Lumen Reads

Le Serment du Chasseur

Lire le chapitre 5: The Laird's Debt

La bruine s'était levée avec le soir, une fine poussière d'eau qui rendait les pierres du gué glissantes. Callum marchait depuis des heures, les jambes lourdes, le ventre vide, et pourtant il n'avait pas senti le poids de ses pas jusqu'à ce que le hameau de Glen Tarsuinn apparaisse devant lui, blotti contre la colline comme un animal blessé.

Il s'arrêta au bord du chemin.

Quelque chose n'allait pas. Le feu de tourbe qui fumait habituellement au toit de la maison de la vieille Morag était éteint. Pas un chien n'aboyait. Les portes closes, les volets tirés — un village qui retenait son souffle.

Callum posa la main sur le manche de son couteau, celui de son père, et descendit vers la grand-place.

Le gibet se dressait au centre, là où on suspendait le cerf pour le dépecer lors des grandes chasses. Vide, pour l'instant. Mais à son pied, un homme était agenouillé dans la boue, les mains liées dans le dos, la tête basse. Deux soldats rouges se tenaient derrière lui, baïonnettes croisées.

Callum reconnut la silhouette avant même de voir le visage.

Le Laird MacLeod.

Un cri lui échappa, presque un aboiement : « Laissez-le ! »

Le plus jeune des soldats tourna la tête, le fusil à demi levé. Mais le vieux Laird releva la sienne — une tête de loup blanc, des yeux caves, une mâchoire qui avait mâché trop d'herbe amère — et il sourit d'un sourire édenté.

« Callum MacRae. Tu tombes bien. Ces messieurs pensaient que personne ne viendrait me réclamer. »

Le soldat poussa le Laird du plat de la baïonnette. « Silence, vieux chien. »

Ils étaient deux, peut-être trois autres en faction aux abords du village. Une patrouille de nuit, pas une garnison. Le capitaine Thorne n'était pas là. Ça, au moins, c'était quelque chose.

« Qui a donné l'ordre ? » demanda Callum, les pieds plantés dans la boue.

Le soldat cracha. « Le capitaine Thorne. Sur dénonciation. Ce vieux chef de clan correspond avec les rebelles. Il servira d'otage jusqu'à ce que les Highlanders rendent leurs armes. »

Callum sentit le froid lui traverser la poitrine comme une lame. Le Laird MacLeod. L'homme qui, en 1746, après Culloden, avait caché le père de Callum dans son grenier à foin pendant trois semaines, pendant que les soldats du duc de Cumberland ratissaient la vallée à la recherche de survivants. L'homme qui avait payé la rançon quand Callum lui-même, âgé de douze ans, avait été pris pour braconnage sur les terres du comte.

Une dette de sang. Une dette de vie.

« Dénonciation ? » répéta Callum. « Qui ? »

Le Laird secoua sa tête grise. « Tais-toi, fils. Ne creuse pas cette fosse. »

Mais le soldat était jeune et bavard. Il jeta un coup d'œil vers le nord, vers la grand-route. « Un Highlander. Un de ceux qui travaillent pour nous. Petit, brun, une cicatrice à la lèvre. Il a dit que le vieux cachait des lettres. »

Une cicatrice à la lèvre.

Callum connaissait un homme avec une cicatrice à la lèvre : Robbe Dhu, un des fermiers du Laird, qui avait tourné sa veste après Culloden et servait maintenant d'informateur contre son propre peuple. Une vipère. Et le Laird MacLeod, qui avait jadis sauvé le père de Callum, était maintenant pris dans le même piège que Duncan.

Le même piège que lui.

« Viens avec moi, » dit Callum au Laird.

Le soldat fit un pas en avant. « Il ne va nulle part. Ordre direct. Il reste ici jusqu'à l'arrivée du capitaine, demain à l'aube. »

Callum mesura la distance entre lui et le soldat. Moins de cinq pas. Deux autres en faction à vingt mètres. S'il sortait son couteau — celui de son père — il pouvait les prendre par surprise, peut-être tuer le premier avant que les autres aient épaulé. Mais le village était occupé, les soldats étaient en nombre, et le Laird…

Le Laird le regardait, et Callum vit quelque chose dans ses yeux. Pas la peur. Quelque chose de plus vieux, de plus patient. Un calcul.

« Va, Callum, » dit le Laird doucement. « Va à la maison du vieux Duncan MacNab. Il a du whisky au fond de sa cave, et il a quelque chose à te dire. »

Callum cligna des yeux. Duncan MacNab ? Le vieux berger aveugle ? Quel rapport avec… ?

Mais le Laird insista, les mots pesés : « Il a été clerc du colonel MacAllister avant la rébellion. Il connaît des choses sur les familles anciennes. Des dettes. Des loyautés. »

Callum comprit soudain. Le Laird ne parlait pas de whisky. Il parlait de Fergus MacAllister.

Il hocha la tête, une fois, puis recula vers la pente.

« Je reviendrai avant l'aube, » dit-il.

Le Laird sourit. Une expression triste, vieille comme les pierres. « Tu as déjà choisi ton camp, fils. Tu le sais, n'est-ce pas ? »

Callum ne répondit pas. Il se retourna et disparut dans la bruine.

---

La cabane de Duncan MacNab se trouvait à l'écart du village, adossée à un affleurement de schiste, à demi mangée par la mousse. Le vieux berger était assis devant l'âtre, aveugle mais les oreilles grandes ouvertes, et il ne tourna pas la tête quand Callum poussa la porte.

« Tu sens le cerf et la poudre, » dit le vieux. « Et le mensonge. Assieds-toi. »

Callum s'accroupit en face de lui, les coudes sur les genoux. « Le Laird m'envoie. »

« Le Laird est un vieil homme qui a sauvé ton père, et qui maintenant va payer le prix de cette bonté. » Duncan tourna son visage ridé vers le feu. « Tu sais pourquoi Robbe l'a dénoncé ? »

« Parce que c'est une vipère. »

« Parce qu'on l'a payé, » corrigea Duncan. « Et pas avec de l'argent anglais. Avec une promesse. La promesse que sa fille, qui est serveuse chez le comte de Ross, serait protégée si il livrait des rebelles. Le capitaine Thorne joue à un jeu plus large que celui de la simple pacification. Il récolte des dettes. Des dettes contre des promesses. Comme celle qu'il a prise sur toi avec ton frère. »

Callum se figea. « Vous savez pour Duncan ? »

« Je sais que le capitaine t'a mis un mors en bouche et que tu mords maintenant dedans. » Duncan tendit une main tremblante vers une boîte de bois posée près de l'âtre. Il en tira un papier replié, jauni par le temps. « Le Laird m'a confié ceci avant qu'ils ne le prennent. Il savait que tôt ou tard, quelqu'un viendrait le chercher. Tu vas porter ce mot au camp des rebelles. »

Callum prit le papier. Il était adressé à un nom qu'il ne connaissait pas : *Rab, camp du Corbeau.* Le sceau était une simple empreinte de pouce dans la cire noire.

« Je ne connais pas l'emplacement du camp, » dit-il.

Duncan ricana, un bruit rauque. « Tu mens mal, chasseur. Tu as déjà rencontré la femme, Eilidh. Tu sais où elle opère. Tu vas l'y trouver. »

Callum serra le papier dans sa main. Une dette en appelait une autre, tressant des fils invisibles entre sa famille et celle du Laird, entre la trahison et la loyauté.

« Qu'est-ce que ça dit ? » demanda-t-il.

« Ça dit que le Laird MacLeod se livre en otage pour que les rebelles ne fassent rien de stupide, » répondit Duncan. « Ça dit qu'il y a un traître dans leur rang — un de ceux qui travaillent pour Thorne — et qu'il faut le démasquer avant qu'il ne livre leur chef. Et ça dit que toi, Callum MacRae, fils d'Angus MacRae qui a combattu à Culloden et survécu grâce à la charité de MacLeod, tu vas leur porter ce message. Tu vas leur livrer un traître. »

Callum resta silencieux. Son père avait-il réellement combattu à Culloden ? Le vieux couteau qu'il portait à la ceinture, avec ses runes gravées, disait peut-être plus que le silence d'Angus MacRae n'avait jamais dit.

« Et si les rebelles demandent pourquoi ils devraient me croire ? » dit Callum. « Je suis l'homme de Thorne. Celui qui chasse leur chef. »

Duncan pencha la tête. « Ils te croiront parce que tu as laissé partir Eilidh. Parce que tu as déjà trahi ton maître pour sauver un de leurs contacts. Et parce que le Laird te connaît — il connaît ton sang. » Il marqua une pause. « Le Laird a deux filles mortes à Culloden, Callum. Pas sur le champ de bataille. Après. Les soldats les ont trouvées dans une grange. Si son corps est encore capable d'aimer ce pays, c'est qu'il a confié sa vengeance à d'autres mains. Tu es une de ces mains, maintenant. Comme ton père l'était. »

Callum ferma les yeux. L'image de Duncan, frère, prisonnier dans une cage anglaise — puis le visage de MacLeod, vieux et digne sous la pluie — puis le papier jauni dans sa main.

Trois chemins s'ouvraient devant lui. Trahir Thorne. Trahir les rebelles. Ou essayer de marcher sur le fil entre les deux, là où le vent était le plus fort.

Il glissa le papier à l'intérieur de sa chemise, contre sa peau.

« Je livrerai le message, » dit-il enfin. « Et je trouverai le traître. »

Duncan hocha la tête, comme si c'était la seule réponse possible.

L'air humide entra par les fentes du mur. Dehors, la nuit s'épaississait. Quelque part dans le noir, les rebelles attendaient un messager qu'ils ne connaissaient pas, et le Laird comptait les heures jusqu'à l'aube.

Callum se leva. Il n'avait pas encore décidé ce qu'il ferait quand il arriverait au camp — porter le message ou le brûler, servir la rébellion ou servir son frère. Mais il avait fait une promesse, et un MacRae ne revenait jamais sur sa parole.

Pas deux fois, en tout cas.

---

Il sortit dans la nuit, la bruine lui cinglant le visage, le papier brûlant contre sa poitrine comme une braise. La traque commençait. Lui qui avait toujours été le chasseur devenait la proie — de Thorne, des rebelles, de sa propre conscience.

Et la seule chose qu'il savait avec certitude, c'était que le Laird MacLeod n'avait plus que quelques heures devant lui.