Le Serment du Chasseur
Lire le chapitre 29: The Powder Wagon
La poussière se soulevait en fines volutes sous les sabots des chevaux, chaque cahot du wagon faisant grincer ses roues comme un cri de détresse. Callum s'accroupit derrière le talus, les doigts serrés sur le manche de son couteau de chasse. À sa gauche, douze rebelles retenaient leur souffle, massés dans les genêts humides de l'aube.
« Ils arrivent, souffla Fergus, le jeune éclaireur. Deux wagons de poudre, escortés d'une vingtaine d'hommes. »
Callum hocha la tête sans quitter des yeux la colonne rouge qui serpentait dans la vallée. Leurs uniformes écarlates paraissaient presque noirs dans la lumière grise. Ses poumons brûlaient du froid mordant de ce matin de mars, et la blessure à son côté s'était douloureusement rappelée à lui depuis qu'il avait grimpé la colline, mais il la chassa de son esprit.
« Vous connaissez le plan, murmura-t-il aux hommes autour de lui. La moitié d'entre vous sur les chevaux. Le reste avec moi, à terre. On frappe vite, on prend la poudre et on disparaît avant que les renforts n'arrivent. »
Leurs visages étaient fermés, brûlés par la misère. Il les avait menés ici, leur avait promis une victoire possible. La poudre, c'était leur seule chance de tenir Inverness, de monnayer leur survie.
Le sifflement des premières balles déchira l'air quand les rebelles à cheval chargèrent dans le flanc de la colonne. Un soldat tomba, puis un second. Les Highlanders hurlèrent leur cri de guerre, et Callum s'élança à leur suite, la claymore au poing, le sol détrempé avalant chacun de ses pas.
Le chaos fut immédiat. Les dragons britanniques, surpris, ripostèrent. Les coups de feu claquèrent, la poudre emplissant l'air d'une fumée âcre. Callum abattit un cavalier qui lui fonçait dessus, son épée heurtant le fer du sabre ennemi avant de glisser vers sa gorge. Le sang chaud éclaboussa son visage.
« Les wagons ! cria-t-il en courant vers la tête de colonne. Protégez les wagons ! »
Il avait presque atteint le premier d'entre eux lorsqu'un mouvement au sommet de la crête l'arrêta net. Une silhouette sombre sur un cheval noir, immobile, qui observait la mêlée comme on contemple un échiquier. Le vent gonfla son manteau, découvrant l'uniforme impeccable d'un officier britannique.
Thorne.
Le capitaine leva la main, et Callum comprit. Derrière lui, des rangs entiers de soldats surgirent de l'échancrure de la colline, mousquets levés, formation impeccable. L'embuscade avait été anticipée. Ils étaient pris au piège.
« MacRae ! » hurla Thorne, sa voix portant au-dessus du tumulte. « Vous êtes un bien meilleur, mais vous n'êtes pas plus malin ! »
Les soldats de Thorne déversèrent leur première salve dans les rebelles dispersés. Les cris de ses hommes se mêlèrent à ceux des mourants. Callum aperçut Fergus tomber à genoux, un trou dans le torse, et quelque chose en lui se brisa.
« Repliez-vous ! Vers les bois ! » ordonna-t-il, mais il savait qu'ils ne seraient pas assez rapides. La poudre qu'ils étaient venus chercher s'éloignait déjà avec les dragons qui s'enfuyaient vers le nord.
Thorne sourit, mit pied à terre et dégaina son sabre. Il marcha vers Callum, lentement, comme un homme qui aime savourer sa victoire.
« Aucune échappatoire, MacRae. Vos rebelles sont en lambeaux. Vous devriez être mort depuis longtemps, à vrai dire. Rab a été un coup bien joué, mais vous avez résisté mieux que prévu. »
« Trop bien pour vous », gronda Callum en essuyant le sang de sa joue.
Ils se jetèrent l'un sur l'autre dans une rencontre brutale. Le sabre de Thorne, long et affûté, dansait avec une précision mécanique. Callum para avec sa claymore, mais chaque impact lui arrachait une douleur fulgurante au flanc. Il recula, la respiration sifflante.
Thorne attaqua encore. Callum esquiva de justesse, sentit la lame lui frôler la tempe. Il riposta en pivotant, le tranchant de sa claymore frappant le bras de Thorne qui lâcha son sabre avec un hurlement.
« Ceci n'est pas pour Rab, lança Callum en avançant. C'est pour Fergus. Pour mes clansmen. Pour Annabel et sa mère. »
Le couteau de son père se logea dans la gorge de Thorne entre la clavicule et le cou. Le capitaine ouvrit des yeux immenses, stupéfaits, avant de s'effondrer dans la boue.
Callum ne s'attarda pas. Il arracha le sac de poudre du wagon abandonné, sentant une douleur aiguë lui déchirer le côté. Il y porta la main : ses doigts revinrent rouges de sang. Les soldats rescapés de Thorne battaient retraite, mais il savait qu'ils reviendraient avec des renforts.
Chancelant, il remonta la colline en se tenant les côtes. Derrière lui, le corps de Thorne gisait dans une mare qui rougissait la terre gelée. Le vent souffla sur la vallée, transportant l'odeur du sang et de la poudre. Il serra le sac en toile huilée contre sa blessure et se dirigea vers les bois, seul, blessé, mais porteur de l'espoir fragile de quarante livres de poudre noire.
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