Le Serment du Chasseur
Lire le chapitre 24: The Laird's Salvation
La pluie s'était arrêtée, mais l'humidité restait accrochée aux murs de torchis comme une seconde peau. Callum avançait dans l'ombre des chaumières, le capuchon de son manteau relevé, les semelles de ses bottes s'enfonçant dans la boue du chemin. Le village de Glenmorven n'avait pas changé, et pourtant tout y semblait mort.
Un vieux chien galeux leva la tête à son passage, puis détourna les yeux. Les fenêtres étaient closes. Les portes aussi. Seule la forge de Brodie, au bout de la rue, pissait encore un filet de fumée grise dans le ciel bas.
Callum poussa la porte de la forge. Brodie était penché sur une lame, le dos voûté, les épaules comme des rochers usés par la mer. Il leva les yeux, et son visage se figea.
— Callum MacRae. On te croyait mort.
— On se trompe souvent.
Brodie reposa la lame sur l'enclume. Ses mains étaient noires de suie, ses yeux rougis par les braises. Il regarda Callum un long moment, puis ses épaules s'affaissèrent d'un cran.
— Tu arrives trop tard. Ils l'ont pris à l'aube.
Callum sentit son estomac se nouer.
— Qui ?
— Le laird MacLeod. Il est condamné à mort. L'exécution a lieu dans trois jours, devant l'église du village.
Callum ferma les yeux une seconde. Laird MacLeod. L'homme qui l'avait recueilli après la mort de son père, qui lui avait donné un fusil, une parcelle, une raison de continuer quand le chagrin menaçait de tout engloutir. Ce même homme qui avait fermé les yeux sur les allées et venues de Callum vers les collines, quand il travaillait encore pour Thorne, parce qu'il savait que le cœur du jeune chasseur penchait ailleurs.
— Comment ont-ils su ? demanda Callum.
Brodie cracha par terre.
— Un délateur. Un des fermiers du nord. Il a vendu le laird pour trente shillings et une grâce royale. Le capitaine Thorne l'a ramené lui-même enchaîné, comme un animal de cirque.
Le nom de Thorne fit monter un goût acide dans la gorge de Callum. Partout où il allait, cet homme était là, comme une ombre trop longue.
— Où est-il ? demanda Callum.
— La geôle au bout du village. Deux soldats devant, un sergent à l'intérieur. Tu ne peux pas le sortir de là.
— Je peux essayer.
Brodie le dévisagea, puis un lent sourire étira sa bouche crevassée.
— T'es toujours aussi entêté, MacRae. On t'a rien appris, là-bas, chez les Anglais ?
— On m'a appris à viser juste. C'est tout ce qu'il me faut.
La nuit tomba plus vite que Callum ne l'avait espéré. Il attendit que les fenêtres du village s'éteignent une à une, puis il se glissa le long du mur de pierre qui longeait la ruelle menant à la geôle. La bâtisse était petite, une ancienne cave à fromage transformée en prison, avec une porte en chêne cloutée et une unique fenêtre grillagée à hauteur d'homme.
Deux soldats montaient la garde devant l'entrée, leurs fusils en bandoulière, leurs manteaux détrempés par l'humidité du soir. L'un d'eux bâilla sans retenue. L'autre tirait sur une pipe dont la braise rougeoyait dans le noir.
Callum compta les pas entre lui et eux. Vingt. Peut-être vingt-cinq. Il n'avait pas de plan, seulement une certitude : il ne pouvait pas laisser mourir le laird MacLeod.
Il sortit le couteau de sa botte. La lame était courte, bien affûtée, et elle avait déjà goûté le sang en trop d'occasions. Il prit une inspiration.
Puis une main se posa sur son épaule.
Callum se retourna d'un bloc, le couteau levé. Une silhouette se tenait dans l'ombre du porche d'une chaumière, vêtue d'un manteau de laine grossière, le visage en partie dissimulé par un capuchon. Une voix de femme s'éleva :
— Tu vas te faire tuer, Callum MacRae. Et le laird avec toi.
Il baissa son couteau, le cœur battant.
— Qui êtes-vous ?
La femme retira son capuchon. C'était Elspeth MacLeod, la fille du laird. Ses cheveux roux tombaient sur ses épaules comme une cascade de feuilles d'automne, et ses yeux verts brillaient d'un éclat que Callum connaissait bien — celui de son père.
— Elspeth, souffla-t-il.
— Tu croyais que je te laisserais faire n'importe quoi ? Je t'ai vu arriver il y a une heure. Je savais que tu viendrais ici. Je suis la seule raison pour laquelle tu ne t'es pas déjà pris une balle dans le dos.
Callum rangea son couteau. Elle avait raison. Il avait foncé sans réfléchir, encore secoué par la mort de Duncan, encore rongé par le poids des serments qu'il avait prêtés.
— Il faut le sortir de là, dit-il.
— Je sais. Mais pas comme ça. Pas en égorgeant deux soldats devant la geôle. Les renforts seraient là en dix minutes et tout le village serait brûlé.
— Alors tu as un plan ?
Elspeth sourit — un sourire mince, presque douloureux.
— Je suis sa fille. Ils me laisseront lui rendre visite. Demain matin, je passerai la porte. Je pourrai glisser une lime dans sa soupe, mais il est trop faible pour creuser son mur. Un homme en bonne santé pourrait le faire en une nuit. Le laird passe ses journées enchaîné au mur.
Callum réfléchit à toute vitesse.
— La grille de la fenêtre. Elle est en fer forgé, ancienne. Deux barres sont rouillées — je l'ai vu de loin. Si je pouvais passer par là...
— La fenêtre ne s'ouvre que de l'intérieur, dit Elspeth. Mais il y a une autre issue, une ancienne canalisation d'évacuation des eaux, derrière le bâtiment. Elle est bouchée depuis des années, mais le pavage est fragile. Si quelqu'un creusait à partir de la ruelle...
— Creuser à travers la ruelle ? murmura Callum. Ça prendrait des heures. Et il y a des sentinelles.
Elspeth pencha la tête.
— Pas la ruelle. À travers la cave de la forge de Brodie. Sa cave communique avec le mur de la geôle, juste à l'endroit où se trouve la canalisation.
Callum cligna des yeux. Il avait oublié que Brodie et la geôle étaient mitoyens. Les murs anciens, construits sur du même rocher, avec des caves qui se touchaient presque.
— Tu veux que je creuse…
— À travers le mur. Deux heures de travail, si tu as un bon pic et un poignet solide. Brodie te laissera sa forge. Il est de notre côté — il l'a toujours été.
Callum observa la geôle, la lumière jaune d'une lampe à huile qui filtrait entre les barreaux de la fenêtre, la silhouette du laird assis contre le mur intérieur.
— Et après ? Une fois qu'il est dehors ? Thorne sera fou furieux. Il fouillera la vallée entière.
— Après, dit Elspeth, tu fais ce que mon père t'a demandé. Tu vas là où tu dois aller. Nous nous occuperons du reste.
Le plan était fragile, construit sur des hypothèses et de la chance. Mais c'était le meilleur qu'il avait.
— Demain à minuit, dit-il. J'aurai besoin d'une diversion.
Elspeth acquiesça. Elle sortit une petite bourse de son manteau.
— Des pistaches. Le sergent a un faible pour les pistaches. Je lui en porterai une poignée avant minuit. Il se méfiera moins.
Callum prit la bourse, la serra dans sa main. Il y avait un poids étrange dans cet objet — celui d'une vie confiée, d'une dette ancienne qui réclamait son dû.
— Merci.
— Ne me remercie pas. Sauve mon père. C'est tout ce que je te demande.
Il se glissa le long des murs de la forge, poussa la porte de côté que Brodie avait laissée entrouverte. La chaleur de la forge était encore là, emprisonnée entre les pierres, et l'odeur de charbon et de fer chauffé lui vida le tourbillon de pensées.
Il prit un pic accroché au mur. Il pesait lourd entre ses mains. Le travail commencerait dans quelques heures seulement, quand la lune serait haute et que le sommeil aurait saisi le village.
Mais au fond de lui, une voix murmurait une vérité que Callum ne pouvait pas chasser : savait-il vraiment ce qu'il faisait ? Creuser une galerie, libérer un seigneur condamné, désobéir encore une fois à Thorne. Chaque mouvement l'éloignait de la tranquillité — celle qu'il avait perdue le jour où il avait appris que son frère était vivant, celle qu'il cherchait désormais sous chaque pierre retournée.
Il planta le pic dans le mur de la cave de Brodie. Le premier coup résonna sourdement contre la pierre. Le second fit tomber du plâtre.
Et il se mit à creuser.
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