Le Serment du Chasseur
Lire le chapitre 22: The Escaped Brother
La pluie s'était mise à tomber, fine et tenace, quand Callum guida Duncan hors de la tente de garde. Les flammes de l'attaque rebelle léchaient encore l'horizon du camp, mais le bruit des combats s'était déplacé vers l'est, laissant une zone morte entre les tentes et la palissade. Duncan boitait, le bras passé autour des épaules de son frère, son souffle court et irrégulier.
— Tu saignes, murmura Callum en sentant une chaleur humide contre sa main.
— Ce n'est qu'une égratignure. Une lame m'a attrapé pendant que je me débattais.
— Le couteau du garde ?
Duncan secoua la tête, mais chaque mouvement semblait lui coûter. Ils contournèrent le dépôt de fourrage, longèrent la rangée des chevaux attachés qui tremblaient encore de l'agitation nocturne. Personne. Les hommes de Thorne étaient soit morts, soit engagés dans la défense du périmètre. L'occasion était unique, et Callum le savait.
Le trou dans la palissade, là où les hommes d'Eilidh avaient fait sauter les planches, béait comme une bouche noire. Callum poussa Duncan par-dessus les débris épars, puis se glissa à sa suite dans l'herbe humide au-delà du camp. Leurs pas firent un bruit mou dans la terre détrempée.
— Tu te souviens du chemin vers les hauteurs ? demanda Callum.
Duncan grogna une réponse affirmative. Ils grimpèrent en silence, suivant l'ancien sentier de chèvres que les MacRae connaissaient depuis des générations. La pluie effaçait leurs traces derrière eux, lavait le sang sur les rochers, Dieu merci.
À mi-pente, Callum perçut un changement dans la démarche de son frère. Chaque pas devenait plus lourd, plus traînant. Il le fit asseoir contre un affleurement de pierre et s'accroupit devant lui.
— Laisse-moi voir ta blessure.
Duncan souleva sa chemise. La plaie, sous ses côtes, était nette et profonde. Un coup de couteau. Pas une égratignure. Le sang coulait en un filet sombre, presque noir dans la pâle lumière du matin.
— Tu m'as menti.
— Tu aurais refusé d'avancer si je t'avais dit la vérité. Tu es tel que moi, frère. Têtu.
Callum déchira une bande de tissu de sa propre chemise et la noua aussi fermement qu'il le put autour du torse de Duncan.
— On ne peut pas continuer comme ça. Il me faut un endroit sûr, un feu, de l'eau propre.
— Il y a une grotte plus haut, derrière la chute. Celle où on jouait enfants. Tu te souviens ?
Callum le savait. Bien sûr qu'il le savait. Un demi-jour de plus à grimper, mais Duncan tiendrait-il jusque-là ?
— On n'a pas le choix, dit Duncan comme s'il lisait ses pensées.
Ils reprirent la montée. Le jour se leva, gris et triste, filtrant par les nuages bas. Les oiseaux, prudents, ne chantaient pas encore. Callum portait presque son frère maintenant. Un poids mort, tantôt léger quand Duncan trouvait une réserve de force, tantôt terriblement lourd quand il faiblissait.
L'entrée de la grotte était étroite, masquée par un éboulis de granit et un vieux noisetier tordu. Il fallait connaître l'endroit pour le voir. Callum n'y était pas revenu depuis quinze ans, mais ses mains se souvinrent tout seules de la position des pierres, de l'angle de la pente.
Il allongea Duncan sur un lit de fougères sèches, puis entreprit de boucher partiellement l'entrée avec des roches plates, laissant un intervalle pour laisser passer l'air. L'obscurité de la grotte était immédiate et rassurante. Le bruit de la pluie sur la roche résonnait en une musique sourde.
— Tu as de l'eau ? demanda Duncan, la voix épuisée.
Callum sortit sa gourde et la lui donna. Duncan but — trop vite, s'étrangla, retomba contre la paroi. La respiration qui suivit était sifflante, laborieuse.
— Il faut que je recouse ta plaie.
— Pas encore. Un moment.
Callum attendit. Les minutes s'étirèrent. La respiration de Duncan finit par se stabiliser, un peu moins rauque, un peu plus profonde.
— Écoute-moi. Il faut que je te dise, avant que...
— Ne parle pas de ça.
— Je dois, Callum. J'ai fait des choses. Des choses que je ne peux pas effacer. Et je n'ai qu'une chose à te donner pour essayer de les compenser.
Il chercha dans ses vêtements, ceux de la prison que Callum lui avait volés pour remplacer son uniforme. Ses doigts tremblaient. Il trouva une couture dans l'ourlet et la déchira. Un morceau de papier, fin, minuscule, plié en un carré pas plus grand que le pouce, en tomba.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Un nom. Un seul nom, plus une instruction : l'herboriste de la grand-rue d'Inverness, devant l'église. Son échoppe s'appelle La Tige d'Argent.
— Duncan, je sais déjà tout ça. C'est toi qui me l'as appris il y a deux jours.
C'était la liste des officiers britanniques pro-jacobites. Les noms que Duncan prétendait connaître.
— Non. C'est la clé. Le papier qu'il faut montrer à l'herboriste. C'est une preuve. Il te donnera la liste en échange. Il ne la donnera à personne d'autre. Je lui ai fait jurer.
Callum prit le petit carré de papier, le déplia avec précaution. Quelques mots, écrits d'une encre délavée, mais qu'il ne put lire dans l'obscurité de la grotte.
— Pourquoi ? demanda-t-il. Pourquoi faire ça pour moi ? Après ce que tu m'as avoué ?
Duncan bougea, cherchant une position moins douloureuse, et une grimace lui tordit le visage.
— Parce que c'est la seule issue, frère. Je l'ai compris trop tard. J'ai cru que je pouvais jouer les deux côtés et protéger tout le monde. J'ai cru que si je livrais aux Anglais les plans rebelles les moins dangereux, ceux qui étaient déjà perdus, je protégerais les vies qui comptent vraiment. Mais les Anglais n'ont pas besoin de protection. Ils ont besoin de domination.
Sa voix baissa.
— Eilidh a raison. Et si je n'avais pas voulu que la vérité sache... Tu vas lui donner cette liste, n'est-ce pas ? Tu vas la lui donner et elle fera pacte avec ces officiers. Nous pouvons finir cette guerre sans que des Highlands entières ne brûlent.
— Elle tient peut-être déjà la solution en main, répondit Callum en pensant à l'attaque en cours sur le camp, à la carte qu'il avait laissée dans le chêne.
— Alors prends la liste et va la rejoindre. Promets-moi.
Callum regarda son frère. Le visage de Duncan était ravagé — par la fièvre, par la prison, par le mensonge. Et pourtant, il y avait dans ses yeux quelque chose que Callum n'y avait pas vu depuis l'enfance : une vérité nue.
— Je te le promets.
Duncan hocha la tête, épuisé, et laissa retomber son crâne contre la roche. Ses paupières se fermèrent. Callum s'affaira, sortit de son sac une petite trousse de soin — aiguille, fil, une fiole d'alcool. Il nettoya la plaie du mieux qu'il put, recousit la chair en tâtonnant dans la pénombre. Duncan gémissait, à moitié inconscient, mais ne cria jamais.
Quand la dernière suture fut nouée, Callum s'assit contre la paroi opposée. Ses mains tremblaient. Il les regarda, ces mains de chasseur, précises et terribles. Elles avaient tué des hommes. Elles avaient tracé des cartes de trahison. Elles venaient de recoudre une plaie qu'un garde anglais avait ouverte sur le ventre de son frère.
La culpabilité s'installa sur sa poitrine comme un rocher.
S'il n'avait pas volé le plan, Angus Mor n'aurait pas été arrêté. S'il n'avait pas été arrêté, la chaîne de falsifications que Duncan s'était évertué à démêler n'aurait peut-être pas conduit à sa capture. Lui, Callum, avait mis son frère dans cette cellule. Sa lâcheté, ou son ambition de faire le bien, importait peu. Les deux hommes qui saignaient dans cette grotte étaient sa faute à lui.
La pluie cessa à la mi-journée. Le vent se leva, fraîchit. Callum se faufila jusqu'à la chute voisine pour remplir sa gourde et vérifier qu'ils n'étaient pas suivis. Rien. La lande était aussi vide que la veille de la bataille. Les mouettes seulement, marquant le ciel de leurs cris désolés.
Quand il revint, Duncan était réveillé. Fiévreux. Ses yeux brillaient d'un éclat malsain sous ses paupières lourdes.
— Tu as vérifié le chêne ? demanda-t-il, la voix éraillée.
— Pas encore. J'ai dû fuir le camp. La carte est toujours là, je pense. Mais sans le bon marquage, les hommes d'Eilidh risquent de ne pas la trouver avant que Thorne ne la cherche lui-même.
— Tu as caché une carte de ravitaillement ? À un endroit que tu peux préciser ?
— Au vieux chêne de Lochside, le droit, avec la marque en V sur l'écorce. Le poste de guet rebelle est à un mille au sud-est.
Duncan rit faiblement. Un toussotement sans joie.
— Le poste de guet a été attaqué hier soir, Callum. C'est l'une des premières choses que j'ai entendues en prison, quand Thorne interrogeait ses hommes. Ils ont brûlé l'abri. Chauves-souris et paysans dispersés.
Callum serra les poings. Donc la carte resterait dans son arbre. Et sa fenêtre de sept jours se rétrécissait déjà comme une peau de chagrin.
— Elle est encore là-bas. Je peux y retourner.
— Dans deux jours, Thorne aura envoyé un détachement ratisser chaque arbre à dix milles de ce camp. Écoute-moi. L'herboriste d'Inverness est plus près que tu ne le penses. Prends le papier. Récupère la carte. Va à Inverness. Montre le papier à La Tige d'Argent. Tu auras la liste et tu la porteras à Eilidh.
— Et toi ? Je ne peux pas te laisser seul. Tu as besoin de soins, de repos, de nourriture chaude.
— Je survivrai. J'ai vécu vingt-neuf ans ; je peux bien passer deux jours dans une grotte.
Duncan le dit avec assurance, mais son corps parlait une autre langue. La fièvre montait déjà. Le teint prenait une pâleur de cire malgré l'effort que le temps de l'exil infligerait à son corps. Callum pouvait lire dans les yeux de son frère ce qu'il refusait lui-même de reconnaître.
La plaie était au-delà des compétences d'un chasseur. Callum sut, à ce moment-là, que son frère mourrait seul par ici, entre les fougères et la poussière de la grotte.
La pensée lui brûla la gorge.
— Je reste avec toi jusqu'à l'aube, dit-il d'une voix qu'il ne reconnaissait pas. Ensuite j'irai chercher cette liste. Mais je reviendrai.
Duncan sourit, faible. Ce sourire était celui du petit garçon qui lui volait ses lignes de pêche.
— Tu as toujours été mauvais menteur, Callum.
Callum baissa les yeux, incapable de démentir.
Dehors, le vent s'engouffra dans la fissure de la grotte, portant les effluves de pluie, de terre et de vieille fumée. La guerre se poursuivait, avec ou sans eux. Mais ici, dans l'abri de la roche, il ne restait plus que deux frères et le temps qui s'écoulait.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.