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Le Serment du Clerc

Lire le chapitre 2: The Road to Compiègne

La pluie s'était arrêtée peu après l'aube, laissant la route de Soissons à Compiègne détrempée et creusée d'ornières. Claude avançait à pied derrière une charrette chargée de peaux tannées et de rames de parchemin, ses bottes s'enfonçant dans une boue qui semblait vouloir retenir chaque pas. Le marchand, un colosse bourguignon nommé Étienne, lui avait accordé une place dans son convoi sans poser de questions – un homme qui portait une écritoire en bandoulière et dont les mains n'avaient pas de cals ne pouvait être qu'un clerc, et les clercs ne s'expliquaient jamais.

Derrière eux, une dizaine d'autres marchands suivaient avec leurs charrettes, chargés de laine, de sel et de cire. La guerre vidait Compiègne de ses approvisionnements, mais l'appât du gain – comme toujours – rendait les hommes aveugles au danger. Claude avait graissé les roues de leur passe avec un mot de passe de Rolin, sachant que les Burgundiens contrôlaient les environs jusqu'aux portes de la ville.

Le convoi s'arrêta à hauteur d'une barrière de bois dressée au milieu de la chaussée. Une rangée de piques plantées dans la terre glaise bordait la route des deux côtés, forçant tout voyageur à passer sous l'œil des hommes d'armes qui jouaient aux dés près d'un feu de camp. Claude reconnut la livrée – les couleurs de Jean de Luxembourg, le capitaine qui tenait les routes autour de Compiègne pour le duc.

« Votre laissez-passer, dit un soldat en tendant la main, sans lever les yeux.

Étienne fouilla sa ceinture et tendit un parchemin graisseux. Claude fit de même, les yeux fixés sur le sceau de cire suspendu à son document – un sceau officiel de la chancellerie, préparé par Rolin lui-même, mais dont la pâte semblait légèrement trop claire sous la lumière grise du matin.

Le soldat le retourna, le renifla comme s'il pouvait en extraire la vérité, puis le tint à bout de bras contre le ciel nuageux. Son pouce s'attarda sur le sceau. Une esquille de cire se détacha – une fine fissure, invisible aux regards pressés, mais que l'homme semblait examiner comme un orfèvre examen une pierre précieuse.

« Ce sceau est frais, dit-il. Trop frais. Et cette écriture… – il plissa les yeux – l'encre n'a pas encore jauni. Vous savez combien de faux passeports nous avons arrêtés ce mois-ci ? Trois. Trois hommes pendus à cet arbre.

Il désigna un chêne solitaire dont une branche maîtresse ployait sous le poids d'une corde – sans corps, mais l'avertissement demeurait.

Claude sentit une sueur glacée courir le long de sa colonne, mais son visage demeura de marbre. Il avait appris à la chancellerie à ne jamais laisser une émotion fendre la surface. Sa main chercha dans sa bourse, tâtonna parmi les pièces – cuivre, argent, un peu d'or – et trouva un tournois d'argent à l'effigie de Philippe le Bon. Il le fit glisser entre ses doigts, dans un geste feint d'arranger sa ceinture, et poussa doucement le coude du soldat.

« La mémoire est courte, murmura-t-il, mais l'argent rafraîchit les souvenirs. Ainsi que la cire – quand elle est trop fraîche pour les yeux, elle est trop fraîche pour la route. Le parchemin vient de Dijon, mais la poussière de la route est celle de tout homme qui voyage. Soyez certain que je ne suis qu'un marchand en quête de clientèle.

Le soldat regarda la pièce, la soupesa, la laissa tomber dans sa paume. Il rendit le parchemin sans un mot et fit signe au convoi de passer. Claude remit son laissez-passer dans son manteau, les doigts encore tremblants, et évita le regard d'Étienne qui l'observait de côté avec une curiosité tranquille.

Ils avancèrent pendant une heure sur une route où l'herbe grasse bordait les fosses communes oubliées de la dernière campagne. Claude comptait les bornes – dix lieues, puis sept. Le convoi ralentit à l'approche d'un tertre où un cavalier isolé, un écuyer au blason effacé, lui adressa un signe d'avertissement.

« Vous êtes bien pressé d'entrer dans Compiègne, dit-il en arrêtant son cheval près de la charrette d'Étienne. Le duc aurait pu vous dire que la ville vous fermera ses portes au visage.

Étienne haussa les épaules. « Les négociants n'écoutent ni les ducs ni les taverniers. Je vends du cuir, il vend du parchemin. La ville aura besoin de quoi écrire leurs péchés.

Le cavalier frappa le pommeau de sa selle. « Ils n'ont pas besoin d'écrire, ils ont le feu et la foi. La ville a fermé ses portes aux Bourguignons depuis l'été. Depuis que Jeanne fut livrée, ils ont juré de se déchirer avant de se rendre aux Anglais – et à vous qui mangez à leur table.

Claude leva les yeux au-delà du cavalier. Et là, surgie des brumes qui s'élevaient de la rivière Oise, Compiègne dressa ses murailles comme une mâchoire refermée sur le ciel. Les tours, carrées et massives, gardaient la ville telle une herse de pierre. Les bannières qui flottaient au-dessus des créneaux n'étaient pas celles de Bourgogne. Elles mêlaient le lys de France à une croix blanche inconnue – celle d'un réseau qui avait juré de tenir coûte que coûte.

Claude s'attendait à une ville affaiblit. Il voyait une forteresse qui avait décidé de mourir debout. Et quelque part derrière ces murs, un réseau d'espions que nul n'avait pu démasquer – pas même les agents du chancelier.

Le cavalier se pencha vers Claude, baissant la voix comme s'il partageait un secret d'État. « Méfiez-vous surtout du tisserand du quartier de la halte aux draps. Jacques Vautier. Il tisse plus de fils qu'il n'en montre. Et certains fils mènent à des hommes qui n'ont jamais tenu une quenouille.

Il éperonna son cheval et disparut dans les brumes, laissant Claude avec un nom dans la tête et un sceau fissuré dans son manteau. Il toucha la bague à la colombe que Marguerite lui avait donnée – le métal avait gardé la chaleur de sa peau, comme s'il savait déjà où elle le mènerait.

Les murailles de Compiègne semblaient se rapprocher à chaque pas, et Claude comprenait soudain que son laissez-passer ne lui ouvrirait que le chemin jusqu'aux portes. Ce qui l'attendait derrière ces remparts porterait la marque d'une guerre plus secrète – une Guerre dont les armes étaient des noms, des serments et des trahisons. Et il portait à son doigt un signe qu'il ne comprenait pas, venant de la sœur qui aurait dû être au couvent, mais qui connaissait les portes que l'argent – et la foi – ne pouvaient pas ouvrir.