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Le Serment du Clerc

Lire le chapitre 10: The Chancellor's Letter

La bougie grésilla, et Claude comprit qu'il avait trop tardé. Le pas lourd d'une patrouille résonnait sur les pavés mouillés, à moins de cinquante toises. Il souffla la flamme d'un geste sec et s'accroupit derrière le tonneau défoncé, le parchemin de Marguerite encore chaud contre sa poitrine.

— Fouillez les quais ! ordonna une voix rauque. Le feu vient de là. L'incendiaire n'a pas pu aller loin.

Claude compta les respirations. Quatre hommes, peut-être cinq. Leurs torches jetaient des ombres mouvantes sur les murs de torchis. Il avait laissé son cheval à l'écurie Saint-Fiacre, à l'autre bout de la ville, et ses bottes étaient crottées de la boue du fleuve. Il n'avait qu'un poignard et sa plume.

La patrouille passa à deux brasses de son abri. L'un des soldats — un sergent à la barbe grise — s'arrêta, renifla. L'odeur de fumée qui imprégnait son manteau. Claude ne bougea pas. Le sergent haussa les épaules et rejoignit ses hommes.

Il attendit que le silence retombe, puis compta jusqu'à cent avant de se glisser le long du mur. La ruelle était étroite, les fenêtres closes. Personne ne l'avait vu.

À l'aube, il se tenait devant l'écritoire de sa chambre à l'auberge du Marteau d'Argent. Trois feuilles de parchemin étalées devant lui : le brouillon du rapport pour le duc, la lettre de Marguerite, et la missive confidentielle du capitaine armagnac qu'il avait soustraite aux flammes.

Il trempa sa plume dans l'encre noire.

*À Son Altesse le duc Philippe :*

*Je vous fais savoir que le réseau de l'Araignée est plus vaste que nos premières estimations. Des lettres saisies dans un entrepôt du port révèlent une conspiration militaire organisée, appuyée par des forces françaises régulières. J'ai identifié un membre du conseil de la ville servant d'agent double.*

Il s'arrêta. Sa main hésita au-dessus du parchemin. Trois mots suffiraient à sceller le destin de Marguerite : *et la sœur de l'auteur.* Il les laissa non écrits.

*Je trace actuellement la piste d'un correspondant de haut rang au sein du conseil municipal. Une rencontre est prévue cette nuit à l'église Saint-Jacques — je m'y rendrai sous une fausse identité pour identifier le traître.*

C'était presque vrai. Il avait rendez-vous avec l'Araignée, ou avec Marguerite, ou avec la mort — selon qui l'attendrait dans l'ombre de la chapelle.

Au bas de la page, il apposa son sceau de cire verte, celui du greffier, non celui de l'espion. Il but une gorgée de vin pour se laver la bouche du mensonge.

Puis il se retourna vers le lit. La lettre du capitaine armagnac était glissée sous le matelas, à côté du pistolet qu'il n'utiliserait jamais. Il l'avait dit à Rolin — dans son rapport préliminaire, il avait écrit *brûlé avec le reste de la paperasse* — mais ses doigts l'avaient soustraite aux flammes avant qu'elles n'atteignent la caisse. Le parchemin était encore taché d'eau et de suie, mais l'encre restait lisible.

Il la relut pour la dixième fois.

*…et ce sera fait avant la Saint-Michel. Le duc croira se rendre à des pourparlers de paix ; au lieu de la ratification, il trouvera une mort honorable. Faites confiance à nos gens dans le cortège. La femme connaît son rôle. Elle ouvrira la porte.*

Claude ferma les yeux. *La femme.* Marguerite. Ou une autre. Il ne savait pas, et c'était la pire des ignorances.

Un bruit derrière la porte. Il replia la lettre en hâte et la glissa dans la fente du mur, derrière la poutre fissurée qu'il avait repérée le premier soir. Par réflexe, il posa la main sur son poignard.

La servante passa, un panier de linge sous le bras, sans s'arrêter.

Il souffla.

En bas, dans la salle commune, il paya son écot à l'aubergiste d'une pièce d'argent et demanda du pain, du fromage et une jatte de soupe. Trois hommes jouaient aux dés près de la cheminée. Personne ne leva les yeux vers lui. Il mangea lentement, beaucoup trop lentement — chaque minute passée le rapprochait de Saint-Jacques.

Il était chez lui dans cette ville. Il connaissait le chœur de l'église, le bougeoir d'argent, le confessionnal de chêne où il s'était agenouillé, enfant, pour sa première confession. Compiègne était sa terre. Son père y avait tenu une comptabilité honnête pour le commerce des draps. Sa sœur y chantait au lutrin.

Et pourtant, ce soir, il irait à Saint-Jacques en étranger.

Il laissa la soupe refroidir. Ses pensées revenaient à la lettre du chancelier, à l'écriture rageuse de Rolin :

*Vous me décevez, D'Argent. L'ordre du duc est de découvrir la taupe dans nos propres rangs. Si vos affections familiales entravent votre jugement, souvenez-vous que votre famille n'est plus ce qu'elle était.*

Rolin savait-il ? Ou simplement le taquinait-il ?

Claude se leva, poussa son assiette et gagna la sortie. Il ne dirait rien du rendez-vous de ce soir. Ni à Rolin, ni au duc, ni même à la Vierge dans la petite niche au coin de la rue.

La pluie tombait, fine et insistante. Il remonta son capuchon et se dirigea vers les quais — non pour fuir, mais pour voir. Il voulait tester les limites de sa couverture. Deux heures avant la nuit, il avait besoin que personne ne se souvienne de son visage.

Arrivé au chevet de l'église Saint-Germain, il s'adossa un instant à la pierre froide, tâta la bourse à sa ceinture. À l'intérieur, un sachet de poudre de somnifère acheté à l'apothicaire du pont, et trente écus. Assez pour soudoyer un batelier, peut-être, mais pas assez pour acheter la vérité.

Un moine sortit de la sacristie, une lanterne à la main.

— Mon fils, vous semblez préoccupé. La messe de la veille commencera sous peu.

— Je n'ai pas besoin de messe, mon père. J'ai besoin de lumière.

Le moine le dévisagea, puis sourit — un sourire qui ne toucha pas ses yeux.

— La lumière coûte cher, par les temps qui courent.

Claude ne répondit pas. Il tourna les talons et s'éloigna dans la pluie.

Il avait menti au moine : il avait besoin des deux. De lumière pour voir clair, et de messe pour se pardonner d'avance.

La nuit tombait déjà. Quelque part derrière les remparts, Marguerite l'attendait, ou l'Araignée, ou encore autre chose — un sort qu'il n'avait pas choisi, un piège qu'il avait forgé lui-même.

Il serra le poing. Le rapport au duc était parti. Sa sœur n'était nommée nulle part. La lettre du capitaine reposait dans le mur.

Et le rendez-vous de Saint-Jacques se rapprochait, inexorable, comme la marée.