Le Serment du Chasseur
Lire le chapitre 32: The Pardon's Price
La nuit pesait sur le camp comme une couverture mouillée. Callum s’assit près du feu mourant, la lame de son père posée sur ses genoux. Le parchemin royal, tiré de son compartiment caché, luisait faiblement dans la lueur des braises. La signature de George II — un gribouillis arrogant, tracé à des centaines de kilomètres de là, dans un palais chauffé — suffisait à effacer son nom, celui de son frère, de toute accusation de trahison. Une vie. Peut-être deux.
Mais pas la leur. Pas la centaine d’hommes et de femmes affamés qui dormaient dans les bruyères autour de lui.
Angus apparut dans l’ombre, les bras croisés, la mâchoire serrée.
— Tu devrais dormir. Demain, tu devras convaincre le conseil de se jeter tête baissée dans la baïonnette anglaise, ou bien de lécher les bottes de Cumberland. Ni l’un ni l’autre ne se fera avec des yeux rouges.
— Je ne vais pas au conseil, dit Callum sans lever les yeux.
Le silence d’Angus se fit plus lourd. Une brindille craqua sous son pas quand il s’approcha.
— Explique-toi.
Callum replia le parchemin avec soin, comme on plie un linceul. Il se leva, grimaçant sous la douleur de sa blessure au flanc, et tendit le document à Angus. Ce dernier le déplia, le lut rapidement, puis plus lentement. Ses sourcils se haussèrent.
— Un pardon royal. Signé par le roi lui-même. — Il leva les yeux, le regard dur. — Ton père était un agent jacobite. Et il connaissait Campbell de Glenmore.
— Il connaissait tout le monde, murmura Callum. C’était un chasseur. Il savait qui payait, qui trahissait et qui mourrait. Je ne sais plus ce qu’il croyait vraiment. Mais ce pardon… c’est une porte. Pas pour nous battre. Pour parler.
Angus lâcha un rire amer.
— Parler ? Avec qui ? Cumberland a juré d’écraser chaque Highlander sous son talon. Il ne parle pas. Il massacre. Son père ne lui a pas appris les mots, seulement le fouet.
— Peut-être. Mais un pardon royal, ça ne s’obtient pas sans alliances. Mon père connaissait quelqu’un qui connaissait quelqu’un. Peut-être que Campbell de Glenmore peut servir d’intermédiaire. Il siège des deux côtés.
— Campbell ? Un collaborateur. Un lâche qui vendrait sa mère pour une place à la cour.
— Il vit. Sa famille vit. Ses terres sont intactes. Peut-être que c’est ça, survivre, Angus.
Angus jeta le parchemin à ses pieds comme si c’était une charogne.
— Ce n’est pas une survie que je veux pour mon clan. Et ce n’est pas celle que mon père aurait voulue.
— Ton père est mort en se battant, dit Callum. Mon père est mort en se taisant. Dis-moi lequel des deux a sauvé plus de monde.
La question resta en suspens. Angus détourna le regard, vers la ligne sombre des collines, là où, au-delà, les feux de l’armée anglaise constellaient l’horizon. Une armée de sept mille hommes, bien nourris, bien armés, convergeant vers une lande nue.
— Envoie ton messager, dit Angus enfin. Mais si Cumberland refuse, on n’ira pas au conseil pour discuter. On ira préparer la mort.
Le messager partit une heure avant l’aube. Un garçon de seize ans, le plus rapide du camp, portant un drapeau blanc et le pardon de Callum dans une pochette de cuir. Callum lui avait donné des instructions précises : se rendre aux avant-postes britanniques, demander une audience avec le duc lui-même, présenter le document. Pas de ruse. Pas de menaces. Juste une demande de parole entre deux hommes qui savaient chasser.
Le garçon s’appelait Fergus. Il avait les oreilles rouges d’avoir couru. Callum le regarda disparaître dans la brume du petit matin, puis il retourna s’asseoir près du feu, la lame de son père toujours sur les genoux.
Annabel vint le rejoindre, un gobelet de tisane tiède à la main. Elle s’accroupit près de lui, les yeux cernés, la chevelure emmêlée. Elle portait encore la robe de la veille, tachée de boue et de sang séché.
— Tu crois qu’il acceptera ?
— Cumberland ne refuse rien sans réfléchir, dit Callum. Mais il n’a rien à gagner à négocier. Il a l’armée la plus puissante d’Europe. Nous avons une centaine de fusils rouillés et une poignée de morts à venger.
— Alors pourquoi lui donner ce pardon ?
— Parce qu’un homme qui croit avoir toutes les cartes est parfois prêt à en écarter une pour voir l’autre se jeter sur le pont. — Il tourna sa lame entre ses doigts. — Si Cumberland refuse, j’ai besoin que ses officiers sachent que j’ai essayé. Que nous ne sommes pas des sauvages assoiffés de sang. Que ce pardon existe.
Elle posa une main sur son bras. La chaleur de ses doigts traversa la laine râpée.
— Et ton père ? Sa mémoire ? Tu le livres à l’histoire comme un traître ?
— Mon père trahissait tout le monde, Annabel. C’est ce qui fait de lui un bon agent, un bon chasseur et un mauvais souvenir. Il avait prévu ma fuite avant même que je sache qu’il y aurait une fuite. Ce pardon, ce n’est pas de la sentimentalité. C’est une carte. Et je dois la jouer avant que le soleil se couche.
La matinée s’étira comme un patient mourant. Les hommes affûtèrent leurs lames, réparèrent leurs fusils, murmurèrent des prières aux saints et aux anciens dieux. Eilidh, la main en écharpe, fit le tour des blessés, changeant des bandages, distribuant du bouillon clair. Elle passa près de Callum sans un mot, mais ses yeux dirent tout : elle avait vu le messager partir. Elle savait ce que ça signifiait.
À midi, un cavalier approcha du camp, drapeau blanc cloué sur un bâton. Le garde le laissa passer. C’était un officier anglais, jeune, moustache soignée, uniforme impeccable. Il descendit de cheval devant Callum sans saluer.
— Message du duc de Cumberland, dit-il d’une voix ferme, les yeux droits devant lui. Sa Grâce refuse toute rencontre avec un traître à la couronne. Le document que vous présentez est une contrefaçon grossière, un artifice de rebelle. Il n’honorera aucune signature, aucune supplication. Si vous voulez survivre, vous déposerez les armes et vous vous rendrez avant l’heure de vêpres. Autrement, Sa Grâce vous traitera comme ce que vous êtes : des insurgés. La bataille aura lieu à Culloden Moor, au lever du jour. Que Dieu vous prenne en pitié, car le duc n’en aura aucune.
Il remonta à cheval et partit au trot, laissant derrière lui une colonne de poussière.
Un silence lourd descendit sur le camp. Les regards convergèrent vers Callum. Il tenait encore le parchemin — inutile désormais, un chiffon avec une signature morte.
Angus cracha par terre.
— Alors c’est un massacre qu’il veut. Il l’aura.
— Pas comme il l’imagine, dit Callum. Il croit que nous sommes des sauvages sans discipline. Il croit que nous chargerons en hurlant et mourrons en hurlant. — Il releva la tête, la douleur à son flanc oubliée. — Il croit avoir toutes les cartes. Mais il nous a dit l’heure et le lieu. Un chasseur n’en demande pas plus.
Mais tandis qu’il parlait, son regard tomba sur le messager qu’on ramenait au camp — Fergus, celui qu’il avait envoyé à l’aube. Le garçon marchait lentement, tête baissée, sa pochette de cuir vide et déchirée. On l’avait dépouillé de sa lettre. Et Callum vit l’autre chose : une estafilade fraîche sur sa joue, une entaille nette, presque chirurgicale, une marque de mépris calculé.
Cumberland n’avait pas seulement refusé. Il avait écorché le messager.
Callum ferma les yeux. Dans sa tête, la voix de son père murmurait : *la nuit la plus sombre est celle qui précède une trahison. Méfie-toi de ceux qui attendent la fin avec impatience.*
Il ouvrit les yeux et regarda la lande. Là-bas, les feux anglais brillaient de mille points. Et quelque part entre eux, une silhouette se détachait du reste — un cavalier solitaire, immobile, qui semblait observer le camp rebelle depuis l’aube. Trop loin pour être vu, trop proche pour être ignoré. Il se demanda qui parlait ce cavalier.
Et de quel côté il avait sonné avant même la première heure du jour.
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