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Le Serment du Chasseur

Lire le chapitre 6: Under the White Flag

Le brouillard s’accrochait aux pins comme des lambeaux de linceul. Callum avançait à pied, le fusil en travers du dos, la crosse tournée vers le ciel en signe de paix. Il avait noué un chiffon blanc au bout de sa baïonnette, et ce drapeau dérisoire lui semblait plus lourd qu’un boulet de canon.

Deux silhouettes se détachèrent des rochers avant qu’il ne les atteigne. Des mousquets levés, des visages taillés à la hache dans la misère et la fureur. Celui de gauche cracha par terre.

— Un chien de Thorne qui se promène seul ? T’as perdu ta meute, MacRae ?

— Je viens sous le drapeau blanc. Je dois parler à Eilidh.

— Eilidh t’a déjà laissé partir une fois. Deux fois, c’est deux fois de trop.

Callum ne broncha pas. Il connaissait ce genre d’hommes : la bravade leur servait de cuirasse. Leur dire qu’il avait laissé les lettres de son frère dans un cairn à Torr Mòr ne leur ferait ni chaud ni froid. Fallait passer par Eilidh, par son nom, par la confiance qu’elle lui avait accordée la dernière fois — ou du moins, par ce qu’il en avait fait.

— Dis-lui que le chien de Thorne a mordu son maître. Elle comprendra.

Les deux hommes échangèrent un regard. Celui de droite, plus jeune, haussa une épaule.

— On l’emmène au camp. S’il bouge, on le pend à la première branche.

Ils le menèrent à travers un défilé étroit, puis le long d’une crête où le vent sifflait entre les bruyères. Le camp apparaissait plus bas, dans un creux protégé des regards : une trentaine de tentes basses, des feux mal dissimulés, des chevaux entravés. Des femmes et des enfants s’affairaient entre les abris. La rébellion n’était pas qu’une armée — c’était un village entier qui s’était jeté dans la gueule du loup.

Eilidh se tenait près du feu central, les bras croisés. Elle portait un habit d’homme, beaucoup trop grand, et ses cheveux sombres s’échappaient d’un bonnet de laine. Quand elle le vit, son visage ne montra rien. Ni colère, ni bienvenue. Juste une attention froide, comme on observe un oiseau blessé dont on ignore si les ailes casseront encore.

— Tu as survécu à Thorne, dit-elle. Je pensais que tu finirais dans une fosse, quelque part entre deux collines.

— Thorne ne m’a pas encore enterré. Et j’ai quelque chose pour vous.

Elle fit signe aux gardes de s’éloigner, mais pas trop. La méfiance restait une arme chargée entre eux.

— Le vieux MacNab, souffla Callum. Il m’a chargé d’un message. Il y a un traître dans vos rangs. Quelqu’un qui a vendu les positions du Laird MacLeod aux habits rouges.

Eilidh ne sourit pas. Elle ne haussa même pas un sourcil. Elle regarda simplement le feu, puis de nouveau Callum.

— On le sait. Le Laird est prisonnier à cause de ça. Mais MacNab n’a pas donné de nom ?

— Non. Il m’a dit que je devais le découvrir moi-même.

La jeune femme rit doucement, un son creux, sans joie.

— Le vieux bouc. Il te fait danser au bord du précipice pour voir si t’as le vertige. Bien. Viens. Le chef veut te parler.

Callum suivit. Le chef. Le Faucon, pensa-t-il, le cœur battant plus vite malgré lui. Après toutes ces semaines à courir après ce nom, à se demander s’il trouverait un masque ou une légende, il allait enfin voir l’homme que Thorne voulait pendre.

Mais le chef n’était pas un homme — pas au sens noble qu’il imaginait. C’était un gaillard trapu, assis sur une souche d’arbre, une pipe en terre cuite au coin des lèvres. Des mains massives, des épaules de bûcheron, une barbe grise et fournie qui lui mangeait la moitié du visage. Il se leva quand Callum approcha et le détailla de la tête aux pieds.

— Rab MacKinnon, dit-il sans lui tendre la main. Et toi, fils de chien, t’es le chasseur qui s’est perdu.

— Les chiens perdus retrouvent leur maître. Les maîtres perdus, eux, finissent pendus.

Rab cracha dans le feu. Un jet de salive précis, presque dédaigneux.

— Parle vite. On a un captif dans la tente là-bas, un officier anglais qui sait des choses. Thorne les voudrait. Toi, t’es le messager qui leur rapportera peut-être notre réponse. Alors parle.

Callum plongea. C’était le seul chemin. Il raconta tout : Thorne, Duncan, les lettres cachées au cairn, le traître inconnu, le Laird qu’on pendrait au lever du jour si rien ne se passait. Rab l’écouta sans l’interrompre, remuant la mâchoire comme s’il mâchait un morceau de viande coriace.

Quand Callum eut fini, Rab resta silencieux un long moment.

— Thorne veut la paix ? demanda-t-il enfin. Il nous envoie une lettre d’amnistie et un négociateur qui trahit déjà son uniforme ? C’est trop beau. Ou trop tordu.

— Je ne suis pas son négociateur. Je suis celui qui essaie de ne pas se faire pendre.

— Et de sauver son frère, ajouta Eilidh depuis l’ombre.

Rab lui lança un regard, puis revint sur Callum.

— Voilà ce que je te propose, chasseur. J’ai un officier anglais là-dedans. Il vaut de l’or : il connaît les positions des garnisons, les routes de ravitaillement, tout. Thorne voudrait le voir retourner au camp, vivant. Moi, je veux un dépôt d’armes et de poudre que les Anglais planquent quelque part à une demi-journée d’ici. On sait qu’il existe. On sait où il n’est pas. Mais on ne sait pas où il est.

Callum comprit avant que Rab ne le prononce.

— Tu veux que je mène tes hommes au dépôt.

— Je veux que tu découvres où il est et que tu nous y mènes. En échange, on relâche l’officier. Il ira parler pour nous, et Thorne pensera que tu as rempli ta mission : négocier notre reddition. Les rebelles lâchent un otage, l’amnistie progresse. Pendant ce temps, on vide le dépôt et on arme trois cents hommes de plus.

— Et mon frère ?

Rab haussa une épaule massive.

— S’il est innocent, le Laird vivant et l’officier relâché parleront pour lui. S’il est coupable, rien de ce que je fais ou ne fais pas ne changera son sort. C’est Thorne qui décide. Moi, je peux juste te donner les moyens de peser sur sa décision.

Callum regarda le feu, puis les flammes, puis ses mains. Elles étaient calmes. C’était ce qui l’effrayait le plus. Il aurait dû trembler, refuser, chercher une autre voie. Mais le chemin se rétrécissait à chaque pas.

— Comment je trouve le dépôt ?

Rab sourit pour la première fois. Un sourire noir, sans chaleur.

— L’officier qu’on a capturé, il était de corvée là-bas. Il sait. Il parlera si on le force. Mais je te propose mieux : tu lui parles toi. Toi, l’Anglais de service, le chasseur qui porte l’uniforme. Il te fera des confidences qu’il nous refusera.

— Et si je ne trouve rien ?

— Alors l’officier reste prisonnier. Et toi, tu repartiras sans ton amnistie, sans mon aide, et probablement sans ton frère. Si on te revoit dans ces collines sans résultat, on te traitera comme un espion ennemi.

L’aube approchait. Derrière les crêtes, le ciel commençait à pâlir. Quelque part au nord, le Laird MacLeod attendait la potence, les yeux ouverts vers un soleil qu’il ne verrait peut-être pas se coucher.

Callum se leva.

— Ouvre la tente. Je vais parler à ton officier.

Rab hocha la tête et fit un signe à un des gardes. La toile de la tente s’écarta, révélant une silhouette assise sur une couverture, les mains liées au poteau central. Un homme jeune, pas plus de vingt-cinq ans, avec des boucles blondes et un regard effrayé.

Quand il leva les yeux vers Callum, ses iris écarquillées reconnurent quelque chose.

— Le chasseur ? dit-il à voix basse. Vous êtes le chasseur de Thorne ?

Callum entra dans la tente.

— Et toi, qui es-tu ?

— Le lieutenant Graham. Celui qui a amené le message à votre village. Il y a deux semaines.

Le sang de Callum se glaça. Graham était l’officier qui avait conduit la première perquisition chez les MacRae. Il avait tenu Duncan par le col, tandis qu’on retournait leurs armoires. Et il était maintenant entre les mains des rebelles — des hommes qui détestaient Thorne à peine moins qu’ils ne le haïssaient.

Graham avala sa salive.

— Si vous voulez le dépôt, il faut savoir que Thorne a menti sur son emplacement. Il a fait croire à tout le monde qu’il était à l’ouest. En réalité…

Callum se pencha.

— En réalité ?

— En réalité, c’est juste sous vos pieds. Sous le village. Sous votre propre maison.

La tête de Callum résonna comme s’il venait de recevoir un coup de crosse.

— Duncan savait, souffla Graham. C’est pour ça qu’il est en prison. Pas pour une lettre. Pour ce qu’il avait découvert dans la cave.