Le Serment du Chasseur
Lire le chapitre 34: The Mad Charge
La pluie s'était mise à tomber, fine et mordante, quand Callum mena ses hommes hors du camp. Dix-huit d'entre eux, des chasseurs comme lui, des montagnards qui connaissaient chaque crevasse de la lande. Ils avançaient en silence, les pieds dans la boue, le souffle court. Le plan était simple : contourner la ligne anglaise par l'ouest, frapper les avant-postes, semer le chaos, puis disparaître dans les brumes avant l'aube.
Mais la brume ne vint jamais.
Une fusée verte déchira le ciel noir, et soudain les ténèbres s'emplirent de manteaux rouges. Ils sortirent de terre, des centaines, comme si le marais lui-même les avait vomis. Callum hurla — *"Repli ! Vers le ruisseau !"* — mais la cavalerie avait déjà coupé leur retraite. Les premières volées de mousquets claquèrent, brutales, presque gênées dans la nuit. Autour de lui, ses hommes tombèrent comme des pierres. Ewan, Angus MacLeod, le jeune Finlay qui ne savait pas encore se raser la barbe.
Callum se battit. Sa dirk trancha, tailla, ouvrit des gorges. Il aperçut le visage d'un officier anglais — trop proche, trop calme — et comprit que c'était un piège depuis le début. On les avait attendus. Quelqu'un avait parlé.
Puis la crosse d'un mousquet s'abattit sur sa nuque, et la nuit devint blanche puis noire.
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Il se réveilla ligoté à un poteau dans une tente d'officier, les épaules en feu, le sang séché collant sa chemise à sa plaie rouverte. Devant lui, une table de campagne couverte de cartes. Et derrière cette table, le duc de Cumberland.
Le Boucher, assis comme un prince à son banquet, un verre de vin à la main.
— Le chasseur MacRae, dit-il sans lever les yeux. Nous nous rencontrons enfin.
Callum cracha du sang sur le sol de toile.
Cumberland leva les yeux. Son visage était jeune, presque juvénile, mais ses yeux ne l'étaient pas. Ils étaient plats, anciens, comme un hiver sans fin.
— Votre raid était presque élégant. Presque. Mais vous avez un défaut, monsieur MacRae : vous êtes prévisible. Les chasseurs le sont toujours. Vous suivez les traces que vous croyez être les vôtres.
Callum tira sur ses liens. Rien.
Le duc se leva et fit le tour de la table. Il s'arrêta devant lui, examina son visage comme on examine un animal blessé avant de l'achever.
— Vous tué mon meilleur capitaine, dit-il. Thorne était un porc, mais un porc utile.
Ses doigts effleurèrent la garde du couteau de chasse que Callum portait à la ceinture — on ne l'avait pas fouillé, ou peut-être l'avait-on laissé exprès. Cumberland le tira de son fourreau, le fit tourner lentement dans la lumière des bougies.
Un silence.
Le visage du duc se figea.
— Ce couteau, dit-il doucement. Où l'avez-vous trouvé ?
— Il appartenait à mon père.
Cumberland éclata d'un rire bref, presque sincère.
— Votre père. Bien sûr. Le vieux MacRae. Je l'ai rencontré, il y a quinze ans, à Édimbourg. Un homme charmant. Il jurait fidélité au roi d'une main, — il leva la lame — et portait ceci de l'autre.
Callum serra les mâchoires.
— Vous le connaissiez.
— Oh, je connaissais son travail. Il livrait des lettres, des promesses, des trahisons — tout ce qui se vendait bien à cette époque. Puis il est devenu trop dangereux, même pour ses maîtres. Et je vois que vous portez son héritage comme un drapeau. Touchant, vraiment.
Il jeta le couteau sur la table, entre les cartes.
— Voici donc l'accord, monsieur le chasseur. Nous savons que le conseil rebelle siège à trois kilomètres à l'est. Nous savons qu'ils ont décidé de se battre. Ce que je ne sais pas, c'est où exactement vos canonniers placeront leur artillerie, parce que mes éclaireurs n'ont rien trouvé. Vous allez me le dire.
Callum ne répondit pas.
— J'aurais pu vous faire torturer, continua Cumberland en reprenant son verre. Mais j'ai mieux. Vous avez une famille, n'est-ce pas ? Des MacRae dans les collines ?
— Vous n'oserez pas.
— Oh, j'oserai. À l'aube, après la bataille, je ferai aligner chaque prisonnier portant votre nom ou celui de votre clan — hommes, femmes, enfants, peu importe — et je leur ferai couper la tête une par une devant vous, jusqu'à ce que votre langue se délie. Vous avez jusqu'à maintenant pour choisir.
Il but une gorgée de vin, reposa le verre.
— Parlez, et je leur accorde une mort rapide. Ou même, qui sait ? La vie. Une déportation propre aux colonies. Vous pouvez sauver les vôtres, MacRae. D'une seule phrase.
Callum pensa à Duncan. À son frère mort, assassiné dans une cave par ordre de cet homme. Il pensa au Laird, son père, qui avait porté ce couteau toute sa vie et n'avait jamais trahi les siens, pas une fois, pas même pardonnablement.
Il regarda le duc dans les yeux.
Puis il cracha.
Le crachat atterrit sur la manche brodée de l'uniforme rouge, une petite tache sombre sur la soie impeccable.
Le visage de Cumberland resta parfaitement calme. Il sortit un mouchoir de sa poche, essuya la salissure avec soin, puis le rangea.
— Très bien, dit-il. Vous serez pendu à l'aube. Après l'engagement, mais devant les prisonniers. Vous verrez votre famille mourir, MacRae, et vous les rejoindrez ensuite.
Il fit signe à deux grenadiers qui attendaient à l'entrée de la tente.
— Emmenez-le. Qu'on le garde en vie et éveillé. Je le veux lucide quand il verra ce que sa fierté aura coûté.
Les mains des soldats se refermèrent sur ses bras. Callum se laissa emmener, une dernière image du duc gravée dans sa mémoire : la main de Cumberland qui remettait négligemment le couteau de son père dans le fourreau, comme s'il reprenait possession d'une chose qui lui avait toujours appartenu.
Dehors, la pluie avait cessé. Un ciel bas et blanc s'annonçait derrière les collines.
L'aube approchait.
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