Le Serment du Chasseur
Lire le chapitre 20: The Night Thief
Le vent nocturne portait l’odeur du feu et du sang. Le chaos de l’attaque rebelle s’était dissipé en une cacophonie lointaine de hurlements et de galops, mais le camp britannique restait un essaim de torches et de silhouettes fébriles. Callum se glissa entre deux tentes, le cœur cognant contre ses côtes, la lame de son couteau fraîche contre sa paume.
La toile de la tente de Thorne était tendue à quelques pas. Une lampe vacillait à l’intérieur, projetant une ombre qui bougeait sans cesse. Callum retint son souffle. Il avait volé ce plan une fois, il allait le voler encore. Mais cette fois, il n’y aurait pas de rébellion pour le couvrir.
Il s’accroupit derrière un tonneau d’eau, observant. Deux sentinelles patrouillaient à intervalle régulier, leurs bottes crissant sur le gravier gelé. L’une d’elles s’arrêta, alluma une pipe, puis reprit sa marche. Callum compta les secondes. Trente, entre chaque passage.
Il se leva d’un bond souple, traversa l’espace découvert, et colla son dos contre la toile de la tente. Il en fit le tour jusqu’à l’arrière, là où la couture était plus lâche, là où il avait repéré une déchirure minuscule la veille. Il y glissa les doigts, élargit l’ouverture, et se faufila à l’intérieur.
L’odeur de cuir, d’encre et de tabac froid l’enveloppa. La tente de Thorne était ordonnée, presque austère : un lit de camp étroit, une table pliante couverte de cartes, un coffre fermé à clé. Le plan volé — le vrai — était posé sur la table, à côté de la lampe. Callum cligna des yeux. Trop facile.
Trop facile, en effet. Son regard balaya la pièce. Une ombre derrière le rideau de séparation. Un souffle. Callum se figea.
— Encore toi, murmura une voix.
Thorne sortit de l’ombre, un pistolet à la main, le canon pointé droit sur le cœur de Callum. L’officier était en manches de chemise, les cheveux en désordre, mais ses yeux étaient vifs, durs, presque amusés.
— Tu as du culot, MacRae. Je t’ai attrapé une fois. Tu reviens pour que je te mette une balle dans la tête ?
— Vous ne tirerez pas, dit Callum, la voix plus calme qu’il ne l’aurait cru. Le camp est en émoi. Un coup de feu attirerait une centaine d’hommes, et vous devriez expliquer pourquoi vous exécutez un soldat sans procès.
Thorne ricana.
— Je peux dire que tu as tenté de me voler. Ce serait vrai, d’ailleurs.
— Voler quoi ? Un plan que vous avez déjà ? Il n’y a rien sur cette table que vous ne connaissiez déjà.
Le visage de Thorne se durcit. Il jeta un coup d’œil au document sur la table, puis à Callum, puis de nouveau au document. Un silence tendu.
— Tu as remplacé la carte par un faux, murmura Thorne. Pourquoi ?
Callum haussa une épaule.
— Peut-être que je voulais la relire avant de la rendre aux rebelles.
La blague était trop audacieuse. Mais dans la nuit, sous la menace du pistolet, elle fit office de distraction. Thorne ouvrit la bouche pour répondre, et à cet instant précis, un cri retentit dehors. Les deux hommes se tournèrent vers l’entrée de la tente. Callum n’hésita pas. Il fonça sur Thorne, attrapa le canon du pistolet et le tordit vers le haut. Le coup partit, déchirant la toile au-dessus de leurs têtes.
— Traître ! hurla Thorne.
Ils luttèrent un instant, corps contre corps. Callum était plus fort, mais Thorne était plus vif, plus entraîné au combat rapproché. Le pistolet tomba. Une bousculade, une frappe au visage — Callum sentit le goût du sang dans sa bouche. Puis son genou remonta, atteignant l’aine de Thorne. L’officier plia, libérant sa prise.
Callum attrapa la carte sur la table, la roula, la glissa dans sa chemise. Il ne prit pas le temps de remplacer par le faux — plus la peine, Thorne savait déjà. Il courut vers la déchirure à l’arrière de la tente, mais avant qu’il ne puisse l’atteindre, la toile s’ouvrit et un soldat se dressa devant lui, baïonnette pointée.
— Arrête ! ordonna l’homme.
Callum pivota, prit le soldat par le col, et le projeta contre la table. La lampe vacilla, tomba, se brisa. L’huile s’enflamma un instant, projetant des ombres monstrueuses sur les parois. Le soldat tenta de se relever, mais Callum l’attrapa par la nuque et frappa son crâne contre le sol de terre battue. Un bruit sourd. L’homme s’effondra, inconscient.
Des pas lourds approchaient. Callum se glissa par la déchirure, courut entre les tentes, la fumée et le cri des hommes qui se précipitaient vers la tente en flammes. Il ne regarda pas en arrière. Il ne s’arrêta pas.
Le bosquet était à deux cents mètres. Il y courut, les poumons brûlants, les jambes tremblantes. Derrière lui, le camp était une fournaise de confusion. Personne ne le poursuivait encore. Mais ils le feraient. Bientôt.
Il atteignit le vieux chêne, celui dont il avait repéré la fourche basse. Il fouilla le sol à mains nues, trouva la pierre plate qu’il avait cachée la veille, et déterra une boîte de fer rouillée. Il y glissa la carte volée, referma le couvercle, remit la terre en place, puis posa la pierre au-dessus. Il marqua l’arbre d’une entaille discrète, sous l’écorce.
Puis il courut vers la tente des soldats, se glissa dans son lit de camp, le cœur battant à tout rompre. Il resta là, les yeux ouverts dans le noir, à écouter les allées et venues, les ordres criés, les recherches. Personne ne vint le chercher.
À l’aube, le camp était calme. Les morts de la nuit — trois soldats, deux rebelles — furent portés à l’écart. Les blessés gémissaient dans la tente médicale. Callum fit son devoir, lava les chevaux, remplit les seaux d’eau. Il évita le regard de Thorne.
Mais Thorne ne le chercha pas. Ce fut pire.
À midi, l’officier convoqua toute la garnison sur la place centrale. Le visage marqué par un coquart qui bleuissait sous l’œil, Thorne tenait un document froissé dans sa main — le faux que Callum avait laissé sous la tente, délibérément.
— Quelqu’un a trahi ce camp, dit-il, la voix glaciale. Quelqu’un a osé pénétrer dans mes quartiers cette nuit, voler des documents, et tenter de mettre ce régiment en danger.
Un murmure parcourut les rangs. Callum garda les yeux droits devant lui.
— Ce traître est parmi nous, continua Thorne. Il se cache derrière un visage d’honnête soldat.
Il déchira le faux plan en deux, lentement, puis laissa les morceaux tomber à ses pieds.
— Je le trouverai. Et quand je l’aurai trouvé, je le pendrai devant toute la garnison.
Il balaya l’assemblée du regard. Son œil s’arrêta un instant sur Callum. Un instant trop long. Puis il se tourna et désigna le soldat qui avait été de garde devant sa tente, ramassé à moitié conscient ce matin-là.
— Cet homme a failli à son devoir. Il a laissé passer un intrus. Qu’il soit dégradé et fouetté devant vous tous.
Le soldat ouvrit la bouche pour protester, mais deux hommes le saisirent déjà. Les coups de fouet claquèrent dans l’air froid. Callum compta chaque impact, chaque cri étouffé, chaque larme de sang qui tombait dans la poussière.
Quand ce fut fini, le soldat fut traîné vers la tente médicale. La foule se dispersa dans un silence pesant. Callum resta immobile, les mains froides, le regard fixé sur le dos de Thorne qui s’éloignait vers sa tente.
Il avait le plan. Mais Thorne avait vu son œil le fixer. Et Thorne était patient, méthodique, impitoyable. Le faux plan était détruit, la preuve de la trahison était maintenant dans les cendres et les coups de fouet d’un innocent. Callum avait peut-être gagné une bataille.
Mais la guerre, elle, venait à peine de commencer.
Il ne lui restait plus que sept jours avant l’exécution de Duncan. Sept jours pour livrer le plan aux rebelles, pour empêcher Thorne de prouver sa trahison, pour sauver un frère qui le regardait peut-être déjà comme un ennemi.
Il se dirigea vers la prison, les chaînes de Duncan résonnant dans sa tête.
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