Le Serment du Clerc
Lire le chapitre 23: The Monk's Confession
Le moine n’avait pas refermé la porte de la sacristie que Claude était déjà sur ses talons. Il attrapa le bras du vieil homme, le forçant à se retourner. La lampe à huile vacilla, découpant des ombres mouvantes sur les murs de pierre nue.
— Vous allez me dire qui vous êtes, gronda Claude à voix basse. Et qui est cette nonne.
Le moine, un homme frêle aux yeux clairs et aux mains tachées d’encre, ne chercha pas à se dégager. Il soupira, comme s’il avait attendu ce moment depuis des heures.
— Je ne suis qu’un scriptorium. Je copie des lettres. Je les fais passer. C’est tout ce que je sais.
— Vous mentez. Vous connaissez le nom de ceux à qui vous écrivez.
— Je connais des pseudonymes. Des routes. Des signes. Pas des noms.
Claude resserra sa prise. La douleur fit grimacer le moine.
— Vous avez dit « sœur Marguerite ». Parlez-moi d’elle.
Le moine plissa les yeux. Quelque chose passa sur son visage — un calcul rapide, la pesée d’un risque.
— Je ne l’ai jamais vue. Pas son visage.
— Alors comment savez-vous qu’elle est religieuse ?
— Parce qu’elle me l’a dit. Et parce qu’elle portait l’habit.
Claude le lâcha, mais resta planté entre le moine et la porte.
— Décrivez-la.
Le moine se massa le bras en réfléchissant.
— Moyenne taille. Plus petite que vous. Des mains fines — des mains de copiste, pas de femme des champs. Un teint pâle. Et une voix — une voix grave, inhabituelle pour une femme. Elle ne portait pas le voile. Elle disait que le voile l’étouffait.
Le cœur de Claude se serra. Marguerite avait toujours détesté le voile. Quand elles étaient petites, il la taquinait en disant qu’elle avait un visage de garçon pour une sœur de charité.
— Ses yeux, dit Claude, sa voix devenant rauque. De quelle couleur ?
— Bleus. D’un bleu si clair qu’on aurait dit de l’eau de fonte au printemps.
Claude sentit le sol vaciller sous ses pieds. Il s’appuya contre le mur de la sacristie.
— Où est-elle maintenant ?
— Je ne sais pas. Elle ne me l’a jamais dit. Mais…
Le moine hésita. Il regarda la porte, puis Claude, comme s’il mesurait deux dangers.
— Vous êtes le frère. Le soldat. Celui qu’elle attendait.
— Comment savez-vous cela ?
— Parce qu’elle parlait de vous. Pas de nom — elle disait « mon frère » — mais dans ses lettres… on ne parle pas d’un frère disparu pendant des mois sans donner à ses correspondants des raisons de le reconnaître.
Claude se raidit. Ravalé son orgueil.
— Que disait-elle de moi ?
— Qu’elle devait vous trouver avant vous. Qu’elle faisait ce qu’elle faisait pour vous protéger. Et qu’elle regrettait… — le moine consulta sa mémoire, cherchant les mots exacts — … qu’elle regrettait de n’avoir pas su choisir plus tôt entre la laine et la lame.
Claude resta immobile. La laine et la lame. La maison et la meurtrière. Marguerite n’avait jamais été du genre aux robes fines et aux broderies — mais il ne l’avait jamais imaginée capable de cela : diriger un réseau d’espions, trahir le duc de Bourgogne, faire marcher une armée française sur Compiègne.
— Elle est à Compiègne ? demanda Claude.
— Je l’ai cru. Mais j’ai reçu une lettre, il y a dix jours. Venant de Reims.
— De la Veuve ? demanda Claude, utilisant le nom qu’il avait entendu dans la cour.
Le moine parut surpris.
— La Veuve. Oui. C’est le nom qu’elle utilise parfois. Mais le sceau… c’est celui de la Veuve. Et le contenu parlait de Compiègne.
— Le but de l’araignée est à Reims, dit Claude. C’est ce qu’on m’a dit.
Le moine le dévisagea un long moment. Puis, sans un mot, il se dirigea vers un petit coffre dans le coin de la sacristie. Il en sortit une bourse de cuir usée et la tendit à Claude.
— Tenez.
Claude l’ouvrit. À l’intérieur, une pièce d’argent — pas une monnaie bourguignonne ni française, mais une pièce ancienne, frappée d’un côté d’une croix aux branches déformées en toile d’araignée, et de l’autre d’une simple main ouverte.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Une marque. La Veuve la distribue à ses agents pour qu’ils se reconnaissent. Quiconque vous la montre est des leurs. Quiconque la voit — et sait ce qu’elle signifie — est des leurs. Elle choisit soigneusement qui la reçoit.
Claude retourna la pièce entre ses doigts. Le métal était frais, bien frappé. Ce n’était pas une antiquité — c’était une fabrication récente, remise à des mains récentes.
— Pourquoi me la donnez-vous, à moi, qui ne travaille pas pour elle ?
Le moine s’approcha. Son regard s’était affermi.
— Parce que Marguerite m’a demandé de la donner à celui qui viendrait la chercher. Elle a dit : « Si mon frère vient, donnez-lui le signe. S’il ne vient pas, jetez-la dans la rivière. »
Un silence. Claude serra la pièce dans son poing.
— Vous avez servi ma sœur pendant des mois, dit-il. Vous l’avez aidée à trahir mon duc. Et vous voulez maintenant que je vous fasse confiance.
— Je n’ai pas servi votre sœur, dit le moine. J’ai servi la cause. Mais je n’ai appris que tard qui elle était vraiment, et ce qu’elle essayait de faire.
— Et qu’essayait-elle de faire ?
Le moine hésita. Pour la première fois, son assurance sembla vaciller.
— Vous devriez lui demander vous-même. Elle sera à Reims. À la porte de Vesle, comme le dit la rumeur. Si vous voulez la trouver, utilisez la pièce. Avant que quelqu’un d’autre ne la trouve avant vous.
— Qui d’autre ?
Le moine ne répondit pas. Il fit un pas en arrière, vers la porte de derrière de la sacristie.
— Ce n’est pas seulement l’armée française qui cherche la Veuve, dit-il. Il y a d’autres hommes. Des hommes en noir. Des hommes qui ne portent ni l’écharpe du Dauphin ni la croix de Philippe — mais qui travaillent pour quelqu’un que vous ne connaissez pas encore. Marguerite a cru qu’elle les menait. Elle se trompe.
Claude tendit la main pour le retenir.
— Comment savez-vous tout cela ?
Mais le moine avait déjà ouvert la porte. Il sortit dans la nuit, et le vent saisit son habit, le faisant flotter comme une aile noire. Il se retourna une dernière fois.
— Parce que je fais partie du réseau, dit-il. Et parce que, comme votre sœur, je me suis trompé sur ceux qui nous dirigent. Si vous voulez sauver Marguerite, vous devez trouver qui se cache derrière la Veuve. Elle n’est que la main.
— Et qui est le bras ?
La voix du moine vint, portée par le vent, presque avalée par l’obscurité.
— Il s’appelle l’Architecte. Et il vous attend à Reims, frère Claude. Non pas pour vous arrêter. Pour vous utiliser.
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