Le Serment du Chasseur
Lire le chapitre 33: The Eve of Culloden
La nuit était tombée sur Culloden Moor comme un linceul. Les feux de camp des Highlanders dansaient dans l'obscurité, mais leur chaleur ne suffisait pas à chasser le froid qui s'était insinué dans les os de Callum. Il s'adossa à un rocher, la main pressée contre son flanc où la blessure lancinait encore, et contempla les hommes qui l'entouraient. Des visages creusés par la faim, des épaules affaissées par l'épuisement. Certains dormaient par à-coups, d'autres murmuraient des prières que le vent emportait vers les collines.
Eilidh s'accroupit près de lui, les yeux brillants dans la pénombre. Elle tenait une carte grossière du champ de bataille, marquée de croix rouges là où les éclaireurs avaient signalé les positions anglaises.
« Ils sont alignés sur le plateau, dit-elle à voix basse. Leur artillerie domine toute la plaine. Si nous les attendons ici, au matin, nous serons hachés avant même de pouvoir charger. »
Callum suivit son doigt qui traçait les lignes ennemies. Deux mille hommes, peut-être plus, avec des canons qui pouvaient faucher leurs rangs à six cents mètres. Eux avaient peut-être cinq mille braves, mais affamés, épuisés, et avec moins de poudre que de munitions.
« Tu proposes quoi ? demanda-t-il, même s'il connaissait déjà la réponse.
— Une attaque de nuit. »
Il se redressa, grimaçant. Sa chemise collait à sa peau là où le sang avait séché.
« Une attaque de nuit contre un camp fortifié ? Nous serions massacrés dans le noir, sans savoir où nous mettons les pieds.
— L'obscurité est notre alliée, Callum. Les Anglais sont confiants, ils ne s'attendent pas à une attaque. Leur général, Cumberland, il pense déjà à sa victoire, pas à se défendre. »
Callum secoua la tête. Autour d'eux, quelques hommes tendirent l'oreille, attirés par la conversation. Angus sortit de l'ombre, le visage fermé, les bras croisés.
« Elle a raison, dit-il durement. C'est notre seule chance. Ces chiens d'Angleterre dorment dans des tentes chaudes avec le ventre plein. Nous, nous n'avons que nos couteaux et notre rage. Une frappe rapide pourrait semer le chaos et gagner du temps. »
Callum se leva, plantant son regard dans celui d'Angus.
« Gagner du temps pour quoi ? Pour les voir contre-attaquer à l'aube avec furie ? Ils ont des renforts qui arrivent du nord. Une escarmouche nocturne ne changera rien, sauf si nous perdons des hommes que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre. »
« Alors quoi ? Tu veux rester ici à attendre que le soleil se lève pour nous servir en pâture à leurs canons ? » Eilidh s'approcha, baissant la voix pour ne pas alerter les troupes. « Callum, j'ai vu ces champs de bataille. Tu sais ce qui arrive aux Highlanders qui chargent en plein jour contre des canons et des mousquets ? Ils meurent. Ils meurent par milliers, et il ne reste rien de leur bravoure. »
Sa voix était douce maintenant, mais ferme comme l'acier. Callum sentit la vieille douleur dans sa poitrine - pas celle de sa blessure, mais celle de tous les choix impossibles qui s'étaient accumulés depuis que son frère avait été capturé. Depuis qu'il avait tué Thorne. Depuis que son père était devenu un mystère qu'il ne pouvait plus résoudre.
« Je ne dis pas que nous devons rester passifs, reprit-il. Mais une attaque massive dans l'obscurité sera un désastre. Le terrain, les marécages... nos hommes ne connaissent pas ce sol. Ils trébucheront, se perdront, et les sentinelles anglaises les verront arriver à cent mètres avec leurs torches. »
Il marqua une pause, regarda Eilidh, puis Angus, puis la vague des visages fatigués autour des feux. Quelque chose se mit en place dans son esprit - une idée dangereuse, mais moins que le massacre annoncé.
« Mais une petite force... dit-il lentement. Une force rapide de trente hommes, peut-être. Nous frapperions leurs lignes depuis l'ouest, créant le bruit et la confusion. Pendant ce temps, Eilidh, tu ferais reculer le gros de nos troupes vers les hauteurs, là où les marais rétrécissent le champ de manœuvre de leur cavalerie. »
Angus éclata d'un rire amer.
« Et tu penses que s'ils voient une attaque, ils ne vont pas charger ? »
Callum plongea la main dans sa poche et en sortit la bague du Laird. Elle brillait faiblement dans la lumière des braises. Il avait juré de ne plus jamais l'utiliser pour un mensonge, mais la vérité pouvait être aussi trompeuse qu'un mensonge.
« Je vais porter cette bague, dit-il. Ceux qui me verront croiront que le Laird de Glenmore est à ma tête. Les soldats de la garnison d'Inverness, peut-être certains officiers... ils pourraient hésiter.
— Montrer la bague, c'est montrer la main du clan, dit Eilidh, son front se plissant.
— C'est montrer ce que les Anglais veulent croire. Duncan est leur prisonnier. Ils savent qu'il est lié à cette rébellion. Si je me fais passer pour le porte-parole du Laird, ils pourraient attendre avant de tirer. Chaque seconde d'attente, c'est une seconde pour nos forces.
— Ou une balle dans ta tête », répondit Angus.
Le silence retomba. Callum sentit le regard des hommes peser sur lui. Cela faisait des semaines qu'il ne cherchait pas la bataille, mais maintenant, la bataille venait à lui. Et tout ce qu'il avait appris, tout ce qu'il avait souffert, toutes les vies qu'il avait prises ou tenté de sauver... cela convergeait vers cette nuit, cette lande, cette décision.
« Je vais y aller seul si je le dois, dit-il d'une voix neutre. Mais j'aimerais que ce ne soit pas le cas. »
Eilidh le dévisagea longuement. Quelque chose passa entre eux - un moment de reconnaissance mutuelle, une compréhension que les dés étaient jetés et que toute la stratégie du monde ne pouvait pas changer ce qui allait suivre. Elle hocha la tête.
« Je préparerai les défenses entre les deux ruisseaux, dit-elle doucement. Si ton raid échoue et qu'ils te poursuivent, nous pourrons les prendre en tenaille.
— Ce sera un massacre », murmura quelqu'un derrière Angus.
Callum se retourna et aperçut Daniel, le jeune homme avec qui il avait parlé de Duncan plus tôt. Le garçon semblait plus vieux que ses années, la peur sculptée dans ses traits.
« Ce sera un massacre de toute façon, dit Callum, la bouche sèche. Mais nous pouvons choisir celui qui aura le plus de sens. »
Il se tourna vers Angus.
« Je ne te demande pas de bénir cette folie. Mais si je ne reviens pas, faites en sorte que le clan se souvienne que ce fut un choix. Pas une fuite. »
Angus cracha dans le sol.
« Tu parles comme un homme qui se prépare à mourir.
— Je parle comme un homme qui se prépare à faire ce qu'il faut, répondit Callum. Mais j'ai besoin de trente volontaires. Ceux qui courent vite et qui savent se taire. »
Lentement, des hommes se levèrent. D'abord un, puis trois, puis dix. Des Highlanders qui avaient traversé la moitié de l'Écosse à pied, qui avaient vu leurs maisons brûler et leurs familles dispersées. Ils n'avaient pas besoin d'un discours pour savoir pourquoi ils se tenaient là. Leur faim était leur foi.
« Que Dieu nous garde », souffla Eilidh.
Callum enfila sa tartan, ajusta le coutelas à sa ceinture, et plongea la main dans sa poche, touchant le manche du couteau de son père. Le métal était froid et lisse, marqué des entailles des nombreuses mains qui l'avaient tenu avant lui. Il pensa à la cachette vide, à la lettre de pardon que le duc avait déchirée sans même la lire. Il pensa à Duncan, quelque part dans une geôle d'Inverness, ne sachant pas que son frère marchait vers un autre champ de bataille.
« Si je tombe, dit-il à Eilidh, trouve un moyen de faire savoir à Duncan que j'ai essayé. Pas seulement pour le clan, mais pour lui. Que je l'ai essayé jusqu'au bout. »
Elle ne répondit pas, mais ses yeux brillaient d'une lueur humide. Callum se détourna et fit signe à ses hommes de le suivre.
Ils se déployèrent en file indienne dans les hautes herbes, parallèle au champ de bataille. Le vent s'était levé, couvrant les bruits de leurs bottes sur le sol gelé. Callum marcha en tête, la bague de Laird serrée dans son poing, la douleur à son flanc battant contre le tissu de sa chemise. Il ne savait pas si cette attaque changerait le cours de la bataille à venir. Mais pour la première fois depuis qu'il avait tué Thorne, il avait cessé de fuir la question pour laquelle il était venu.
Soudain, une ombre se dressa devant eux. Un homme - pas un Highlander. Il portait un manteau depuis longtemps élimé mais dont les contours laissaient voir le rouge anglais. Callum se figea, la main sur son couteau, tandis que l'inconnu écartait son capuchon.
« MacRae, dit l'homme d'une voix calme, marquée par un accent des Lowlands. Je vous cherchais. Il y a un message de votre frère. »
Callum resta immobile. Derrière lui, ses hommes s'étaient arrêtés, certains avec la main sur la dague. Il ne reconnaissait pas ce visage, trop éclairé par la lune, et pourtant... quelque chose dans la posture de l'homme, la manière dont il tournait la tête, était plus qu'étrangement familier. Cette silhouette, cette démarche... Puis l'homme sourit, et Callum sentit le sol glisser sous ses pieds.
« Robert ? »
Son propre nom - pas le sien. Le nom de son frère jumeau. Le nom de celui qui était prisonnier à Inverness. Et pourtant, là, devant lui, le visage de son frère le regardait à travers la lumière pâle.
« Tu n'es pas Duncan, dit-il, et sa voix trembla malgré lui.
— Non, répondit l'homme doucement. Mais j'ai une mauvaise nouvelle pour toi, mon frère. Duncan est mort depuis une semaine. Le seul homme que tu as cherché à sauver... n'est plus. Et celui qui a donné l'ordre de l'exécuter porte le même nom que toi : Robert.»
Le sol se déroba. Callum relâcha la bague. Tout ce qu'il avait fait - chaque mensonge, chaque meurtre, chaque décision impossible - tout cela s'était bâti sur une fondation qui venait de s'effondrer. Cumberland avait exécuté Duncan en secret, et ce double de son frère, ce Robert venu des brumes, le regardait avec des yeux qui n'étaient pas tout à fait humains. Et pourtant, son couteau restait au fourreau. Parce qu'une voix en lui, la seule qui émergeait du tumulte, criait encore le nom de ce double inconnu à venir.
« Qui es-tu vraiment ? » demanda-t-il d'une voix rauque.
L'autre montra le ciel : au-dessus de Culloden Moor, une étoile filante traversait l'obscurité. Et lorsque son regard revint sur Callum, son visage s'était couvert des ombres de la trahison.
« Je suis la question que tu n'as jamais osé te poser, dit l'homme. Et je suis là pour te mener à la réponse. »
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