capitaine Thorne avec une expression maussade.
— MacRae, dit Fletcher en s'arrêtant, la bouche tordue par un rictus. Tu as entendu ?
Callum s'immobilisa.
— Entendu quoi ?
— Ce mendiant, sur la route de Thornwood. On l'a trouvé mort hier soir, la gorge tranchée.
Le sang de Callum se glaça. Il s'efforça de garder un visage neutre.
— Un mendiant ? Quelle importance ?
Fletcher haussa les épaules.
— Ceux qui l'ont tué — probablement des rebelles — n'ont pas pris le temps de fouiller son panier. Quand les gars sont arrivés, ils ont trouvé le pain. Et dedans, une carte, MacRae. Une sacrée carte.
Callum sentit ses jambes se dérober sous lui. Il s'appuya contre un poteau de tente.
— Une carte de quoi ?
— Des dépôts de ravitaillement. La position des patrouilles. Tout y est. Le capitaine Thorne doit se frotter les mains, là, dans sa tente.
Le sergent Fletcher s'éloigna en grommelant quelque chose sur les négligences, et Callum resta planté là, les mains tremblantes. Le mendiant était mort — tué par des rebelles, sans doute une patrouille d'Eilidh qui n'avait pas reconnu le système, ou peut-être des hommes d'une autre faction. Et le pain, la carte, tout avait abouti entre les mains de son pire ennemi.
Non. Il fallait qu'il la récupère. Que Thorne ne la garde pas.
Thorne savait. Bien sûr qu'il savait. La carte en sa possession, c'était la preuve que quelqu'un avait infiltré le camp, copié les plans, tenté de les faire passer aux rebelles. La carte elle-même ne portait pas son nom, mais Thorne avait déjà le billet d'Angus Mor. Il lui manquait simplement de relier les deux pièces, et Callum savait que l'homme était patient, méthodique. Il relierait.
Il passa le reste de la journée à observer le quartier du capitaine. La tente de Thorne se dressait à l'écart des autres, près de la ligne d'arbres, comme si le major profitait d'une intimité que les rangs serrés ne permettaient pas. Deux gardes montaient la surveillance à tour de rôle, mais ils changeaient toutes les quatre heures — Callum compta les relèves, nota les moments où leur attention faiblissait.
Juste avant minuit, il était prêt.
La pluie avait cessé ; un brouillard bas s'accrochait aux tentes comme des linceuls. Callum se glissa hors de sa couchette, vêtu de son manteau le plus sombre, un couteau à lame courte dans la ceinture. Il contourna les feux de camp, les sentinelles postées aux angles qu'il connaissait par cœur. Le cœur battant, il traversa le no man's land entre les tentes et les arbres.
La tente de Thorne se découpait dans le brouillard, faiblement éclairée par une bougie à l'intérieur. Callum s'accroupit derrière un buisson et observa. Un garde à l'entrée, le dos tourné pour se protéger de l'humidité, les épaules rentrées. Il paraissait jeune, nerveux, les mains serrées autour de son mousquet.
Callum attendit qu'il regarde vers la gauche, vers le bruit que Callum avait préparé en amont — un oiseau effrayé, un brin de branches brisées. Le garde se tourna une seconde, pas plus, mais cela suffit.
Callum frappa sa nuque d'un coup sec, pas assez pour tuer, juste pour le faire tomber dans les ronces avec un gémissement sourd. Il ne se réveillerait pas avant une demi-heure. Callum espéra que le changement de garde n'aurait pas lieu avant.
Il écarta la toile de la tente, se glissa à l'intérieur comme une ombre.
L'intérieur de la tente de Thorne sentait l'encre, le cuir et le tabac froid. Une lanterne à huile réduite à sa flamme minimale éclairait faiblement des piles de documents sur une table pliante. Callum les feuilleta rapidement, les doigts rapides, l'œil exercé à reconnaître les plans des dépôts de ravitaillement. Rien. Il ouvrit le coffre de voyage en bois, fouilla les vêtements, les bottes de rechange.
Un froissement de papier. Sous le matelas de camp, à plat sous la laine.
Il souleva le matelas, tira la carte — sa carte, celle qu'il avait passée des heures à recopier, chaque symbole, chaque route, chaque point de ravitaillement. Elle était là. Il la déplia d'une main tremblante pour vérifier qu'il s'agissait bien de l'original, puis glissa de sa poche une copie grossière qu'il avait dessinée à la hâte — un tracé approximatif, des erreurs volontaires, des indications fausses qui enverraient les troupes anglaises dans des directions erronées, vers des marécages et des cols impraticables.
Il la mit à la place de la vraie, replia celle-ci avec soin, la cacha dans sa chemise contre sa peau.
Son cœur battait à tout rompre. Il souffla la lanterne pour se dégager des ombres, recula vers la sortie — et un éclat d'acier lui mordit la gorge.
— MacRae.
La voix de Thorne, calme comme l'eau gelée.
— Je me demandais quand tu viendrais.
Callum n'osait pas déglutir. La lame pressait contre sa carotidienne.
— Capitaine. Je — je n'ai rien volé, j'allais —
— Tu mens mal, MacRae. Tu mens très mal pour quelqu'un qui passe sa vie à traquer dans les bois. On dirait que tu as perdu tes réflexes depuis que tu es devenu un homme de papier.
Thorne le poussa contre le mât central de la tente, la lame toujours contre sa gorge. Dans la pénombre, la silhouette du capitaine semblait plus grande que nature, imprégnée d'une patience de chasseur.
— La carte était sous mon matelas. Elle n'y est plus. Donne-la, et je te promets une mort rapide, sans douleur, par balle de mousquet. Pas de corde.
— Je ne l'ai pas.
— Alors tu l'as avalée. Tu as toujours eu un appétit curieux, n'est-ce pas ? Je me souviens de toi, au siège de Prestonpans. Tu marchais sur des cadavres comme sur des cailloux, et tu ne bronchais jamais.
Callum voulut répondre, mais un bruit à l'extérieur le fit taire. Des pas. Plusieurs. Des jambes d'homme qui trottent en formation dans la boue. Des ordres étouffés en gaélique, puis en anglais.
— Capitaine ! Un feu dans la poudrière ! Puis un second, près de l'enclos des chevaux !
Thorne ne bougea pas. Il regarda Callum, les yeux plissés, la bouche presque souriante.
— N'est-ce pas curieux ? Je vous arrête ce soir, et voilà que le camp brûle.
Il y eut un hurlement dehors, une détonation étouffée. Des hommes qui criaient, des ordres en chaîne. Et dans le brouhaha, une voix qui lui faisait froid dans le dos — celle d'Eilidh.
— Au feu ! Les rebelles ! Aux armes !
Aux armes. Elle était là. Elle avait lancé le raid, probablement prévu pour d'autres raisons, pour faire une diversion ou frapper les chevaux — et voilà qu'elle tombait pile au bon moment, ou au pire, selon d'où on regardait la scène.
Thorne se tourna d'un quart de tour, la lame toujours contre le cou de Callum. La toile de tente s'éclaira d'une lueur orange — des flammes, toutes proches. Dans la lumière dansante, Callum vit le visage de Thorne changer : une seconde d'incertitude, puis une décision.
— Si tu bouges, tu es mort. Si les rebelles gagnent cette nuit, tu es mort. Tu vois, MacRae, quoi qu'il arrive, tu perds.
Il recula d'un pas, la lame toujours tendue, et disparut dans l'ombre de la tente — pour répondre au tumulte, pour organiser la défense ou peut-être pour charger son mousquet. Il reviendrait, c'était certain. Il reviendrait.
Callum saisit la carte cachée contre sa chemise, se glissa hors de la tente, et fonça vers les arbres tandis que les premiers coups de feu crépitaient dans la nuit écossaise.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.