Le Serment du Clerc
Lire le chapitre 11: The Armagnac Plot
La chandelle grésilla, jetant une ombre dansante sur le parchemin déroulé devant Claude. La lettre interceptée—celle de l'officier armagnac—portait un second feuillet qu'il n'avait pas remarqué plus tôt, scellé d'une cire si fine qu'elle se confondait avec le pli du papier. Il l'avait trouvé en revenant de la chapelle, caché dans la doublure de sa tunique, là où la fausse poche cousue par Étienne Vaux gardait encore un secret.
Il approcha la flamme. L'encre avait pâli, mais certains passages étaient encore lisibles. Une écriture serrée, celle d'un homme pressé, parlait de "l'heure de la colombe"—un code, sans doute—puis de "l'entrevue de paix sous les murs d'Arras." Claude relut trois fois avant que le sens ne s'impose à lui, brutal comme un coup de poing.
Le duc de Bourgogne devait rencontrer les émissaires anglais et français pour des négociations de trêve. Les Armagnacs comptaient profiter de cette entrevue pour frapper.
*"Le poignard trouvera sa route lorsque les drapeaux seront baissés. La femme ouvrira la porte."*
La femme. La même mention que dans les lettres précédentes. Claude ferma les yeux. Marguerite.
Il repensa à la lettre de Rolin qu'elle lui avait montrée, celle qui prouvait que le chancelier avait trahi leur père. Si Claude envoyait cette information à Philippe—l'avertissement de l'assassinat—il condamnait sa sœur. Le duc lirait la mention de la femme, recouperait les pistes, et les hommes du Spider fouilleraient Compiègne jusqu'à ce qu'ils la trouvent. Car Claude savait maintenant, avec une certitude qui lui serrait la gorge, que Marguerite était la Fenêtrise.
À moins que... Il replia le parchemin, le glissa dans sa ceinture. Il fallait la confronter d'abord. Lui montrer ce qu'il avait trouvé, lui faire comprendre que le jeu devenait trop dangereux. Qu'elle devait renoncer.
Il souffla la chandelle et sortit dans la nuit.
La ruelle du Chaudronnier était déserte à cette heure—les horloges de la ville avaient sonné complies depuis longtemps. Claude longea les murs, comptant les portes. Troisième à gauche, le heurtoir de fer en forme de main. C'était là qu'ils s'étaient toujours retrouvés, enfants, quand leur père les emmenait en ville pour les foires. Marguerite connaissait ce refuge mieux que personne.
Il frappa trois coups, puis deux. Le silence répondit.
Il poussa la porte. Elle n'était pas verrouillée. L'intérieur sentait le moisi et la poussière—personne n'était venu ici depuis des jours. Un objet attira son regard sur la table basse : un morceau de papier maintenu par un couteau planté dans le bois, la lame encore tachée d'encre.
Claude s'approcha et lut.
*"Frère—je sais ce que tu as trouvé. Le moulin, demain, avant prime. Viens seul. Ou tout est perdu."*
Pas de signature. Mais l'écriture était celle de Marguerite—il l'aurait reconnue entre mille, cette façon de boucler ses « l » avec un arrondi particulier qu'elle avait appris d'une vieille marchande de parchemin.
Le moulin. Le vieux moulin de l'Est, abandonné depuis la crue de l'Oise, à une lieue hors des remparts. Pourquoi là ? Pourquoi pas ici, dans leur refuge habituel ?
Une odeur de brûlé lui chatouilla les narines. Il se retourna. Sur la cheminée, des cendres encore tièdes. Quelqu'un avait brûlé des papiers ici, peu de temps avant son arrivée. Il s'accroupit, écarta les cendres. Un fragment avait survécu, le coin d'une lettre officielle, portant un sceau qu'il connaissait bien : celui de la chancellerie de Dijon.
Le sceau de Rolin.
Claude sentit son sang se glacer. Marguerite avait manipulé son père, avait montré des lettres de Rolin, mais elle était en contact direct avec la chancellerie ? Ou quelqu'un d'autre était passé ici, quelqu'un qui traquait les deux côtés du jeu.
Il glissa le fragment dans sa poche, avec le reste du parchemin armagnac. S'il envoyait une missive à Philippe maintenant, il dénonçait Marguerite et se dénonçait lui-même—son faux rapport, son silence, sa trahison. Le duc ne pardonnerait pas. Le chancelier encore moins.
Mais s'il ne faisait rien, et que l'assassinat se produisait...
Le duc Philippe, son maître, celui qui lui avait donné sa charge de clerc quand son père était mort, serait poignardé pendant une trêve que tout le monde croyait sacrée. La guerre s'embraserait, des milliers de paysans mourraient, et Claude se tiendrait là, les mains vides, sachant que sa lâcheté avait coûté la vie à un homme qu'il avait juré de servir.
Il sortit du refuge, respirant l'air froid de la nuit pour se vider l'esprit. Les toits de Compiègne s'étendaient devant lui, noyés dans une brume qui sentait le fumier et la rivière. Quelque part dans cette ville, sa sœur tissait sa toile avec une précision que Claude n'aurait jamais crue possible. Pourquoi l'avait-elle choisi, lui, pour la confronter au moulin ? Pourquoi ne pas lui avoir fait confiance assez longtemps pour tout lui raconter ?
La réponse était terrible : parce qu'elle ne le pouvait pas. Parce que ce qu'elle faisait, elle le faisait pour leur père—pour venger un homme que Claude avait aimé sans vraiment le connaître, et que Rolin avait tué avec des mots et des signatures.
Il repensa à la lettre de Rolin, aux phrases codées que Marguerite avait décryptées avec une aisance troublante. Comment avait-elle obtenu cette copie ? Qui, à la chancellerie, prenait le risque de trahir le chancelier pour elle ?
Pierre Laurent.
Le nom lui traversa l'esprit comme une flèche mal ajustée. Le clerc précédent, celui qui avait disparu avant l'arrivée de Claude à Compiègne. On disait qu'il était parti rejoindre les Armagnacs, ou qu'il avait simplement fui—mais personne n'avait jamais trouvé son corps, ni ses papiers, ni sa trace.
Et Marguerite savait quelque chose.
Claude toucha le parchemin sous sa ceinture, la promesse de sa sœur gravée dans sa mémoire avec la précision d'un vœu : *Viens seul, ou tout est perdu.*
Demain, avant prime. Le moulin.
Il avait une nuit pour décider s'il irait en frère ou en espion. Et quelque chose lui disait que la réponse n'était pas entre ces deux choix—pas même sur l'échiquier entier de cette guerre qui n'était pas la sienne.
Il retourna à sa chambre, alluma sa chandelle, et se mit à écrire une lettre qu'il n'enverrait peut-être jamais. Une lettre au duc, qui lui coûterait sa sœur ou sa vie.
La plume hésita au-dessus du papier.
Puis il commença à écrire.
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