Le Serment du Chasseur
Lire le chapitre 23: The Last Testament
La grotte sentait le sang, la terre humide et la mort qui rôdait. Duncan grelottait sous la toile trempée que Callum avait arrachée d'un soldat mort, ses lèvres bleuies murmurant des mots sans suite. La plaie à son flanc, mal cautérisée, suintait à travers les bandages de fortune.
« Ne pars pas, murmura Duncan sans ouvrir les yeux. Pas encore. »
Callum s'accroupit près de lui, la pierre froide de la grotte lui mordant les genoux. Dehors, la nuit pesait, trouée par les échos lointains de la fusillade. Le raid sur le camp anglais faisait toujours rage, mais ici, dans ce trou perdu au flanc de la colline, le seul combat était celui de Duncan contre la fièvre qui le dévorait.
« Je suis là, dit Callum en lui soulevant la tête pour lui faire boire un peu d'eau. Je suis là, frère. »
Duncan toussa, un spasme qui lui tordit le visage et fit jaillir une tache rouge sur ses lèvres. Il ouvrit les yeux, et Callum y vit cette lueur qu'il connaissait trop bien – celle de leur mère, sur son lit de mort, quand elle avait compris que la fin approchait et qu'elle avait choisi de la regarder en face.
« Écoute. » La voix de Duncan n'était plus qu'un filet. « Il faut que tu saches... tout ce que j'ai fait. Pour eux. Pour toi. »
« Tais-toi, tu vas te fatiguer. »
« Non. » Duncan agrippa le poignet de son frère, ses ongles s'enfonçant dans la chair. « Si je meurs avec ça sur la conscience, je brûlerai en enfer pour l'éternité. J'ai livré des hommes, Callum. Des bons. Des Highlanders qui n'avaient fait que défendre leurs terres. Je les ai menés droit dans les bras de Thorne parce qu'on m'avait promis que tu serais épargné. »
Callum sentit son estomac se nouer. Il avait soupçonné, deviné, espéré que ce n'était qu'une rumeur. Mais entendre son frère l'admettre, dans ce murmure rauque, c'était comme recevoir un coup de couteau entre les côtes.
« Pourquoi ? » souffla-t-il, la gorge serrée.
« Parce que tu es tout ce qui me reste, Callum. » Duncan détourna le regard, des larmes traçant des sillons dans la crasse de son visage. « Après la mort de papa à Culloden, après ce que les anglais ont fait à maman... je ne pouvais pas te perdre aussi. Ils m'ont dit qu'ils te laisseraient tranquille, que tu pourrais continuer à chasser, à vivre, si je leur donnais les autres. »
Une rage sourde monta en Callum, mais elle se heurta à la vision de son frère, ce corps brisé qui avait été celui d'un enfant riant, courant dans les bruyères, apprenant à tirer à l'arc sur les cerfs des hautes terres. Comment pouvait-on haïr quelqu'un qu'on aimait autant ?
« Ils t'ont menti, dit-il doucement. Thorne n'a jamais eu l'intention de m'épargner. Il me l'a dit lui-même. »
Le visage de Duncan se décomposa. « Non. Non, ils avaient promis... »
« Les anglais promettent ce qu'il faut pour obtenir ce qu'ils veulent, Duncan. Tu le sais. Tu l'as toujours su. »
Un long silence s'étira, seulement troublé par la respiration sifflante de Duncan et le goutte-à-goutte de l'eau qui suintait de la paroi rocheuse. Dehors, un hibou appela, puis se tut. Dans la pénombre, Callum vit son frère fermer les yeux, sa poitrine se soulevant avec difficulté.
« Je suis désolé, murmura Duncan, si bas que Callum dut se pencher pour l'entendre. Pour tout. Pour les hommes que j'ai trahis. Pour t'avoir mis dans cette position. Pour... pour n'avoir jamais assez de temps pour réparer. »
Écoute-moi. » Callum prit le visage de son frère entre ses mains, forçant Duncan à le regarder. « Tu as fait des choses impardonnables. Mais tu es mon sang. Et je vais porter le poids de tes péchés avec toi. Tu m'entends ? Je ne te laisserai pas les porter seul. »
Un sourire faible, presque enfantin, éclaira le visage de Duncan. « Tu as toujours été le meilleur d'entre nous, frère. Même quand tu faisais semblant de ne pas l'être. »
Sa main lâcha le poignet de Callum. Sa tête retomba lourdement sur le sol de terre. Sa poitrine se souleva une dernière fois, puis se figea.
Callum resta immobile, la main encore posée sur la joue froide de son frère. Le monde autour de lui semblait s'être tu, comme si les collines elles-mêmes retenaient leur souffle. Un sanglot lui déchira la gorge, qu'il étouffa en serrant les dents. Pas de larmes. Pas encore. Il y aurait du temps pour pleurer plus tard, quand la tâche serait accomplie.
Il s'accroupit longtemps, à écouter le silence. Puis, lentement, il se mit au travail. Il sortit de la grotte, trouva un endroit abrité sous un chêne ancien, à l'abri des regards, et creusa. La terre était meuble, grasse de l'humidité nocturne. Ses mains, habituées à la corde de l'arc et au manche du couteau, s'enfoncèrent dans le sol avec une méthode presque mécanique.
Quand la tombe fut prête, il retourna chercher le corps de Duncan. Il le porta avec une douceur qu'il n'avait pas connue depuis l'enfance, quand il hissait son petit frère sur ses épaules pour qu'il voie par-dessus les murets de pierre. Il le déposa dans la terre, croisa ses mains sur sa poitrine, et resta un long moment à le regarder.
« Je te jure, Duncan MacRae, dit-il d'une voix rauque, que ta mort ne sera pas vaine. Cette liste d'officiers, je la porterai aux rebelles. S'ils peuvent mettre fin à cette guerre par la négociation plutôt que par le sang, je le ferai. Pour toi. Pour maman. Pour papa. Pour ceux que tu as trahis et pour ceux qui t'ont aimé. »
Il ramassa une poignée de terre et la laissa s'écouler entre ses doigts sur le visage de son frère. Puis il combla la tombe, sans prière, sans rituel – juste le bruit sourd de la terre qui retombait et le souffle court de son propre effort. Quand ce fut fini, il redressa une pierre plate au-dessus du monticule, un repère que lui seul reconnaîtrait.
Le ciel commençait à pâlir à l'est quand Callum retourna dans la grotte. Il ramassa son sac, vérifia son couteau à la ceinture, son arc dans son dos. Dans la poche intérieure de sa veste, le papier que Duncan lui avait donné avant de mourir. Le papier qui devait lui permettre d'obtenir la liste des officiers pro-jacobites chez la marchande d'herbes d'Inverness, à La Tige d'Argent.
Il sortit de la grotte et inspira profondément. L'air du matin sentait la fumée et le métal – le camp anglais brûlait encore quelque part au nord. Le raid avait réussi, mais ce n'était qu'une escarmouche dans une guerre bien plus vaste.
Il fallait qu'il trouve les rebelles. Pas seulement ceux du camp attaqué, mais ceux qui détenaient réellement le pouvoir. Ceux qui pourraient utiliser la liste d'officiers pour négocier une paix durable. La promesse faite à Duncan n'était pas qu'un simple vœu pieux – c'était un serment, le dernier que son frère entendrait.
Callum jeta un dernier regard à la pierre plate sous le chêne. Sa gorge se serra.
« Dors bien, frère. Je finirai ce que tu as commencé. »
Il tourna le dos à la tombe et se mit en marche vers le nord, vers Inverness. Derrière lui, le soleil levant embrasait les crêtes des Highlands, comme si le ciel lui-même prenait feu. Mais en lui, le feu était froid, déterminé, brûlant sans flamme.
Une pensée l'accompagna tandis qu'il avançait : la liste n'était peut-être qu'un piège. Duncan aurait pu être utilisé par Thorne jusqu'au bout, une dernière manigance pour attirer les rebelles dans un guet-apens. Mais Callum n'avait plus rien à perdre. Son frère était mort. Son honneur était souillé par les choix qu'il avait faits. Tout ce qui lui restait, c'était cette mission et la possibilité – si mince fût-elle – que la liste ouvre une voie vers la paix. Et si c'était un piège ?
Il s'arrêta un instant, la main sur le manche de son couteau. Un piège dans lequel il marcherait les yeux ouverts. Mais peut-être qu'un homme n'a pas besoin de voir pour guider les autres vers une sortie.
Il accéléra le pas, tandis que la route d'Inverness s'allongeait devant lui, fine et pâle dans la lumière du matin. La mort de Duncan lui avait donné une mission. Le papier dans sa poche lui donnait un espoir. Mais Callum sentait dans sa chair que le chemin qui s'ouvrait était semé d'embûches.
Dans les buissons au bord du chemin, un mouvement. Il s'arrêta, la main sur son arc. Mais ce n'était qu'un cerf, qui le regardait de ses grands yeux bruns avant de détaler dans les bois. Callum sourit malgré lui. Les cerfs, il savait les lire. Les hommes, en revanche...
Il poursuivit sa route. Loin derrière lui, à la limite du camp anglais, un cavalier galopait vers les collines. Le capitaine Thorne venait de découvrir que le prisonnier Duncan MacRae s'était échappé. Et il savait exactement où son frère allait se rendre.
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