Le Serment du Chasseur
Lire le chapitre 31: The Knife's Legacy
La fièvre le brûlait de l’intérieur, un feu sourd qui lui rongeait les chairs et lui brouillait la vue. Callum s’adossa à la paroi de la hutte, la main pressée contre le bandage qui lui ceignait le flanc. Dehors, le camp murmurait de préparatifs, d’armes qu’on aiguisait, de prières qu’on chuchotait. On ne pensait qu’à la bataille. Lui ne pensait qu’à son père.
Le couteau reposait sur ses genoux, la lame sombre encore marquée du sang de Thorne. Il l’avait nettoyée, mais il savait qu’elle garderait toujours l’empreinte de cet homme, comme elle gardait celle de tous ceux qu’elle avait tranchés. Le manche en corne de cerf, poli par des générations de MacRae, semblait plus chaud que la pierre autour de lui. Son père le lui avait remis le matin de son départ pour l’armée, sans un mot, juste un regard lourd de choses qu’un garçon de seize ans ne pouvait pas comprendre.
Callum fit tourner la lame entre ses doigts, trouvant le léger déséquilibre qu’il connaissait depuis toujours. Il avait souvent pensé que c’était un défaut de forge, une faille dans l’ouvrage de quelque artisan oublié. Mais ce soir, la gravité semblait tirer le métal d’un côté. Curieux, il plaqua la pointe contre le plancher et appuya. Le pommeau céda avec un clic sec, presque imperceptible.
Le souffle coupé, il retourna la garde. Le pommeau était creux, et un papier jauni s’y trouvait roulé dans un étui de cuir graissé. Ses mains tremblaient — de fièvre ou d’autre chose, il ne savait plus. Il déroula le parchemin.
Le sceau royal en cire rouge pendait au bas du document. Le nom du roi George II y figurait en lettres ornées, mais Callum lut d’abord le nom inscrit à l’encre délavée : *Angus MacRae de Lochiel*. Son père.
« …pardonner et absoudre Angus MacRae de Lochiel et toute sa maison de tous actes de rébellion, trahison et sédition commis contre la Couronne, en considération des services rendus... »
Il dut relire trois fois. Les mots dansaient devant ses yeux fiévreux. Son père — Angus, le vieux pêcheur taciturne qui n’avait jamais levé la main contre un homme en sa présence — avait été un agent jacobite. Non, plus que cela. Un agent qui avait obtenu du roi lui-même une grâce écrite, signée et scellée.
Callum relut les lignes de la main de son père, ajoutées en marge d’une écriture fine et serrée :
*Pour mon fils. Si nous perdons, cette feuille est notre honneur. Si nous gagnons, brûle-la et oublie que tu l’as vue. Le nom MacRae vivra par la lame ou par l’encre. À toi de choisir lequel mérite de survivre.*
Un sanglot lui serra la gorge. Il revit son père penché sur l’établi, ses doigts calleux si doux quand ils maniaient le couteau qu’il affûtait chaque soir. Il n’avait jamais compris le silence de l’homme, ni ses absences, ni ce regard lointain qu’il posait sur les collines à l’ouest. Maintenant il savait. Son père avait vécu double — un homme simple sous le ciel écossais, un traître ou un héros selon le camp qui contait l’histoire.
« Tu ne m’as rien dit. » Sa voix n’était qu’un râle.
Il replia le parchemin, le glissa dans sa contrepoitrine, sous la toile du justaucorps, contre la peau. Le sceau froid lui mordait la poitrine à travers la chemise. Une arme plus puissante que le couteau reposait maintenant contre son cœur.
La toile de la porte se souleva. Eilidh entra, un bol fumant à la main, la pâleur de son propre sang encore marquée à sa tempe. Elle marqua un arrêt, le vit assis, le pommeau encore ouvert entre les doigts.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? » demanda-t-elle, la voix plate.
Callum referma la garde, le déclic accusateur dans le silence. « Rien. Un souvenir. »
« Tu mens mal quand tu as de la fièvre. » Elle s’assit en face de lui, posa le bol entre eux deux. « Soupe de volaille. Eilidh ne te laissera pas mourir avant l’aube, alors mange. »
Il attrapa la cuillère, moins pour manger que pour occuper ses mains. Elle ne le quittait pas des yeux. Elle avait toujours lu en lui, comme une vieille sorcière qui déchiffre les entrailles des oiseaux.
« Angus veut nous faire charger demain. » Elle dit le nom du chef de guerre comme on crache un noyau. « Il pense qu’une charge droite sur le marais les brisera. »
« Les réguliers ne se brisent pas. Ils sont en fer. »
« Je le lui ai dit. Il m’a répondu que les MacRae taillent le fer. »
Callum reposa la cuillère. Une branche craqua dans le foyer, projetant des ombres dansantes sur les parois de planches. Il sentait le parchemin contre sa peau, lourd comme une pierre tombale. Cette feuille pouvait sauver chaque homme, chaque femme, chaque enfant portant le nom MacRae. Elle pouvait épargner le sang qui allait noyer Culloden Moor dans deux jours.
Mais elle ne le ferait pas pour les autres. Le nom inscrit était celui de son père, et la phrase parlait de « toute sa maison ». Sa maison. Pas le clan tout entier.
Il pouvait partir. Ce soir. Prendre cette feuille, traverser les lignes anglaises, se présenter à Cumberland, et marcher dans la vie avec sa peau intacte, son nom blanchi. Eilidh et Annabel trouveraient une autre cause, d’autres collines où mourir.
Il regarda la soupe refroidir. Son père avait choisi la lame. Il avait passé sa vie à servir une cause qu’il ne nommait jamais, et il avait fini sous terre avant de savoir si sa trahison valait le prix.
« Ton père parlait souvent de Culloden, dit Eilidh, comme si elle lisait dans son silence. Il m’a dit une fois que la seule bataille qu’un homme doit craindre est celle qu’il mène contre sa propre peur. »
Callum leva les yeux. « Il t’a dit ça ? »
« Il était ivre. Les vieux hommes disent des vérités quand ils sont ivres. »
Ils se turent. La soupe finit par refroidir tout à fait, et Eilidh se leva, ramassant le bol.
« L’assemblée se réunit à l’aube. Angus a fait poster des gardes. Personne n’entre ni ne sort du camp sans la parole d’un chef. » Elle marqua une pause à la porte. « Mais tu n’es plus un prisonnier. Tu es un des leurs, à présent. »
Quand elle fut partie, Callum sortit de nouveau le parchemin. Le sceau royal se fendilla entre ses doigts. Il pouvait le détruire. Le brûler dans le feu et laisser son père reposer avec son secret. Le clan marcherait sur Culloden, se briserait contre les murailles de fer rouge de Cumberland, et le nom MacRae deviendrait une légende de plus chantée en sang.
Ou il pouvait se lever, demander un cheval, et remettre sa propre vie — et celle de son clan — entre les mains d’un duc qui avait déjà montré qu’il ne faisait pas de quartier.
Mais un mot lui taraudait l’esprit. Annabel avait évoqué la bague de son père, celle du laird, celle qui pourrait « faire pencher les bonnes balances ». Il regarda le sceau royal, puis la lame.
Son père avait choisi la lame. Mais il avait caché l’encre.
Callum replia le parchemin, le remit dans l’étui de cuir. Il ne savait pas encore ce qu’il ferait à l’aube. Mais une certitude le frappa : cette feuille ne resterait pas entre ces murs. Cet assemblage de mots et de cire allait changer le cours de quelque chose. Il fallait juste qu’il décide qui il voulait sauver — les vivants qui porteraient son sang, ou la mémoire d’un homme qui ne lui avait jamais appris le nom de la cause qu’il servait.
Il remit le couteau dans sa ceinture, la lame pesant contre sa hanche. Dehors, les étoiles commençaient à pâlir. L’aube venait trop vite.
Et la garde du camp, postée à vingt mètres, regardait vers les collines.
Callum salua, se recoucha, et feignit le sommeil. Le parchemin brûlait contre sa poitrine, une interrogation brûlante plus dangereuse que les baïonnettes anglaises.
À travers la paroi de toile, il crut entendre le pas lourd d’Angus qui faisait sa ronde. Il feignit de dormir jusqu’à ce que le chef de guerre s’éloigne.
Alors il sortit le parchemin une dernière fois, et à la lueur des braises, il lut la dernière ligne que son père avait tracée — qu’il n’avait pas vue à cause de la fièvre, écrasée dans l’encre pâle :
*Si Campbell de Glenmore est encore vivant, montre-lui ceci. Il saura quoi faire.*
Campbell de Glenmore. Le nom lui fit un choc dans le ventre. Il avait été l’un des premiers juges de paix à prêter serment au gouvernement après Culloden, et nul Highlander ne le prononçait sans cracher.
La feuille tremblait entre ses doigts. Son père travaillait avec Campbell. L’homme que tout le clan maudissait était son contact.
Le doute l’envahit, plus acide que la fièvre. Et si son père avait été, toute sa vie, un homme du gouvernement ? Et si cette « grâce signée du roi » n’était qu’une récompense pour trahison ? Et si le MacRae qui reposait sous la terre était passé à l’ennemi ?
Le pommeau se rouvrit dans sa main, presque sans qu’il s’en rende compte. Il replaça la feuille et le referma d’un geste sûr.
Cette question, il ne pouvait se la permettre. Pas maintenant.
Il se recoucha, les yeux ouverts dans l’ombre qui tournait vers le gris, et attendit l’aube. La lame était contre sa hanche. L’encre contre sa poitrine. Deux legs de son père, disputant le droit de guider sa main.
Loin vers l’est, au-delà des collines, un coq chanta une heure trop tôt. Dans son sillage, le silence sembla s’épaissir, chargé de sabots qui n’étaient pas encore là — mais qui venaient.
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