Le Serment du Clerc
Lire le chapitre 19: The Aftermath of Dijon
Les trompettes de Dijon sonnaient faux, ou peut-être était-ce seulement dans la tête de Claude. Les toits de tuiles vernissées du palais ducal se découpaient sur un ciel gris de novembre, et chaque pas de son cheval sur les pavés résonnait comme un verdict. Il n'avait pas dormi depuis Compiègne, n'avait pas mangé depuis la veille, et son manteau de voyage collait à sa peau par la sueur du galop forcé.
Les gardes au portail ne le saluèrent pas. Ils échangèrent un regard, puis l'un d'eux détourna les yeux. Claude passa sous l'arche sans ralentir, les éperons tintant contre la pierre. Dans la cour, les écuyers s'écartèrent de son chemin comme on s'écarte d'un lépreux. Le nom de Marguerite D'Argent flottait dans l'air entre eux, invisible mais plus lourd qu'un bruit de bataille.
Nicolas Rolin l'attendait dans la salle des comptes, non dans la grande chambre d'audience. Ce choix, plus que tout autre, disait tout : Claude n'était plus un officier à entendre solennellement, mais une dette à régler dans l'intimité froide des registres.
Le chancelier était assis derrière une table couverte de parchemins, la lumière d'une haute fenêtre éclairant ses joues creuses et ses yeux de furet. Il ne leva pas la tête lorsque Claude entra. Il laissa les pas de Claude traverser la salle, laissa le silence s'épaissir jusqu'à l'inconfort, puis enfin il reposa sa plume.
« Claude D'Argent. Vous avez déserté votre poste. Vous avez fraternisé avec l'ennemi aux portes de Compiègne. Votre sœur — votre propre sang — a confessé votre trahison devant le duc. »
Chaque mot tombait comme une pierre dans un puits.
« Et pourtant vous voici, dans mon bureau, comme si rien ne s'était passé. Expliquez-vous. Non, en vérité, ne vous expliquez pas. Je connais déjà les grandes lignes. Votre sœur vous a piégé pour sauver votre frère. Elle a écrit un code qui pourrait exposer un traître. Elle s'est offerte en confession pour vous protéger. »
Claude ouvrit la bouche, puis la referma. Rolin savait tout. Comment ?
Le chancelier soupira, se leva, et marcha vers la fenêtre. « Vous êtes jeune, D'Argent. Et vous avez l'arrogance de la jeunesse. Vous pensez que vos histoires de famille, vos drames personnels, vos frères et sœurs — que tout cela peut peser dans la balance de l'État. La France marche sur Compiègne. L'Angleterre pousse ses pions. Et vous, vous venez me parler de votre pauvre sœur, de votre pauvre frère. »
« Marguerite n'est pas venue vous chercher pour me perdre », dit Claude, la gorge sèche. « Elle est venue vous chercher pour me sauver. Les assassins du chancelier — non, les vôtres — »
« Les miens ? »
« Les assassins du Conseil. Ceux qui ont tué Pierre Laurent. Ceux qui ont tué mon père. Elle savait que mon enquête me conduirait à eux. Elle savait qu'ils me tueraient comme ils ont tué les autres. Elle m'a fait arrêter pour m'éloigner du danger. Elle a pris sur elle la disgrâce pour que je vive. »
Rolin se retourna. Son visage était impassible, mais quelque chose vacilla dans ses yeux — une étincelle de doute, ou peut-être de fatigue.
« Votre père est mort d'une chute de cheval. Les registres le disent. Le médecin l'a attesté. »
« Et Pierre Laurent est mort noyé. La rivière l'a pris. Les accidents arrivent. Surtout à ceux qui découvrent des choses qu'on ne devrait pas voir. »
Un long silence. Rolin retourna à sa table, s'assit, et aligna des plumes avec une précision maniaque.
« Même si je vous croyais, D'Argent — ce qui n'est pas encore dit — que voulez-vous que j'y fasse ? Le duc vous a reconnu coupable par la confession de votre sœur. Non qu'il ait prononcé le mot de coupable, bien sûr. Il a prononcé des mots plus doux : "Cas douloureux", "obligations familiales", "doute raisonnable". Il a refusé de vous condamner à mort. Mais il a exigé que vous soyez révoqué, que vous quittiez Dijon, que votre nom soit lavé par une enquête. Je suis chargé de faire appliquer sa volonté. »
« Une enquête ? »
« Enquête qui vous tiendra loin de tout ce qui touche au Conseil, à la guerre, à la diplomatie. Vous deviendrez un spectateur. Vous resterez noble, mais vous n'aurez plus aucune charge. Plus aucun accès. Plus aucune épée à votre service. »
Claude fit un pas en avant. « Monsieur le Chancelier, écoutez-moi. Je sais que Marguerite a écrit un code destiné à être porté à Arras. Ce code, entre les mains des bons ambassadeurs, pourrait exposer l'homme qui trahit le duc depuis des années. Cet homme est dans le Conseil. Il est peut-être votre adjoint, ou votre ami, ou votre cousin. Il a tué pour rester caché. Et si vous me retirez ma charge, je ne pourrai pas l'arrêter. »
Rolin le regarda longuement. Puis il fit quelque chose que Claude n'avait jamais vu faire à Nicolas Rolin : il rit.
Un rire bref, sans joie, presque un aboiement.
« Vous êtes courageux, D'Argent. C'est une qualité que je respecte, même chez les jeunes gens qui prennent leur courage pour de la stratégie. Mais vous êtes aussi aveugle. Vous parlez d'un traître dans mon conseil, et vous fondez votre accusation sur la parole d'une espionne avouée, d'une femme qui a trahi la Bourgogne pour sauver un frère que personne n'a jamais vu, dans une forteresse qui n'existe peut-être pas. »
« L'Angleterre. »
« L'Angleterre ? »
« C'est ce que m'a révélé la personne masquée à Compiègne. Marguerite est un pion d'un réseau lié à l'Angleterre. Étienne est détenu par eux. Elle ne travaille pas pour la France, elle travaille pour une faction anglaise qui veut déstabiliser la Bourgogne et la France à la fois. »
Rolin se pencha en avant, les coudes sur la table. « Une personne masquée. Bien sûr. Et vous lui avez fait confiance ? »
« Elle m'a donné la clé de ma cellule. »
« Une clé peut être un piège autant qu'une libération. »
« Elle m'a dit la vérité sur ma sœur. Ma sœur me l'a confirmée ensuite, dans une chapelle, à visage découvert. »
Rolin se redressa. Un muscle dans sa mâchoire tressaillit. « Votre sœur est une traitresse avouée. C'est un fait. Que sa trahison ait une couche de complexité ne change pas le résultat : elle a avoué, elle a fui, et elle vous a laissé ici pour payer les pots cassés. Si vous voulez la poursuivre, c'est votre affaire. Mais vous le ferez sans l'épée du duc, sans la bourse du duc, et sans le nom du duc. »
Il sortit un parchemin d'une boîte à côté de lui, le déroula, et le poussa vers Claude.
« Votre révocation. Signez. »
Claude ne bougea pas. Il regarda le parchemin — les armes de Bourgogne en tête, l'écriture serrée du chancelier en dessous. Le papier qui effaçait trois ans de service, deux campagnes, une mission secrète.
« Si je ne signe pas ? »
« Vous serez arrêté ici et mis au cachot en attendant le bon plaisir du duc. Vous serez jugé, et cette fois je doute que vous puissiez vous acheter une clé de cellule avec un anneau d'argent. »
Claude prit la plume. Il trempa la pointe dans l'encrier et la tint suspendue au-dessus du parchemin. Une goutte tomba, éclaboussant son nom gravé à l'encre noire.
« Vous perdez un agent, Rolin. Mais vous ne perdez pas un homme. »
« Je perds peut-être les deux. Nous verrons. »
Il signa. Son nom, apposé au-dessus de son titre, puis le titre lui-même, rayé d'une ligne à l'encre plus pâle. Claude D'Argent, clerc juré de Son Excellence Philippe, duc de Bourgogne.
Il rendit la plume. Mes mots sont plus aiguisés que cette plume, pensa-t-il.
« Allez, D'Argent », murmura Rolin en roulant le parchemin. « Les gardes vous escorteront jusqu'au logis que nous avons assigné dans la ville. Vous y resterez jusqu'à ce que le Conseil ait rendu son jugement. N'essayez pas de quitter Dijon. Je le saurai. »
Claude quitta la pièce sans saluer. Les gardes l'attendaient dans le couloir, deux hommes jeunes, gênés, qui évitaient son regard. Ils l'escortèrent à travers les couloirs qu'il avait parcourus libres pendant trois ans, alors que son nom ouvrait toutes les portes.
Maintenant, son nom valait moins que la paille dans les écuries.
La maison où ils le menèrent était petite et humide, près des tanneries, dans l'ombre des remparts sud. Il y avait un lit de paille, une table bancale, un crucifix de fer rouillé sur le mur. L'humidité suintait des pierres nues pourtant bien jointes.
Ses gardes se retirèrent une fois la porte refermée.
Le soir tomba. Claude resta assis sur le lit, les mains sur les genoux, les yeux dans le vague. La pièce sentait le cuir et la rivière. Quelque part dans Dijon, la ville s'animait pour la nuit.
Sa sœur était là, ou près de là. Marguerite, avec son visage d'ange et ses mensonges tissés d'amour. Elle avait fait de lui un traître pour le sauver d'être un mort. Et cette ironie le brûlait plus que la disgrâce elle-même.
Il sortit la bague de sa poche. Celle qu'elle lui avait donnée au cachot, sur laquelle était gravée cette ligne minuscule qui avait guidé ses pas vers Hugues de Charny. La bague portait encore son chaud. La gravure était à peine visible. Il la suivait du doigt, comme on suit un texte sacré dans une chapelle sombre.
Il fallait la trouver. La retrouver avant que les hommes d'Angleterre ne la fassent disparaître, avant que le Conseil ne la condamne par contumace, avant que la France ne l'absorbe pour faire d'elle un martyr. Elle était son seul espoir — de laver son nom, de libérer Étienne, de prouver qu'un D'Argent ne pliait pas.
Mais laver son nom exigeait de retourner dans les cercles de Dijon qui le rejetaient désormais. Et il ne possédait plus rien, sinon une bague de fer, un crucifix rouillé, et la certitude têtue de son innocence.
Le feu s'éteignit dans l'âtre sans qu'il l'eût entretenu. Dans le silence, les derniers moines de Saint-Bénigne entonnèrent les complies, voix lointaines portées par l'air du soir.
Claude les écouta sans prier. Pour la première fois depuis des années, les mots ne lui venaient pas. Seule restait une certitude, froide et lourde comme le fer de cette bague dans sa main.
Il ne laisserait pas Marguerite se perdre dans le jeu du Conseil. Il ne laisserait pas leur père être un accident, leur frère un souvenir. Si le duc l'avait dépouillé de son titre, il ne l'avait pas dépouillé de son sang.
Et avant que les roseaux de ses geôles ne respirent une autre aube, il aurait trouvé un moyen de le prouver.
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