Le Serment du Chasseur
Lire le chapitre 21: The Unmasked Lie
Les couloirs de la prison sentaient la paille pourrie et le fer rouillé. Callum marchait d'un pas qu'il voulait ferme, mais chaque écho de ses bottes sur la pierre humide lui renvoyait le battement de son propre cœur. La garde de nuit avait été changée, remplacée par des hommes plus jeunes, plus nerveux, qui ne le connaissaient pas assez pour le laisser passer sans question. Mais le nom de MacRae, encore accolé à celui de Thorne, ouvrait les portes. Pour combien de temps encore ?
La cellule de Duncan était au fond du couloir, la dernière porte avant le mur aveugle. Un soldat sommeillait sur un tabouret, la tête contre le mur. Callum le contourna sans bruit, saisit la clé accrochée à sa ceinture d'une main exercée, et tourna le mécanisme avec une douceur apprise dans les bois, là où chaque geste devait être plus silencieux que le vent.
Duncan leva la tête. Il était assis dans l'ombre, le dos contre la paroi, les jambes étendues devant lui comme s'il attendait un invité. Son visage était plus creux que dans le souvenir de Callum, la barbe épaisse, les yeux trop brillants dans la pénombre.
— Tu es venu. Je savais que tu viendrais.
— Ne te fatigue pas à jouer au prophète. J'ai besoin de la vérité.
Callum ferma la porte de la cellule derrière lui et s'accroupit en face de son frère, les bras croisés sur les genoux. La distance entre eux n'avait jamais paru si grande, même quand l'Atlantique les séparait.
— La vérité ? Duncan rit doucement, un son sans joie. La vérité est un luxe que je ne peux plus m'offrir.
— Alors invente. Mais dis-moi quelque chose qui tienne debout. Es-tu un messager des rebelles ou un agent de Thorne ?
Duncan se tut. Ses doigts jouaient avec un brin de paille, le pliant, le dépliant, comme s'il comptait les secondes. Quand il parla enfin, sa voix avait perdu l'ironie.
— Les deux. Et aucun des deux.
Callum attendit. Le silence s'étira, épais comme du sang caillé. Duncan se pencha en avant, si près que Callum sentait l'odeur de son haleine, amère, faim et peur mêlées.
— Je suis un agent double, Callum. Depuis le début. Depuis mon arrivée au camp des rebelles. Thorne m'a envoyé là-bas pour recueillir des informations, gagner leur confiance, les trahir.
Le souffle de Callum se bloqua dans sa gorge. Le sol de la cellule sembla tanguer sous lui.
— Thorne t'a envoyé.
— Oui. Et j'ai fait mon travail. J'ai livré des noms, des caches, des itinéraires. J'ai vendu des hommes pour rester vivant.
— Et moi ? J'ai risqué ma vie pour toi. J'ai volé des plans, trahi des serments, laissé un innocent subir le fouet pour toi.
Duncan leva les mains, paumes ouvertes, comme pour parer un coup.
— Je sais. Et je t'ai vu entrer dans le camp, camarade, je t'ai vu porter l'uniforme rouge. J'ai pensé que tu t'étais rangé du bon côté. J'ai pensé que tu avais compris.
— Compris quoi ? Que nous sommes des chiens du roi ? Que notre sang ne vaut rien ?
— Que les rebelles perdront. Écoute-moi, frère. J'ai vu leurs forces, leurs faiblesses. Je connais leurs chefs, leurs rêves, leurs disputes intestines. Ils ne gagneront pas. Mais j'ai aussi vu autre chose.
Duncan se leva, fit deux pas vers la porte, comme s'il sentait les murs se refermer sur lui. Sa voix devint plus basse, presque un murmure.
— J'ai fréquenté des officiers britanniques, des hommes haut placés. Et certains d'entre eux… certains pensent que cette guerre est une erreur. Ils sont prêts à trahir leur propre camp si les conditions sont bonnes.
Callum plissa les yeux.
— Tu veux échanger ta vie contre des noms.
— Je veux échanger ma vie contre des noms qui pourraient arrêter le massacre. Des officiers écossais dans l'armée britannique qui sont secrètement fidèles à la cause jacobite. Des hommes qui pourraient ouvrir les portes d'Inverness, retourner leurs canons, renverser le cours de la bataille.
— Et Thorne le sait ? interrogea Callum.
— Thorne ne sait que ce que je veux qu'il sache. Il pense que je suis son petit oiseau. Il ignore que je chantais une autre chanson quand il avait le dos tourné.
Callum se releva. Sa main trouva le mur, sentit la pierre froide sous ses doigts. Tout ce qu'il croyait savoir sur son frère – la loyauté, la solidarité du sang, le lien forgé dans les mêmes cris, le même deuil de la même mère – tout cela se fissurait, s'effritait comme du plâtre.
— Pourquoi me dire tout cela maintenant ? Pourquoi ne pas laisser Thorne faire son travail ?
— Parce que Thorne me fera pendre. Il a avancé mon procès, il veut ma tête pour calmer l'opinion. Il a besoin d'un symbole. Il a choisi un traître jacobite qui sera exécuté en place publique… et il se fiche que le traître soit réel ou fabriqué.
Duncan s'agenouilla soudain, agrippa les bras de Callum avec une force inattendue pour un homme affaibli.
— Aide-moi à sortir d'ici. J'ai les noms. Une liste complète, cachée à l'extérieur, dans un endroit que je peux te révéler. Avec ces officiers, la rébellion pourrait négocier. Pas de bataille sanglante. Pas de milliers de morts. Des vies épargnées, Callum. Des deux côtés.
Callum dégagea ses bras. Il recula jusqu'à la porte, le dos contre le bois, les yeux rivés sur celui qui portait le même nom que lui.
— Tu as joué les deux camps. Tu as vendu des hommes, trahi des promesses. Pourquoi te croirais-je ?
— Parce que je suis ton frère. Parce que je sais que tu as gardé le médaillon de mère dans ta poche pendant toutes ces années. Parce que si je mens, tu découvriras la vérité assez vite, et tu pourras me laisser pourrir ici, et personne ne te reprochera rien.
Duncan se releva, épousseta son pantalon, retrouva un semblant de dignité.
— La liste existe. Elle est chez la vieille femme qui vend des herbes près du marché d'Inverness, sous une dalle de sa cave. Si tu m'aides à sortir, je te la donne entière. Tu la portes aux rebelles, tu leur dis que je peux servir de garantie, de preuve vivante. Et peut-être, peut-être, la paix aura une chance.
Les mensonges de Duncan étaient peut-être encore des mensonges. Mais Callum entendit dans sa voix quelque chose qu'il cherchait depuis des semaines : non pas la vérité, mais une lueur, une faille dans la logique de la guerre.
Il posa la main sur la clé.
— Si tu me trahis, Duncan, je te jure que je te trouverai. Même si je dois traverser l'enfer et l'enfer encore.
— Je sais. C'est bien pour ça que je te demande de m'aider.
Les chaînes de Duncan tombèrent sur le sol avec un bruit de mort qui se dénoue. Et dans le couloir sombre, Callum entendit au loin les premiers coups de feu : l'attaque des rebelles sur le camp britannique ne faisait que commencer.
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