Le Serment du Clerc
Lire le chapitre 13: The Turn of the Key
La pluie avait cessé, mais l'humidité de la nuit collait aux pierres des ruelles. Claude remonta vers sa chambre d'un pas rapide, le journal de Pierre Laurent serré contre sa poitrine sous sa tunique. Chaque ombre semblait le suivre. Il lui fallait relire certaines pages, vérifier ses déductions, décider de la marche à suivre avant prime.
La porte de son logis était entrebâillée. Il s'immobilisa, la main sur la dague. Trois respirations. Puis il poussa le battant.
Le chancelier Rolin avait l'art de choisir ses hommes. Celui-ci était assis sur le coffre au pied du lit, les mains croisées sur un genou, vêtu sobrement mais avec ce col de fourrure qui trahissait un rang moyen dans la hiérarchie. Une chandelle brûlait sur la table, allumée par lui.
— Maître D'Argent, dit l'homme sans se lever. Le chancelier vous mande à Dijon. Sur-le-champ.
Claude laissa la porte se refermer dans son dos. — Et qui êtes-vous pour porter un tel ordre ?
— Le nom ne vous importe pas. La messe est dite. Vous partez avant l'aube.
— J'ai une mission ici. Le duc m'a...
— Le duc a changé ses plans. Vous êtes rappelé. Votre charge à Compiègne est terminée.
Claude sentit le poids du journal contre sa poitrine, la lettre cachée dans le mur. La lettre qu'il n'avait jamais envoyée. Les cendres du sceau de Rolin. Tout cela convergeait maintenant, trop commodément. On ne le rappelait pas à Dijon pour le remercier.
— Je ne pars pas, dit-il.
Le messager leva un sourcil. — Vous ne partez pas ?
— Je reste à Compiègne. Le duc apprendra de ma plume que sa mission n'est pas accomplie.
L'homme se leva enfin, d'un mouvement lent qui semblait calculé. Il était plus grand que Claude ne l'avait cru.
— Vous faites une erreur, Maître D'Argent. Le chancelier n'aime pas les erreurs.
— Le chancelier peut m'écrire. Je répondrai.
Il y eut un silence. Le messager le détailla, comme s'il mesurait une marchandise. Puis il hocha la tête, presque avec regret.
— Ainsi soit-il.
Il se dirigea vers la porte, s'arrêta devant Claude, et ajouta à voix basse :
— Vous auriez dû partir. Votre sœur, elle, a compris l'art de savoir quand quitter une place.
Claude se figea. — Que voulez-vous dire ?
Le messager sourit — un tic mince, sans chaleur — et disparut dans le couloir.
Claude resta là un long moment. Marguerite. Qu'avait-elle fait ? Pourquoi l'avait-elle laissé venir au moulin sans s'y montrer, si ce n'était après avoir garni le piège ? Il s'approcha du mur, retira la pierre mal scellée, vérifia que la lettre interceptée s'y trouvait toujours. Oui. Ses preuves étaient là. Il fallait les remettre au commandant de la garnison, ou trouver un moyen d'atteindre le duc directement.
Il prit la lettre, la plia, la glissa dans sa manche. En bas, dans la rue, des pas lourds — plusieurs hommes, marchant en cadence. Claude tendit l'oreille.
La porte vola en éclats sous un coup d'épaule.
Trois hommes de la milice entrèrent, pertuisanes baissées. Un quatrième, plus petit, portait l'insigne de prévôt. Derrière eux, dans le couloir sombre, une silhouette restait dans l'ombre.
— Claude D'Argent, clama le prévôt. Vous êtes arrêté au nom du duc de Bourgogne pour espionnage au profit de l'ennemi français.
Claude recula d'un pas, cherchant la fenêtre. Pas assez vite. Deux miliciens le saisirent par les bras. Il se débattit — mal, trop mal — et sentit ses poignets se faire lier dans le dos.
— Vous faites erreur, dit-il d'une voix qu'il voulut ferme. Je suis le propre émissaire du duc. J'ai des papiers...
— On a mieux que des papiers, répondit le prévôt. On a un témoin.
Il fit un signe. La silhouette du couloir s'avança. Une jupe grise, un voile retenu sous le menton, des mains pâles croisées devant elle. Elle entra dans la lumière de la chandelle.
Marguerite.
Elle ne le regarda pas. Elle regardait le mur, au-dessus de son épaule, comme si elle récitait une leçon apprise.
— Je l'ai vu rencontrer les agents français près du moulin, dit-elle d'une voix blanche. J'ai vu les documents qu'il dissimulait, marqués des sceaux de l'ennemi. J'ai vu ce qu'il écrivait au duc, et ce qu'il n'osait pas écrire.
Claude ouvrit la bouche. Aucun son n'en sortit.
Le prévôt s'inclina vers elle avec déférence. — Votre témoignage sera consigné, Maîtresse D'Argent.
Marguerite inclina la tête. Ses yeux finirent par bouger, rencontrer ceux de Claude. Une fraction de seconde. Dans ce regard, il lut quelque chose qui n'était pas de la haine.
De la peur.
Puis elle se détourna, et la milice l'entraîna vers la nuit.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.