Le Serment du Clerc
Lire le chapitre 18: The Betrayal
Le camp bourguignon se dressait à une demi-lieue des murailles de Compiègne, derrière un pli de terrain que les sentinelles armagnacs ne pouvaient voir. Claude avançait dans l'ombre des tentes, sa cape trempée de rosée, le sceau de son père — celui qu'il avait récupéré auprès de Charny — serré dans son poing comme une prière.
Il trouva le capitaine de la garde ducale près des écuries, penché sur une carte à la lueur d'une lanterne sourde. L'homme leva les yeux, et son visage se durcit.
« D'Argent. Le duc vous croit mort, ou pire, disparu. »
« J'ai des nouvelles essentielles. Un complot armagnac. Ils marchent sur Compiègne avant la tombée du jour. »
Le capitaine ne cilla pas. Il consulta un parchemin posé près de la carte, puis releva la tête avec une lenteur qui fit froid dans le dos de Claude.
« Le duc est déjà informé. »
La phrase tomba comme une hache. Claude sentit son sang se glacer. « Par qui ? »
« Par votre sœur. Marguerite D'Argent. Elle est arrivée avant l'aube, sous escorte française. Elle a tout confessé : le réseau, vos complicités, le complot contre Compiègne. Elle a aussi donné le nom de Jean de Luxembourg. »
Claude chancela. Luxembourg était le bras droit du duc, l'homme qui commandait les troupes assiégeant la ville. Si Marguerite l'avait dénoncé, elle avait détruit l'ossature entière de la faction loyaliste.
« C'est un mensonge. Elle est contrainte. Les Français tiennent notre frère Étienne. »
Le capitaine le regarda avec pitié. « Le duc a écouté votre sœur, pas vos dénégations. Il a ordonné votre arrestation pour haute trahison. »
Un bruit sourd, derrière lui : trois hommes d'armes sortirent de l'ombre, épées dégainées. Claude recula d'un pas, la main sur la garde de sa dague.
« Où est ma sœur ? »
« Partie. Elle a reçu une escorte française à la limite du camp. Elle avait un sauf-conduit signé de la main même du duc. » Le capitaine cracha dans la poussière. « Votre propre sang vous a vendu, D'Argent. »
Claude chercha une explication, une faille, une brèche dans cette nuit qui se refermait. Marguerite l'avait supplié de ne pas revenir à Dijon, de rester à Compiègne. Elle lui avait donné la bague, le code, la vérité sur Charny. Et pourtant, elle s'était rendue aux Bourguignons avec des révélations assez précises pour le détruire.
À moins qu'elle n'ait joué un double jeu depuis le début. À moins que toute l'histoire d'Étienne, de Charny, de la bague gravée — tout cela n'ait été qu'un piège pour l'attirer dans la lumière et le faire tomber.
Ou bien, elle avait compris que le traître au sein du conseil ducal allait le faire assassiner de toute façon, et qu'elle avait choisi la seule voie qui le sauverait : le faire arrêter publiquement, où il ne pourrait pas disparaître dans un cachot sans que nul ne s'en soucie.
Claude regarda la plaine au-delà du camp. Une poussière montait à l'horizon, à l'est. Des bannières — les armes d'Orléans, les couleurs de la France. L'armée ennemie avançait, et Compiègne allait tomber dans les heures à venir. Les bourguignons tiendraient-ils ? S'ils perdaient la ville, tout était perdu : l'accès à la Picardie, la route vers Paris.
« Laissez-moi parler au duc. Je peux tout expliquer. »
« Le duc n'est plus ici. Il est reparti pour Dijon à l'aube, laissant Jean de Luxembourg en commandement. »
Luxembourg. L'homme que Marguerite avait dénoncé. Si le duc croyait à cette dénonciation, Luxembourg serait relevé de son commandement — mais pas avant la bataille, peut-être. Et si Marguerite avait menti sur Luxembourg pour protéger le véritable traître ? Claude ne pouvait savoir. Il était seul, sans alliés, trahi.
Les armes des soldats autour de lui reflétaient la première lueur du jour. Claude avait deux options : se rendre et espérer survivre jusqu'à Dijon, où le chancelier Rolin le dépouillerait de son rang et le jetterait dans une cellule ; ou fuir ce camp, contourner l'armée française qui approchait, et retrouver sa sœur avant qu'elle n'atteigne la sécurité des lignes ennemies.
S'il fuyait, il devenait officiellement un traître. La preuve serait faite de sa culpabilité. S'il restait, il perdait tout — sa mission, son rang, peut-être sa vie — mais conserverait une chance de prouver son innocence plus tard, si tant est que Dijon voulût bien l'écouter.
Le capitaine fit un geste. Les hommes d'armes s'avancèrent.
Claude regarda la bague à son doigt, la gravure minuscule que sa sœur y avait faite — un sceau pour une chapelle, une chapelle qui cachait un passage secret. Elle n'avait jamais cessé de lui donner des clés. Cette fois, c'était à lui de choisir laquelle tourner.
Il leva les mains.
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