Le Serment du Clerc
Lire le chapitre 25: The Conspirator's Trap
La porte de Troyes se referma derrière lui avec un bruit de ferraille qui lui glaça le sang. Claude pressa le pas, le message scellé contre sa poitrine, ses yeux balayant les ruelles étroites. La ville sentait le fumier et le vin renversé, comme toutes les places fortes champenoises, mais quelque chose clochait.
Les aubergistes ne le regardaient pas. Les mendiants détournaient le visage.
Il atteignit la maison indiquée par le moine — une bâtisse de pierre grise aux volets clos, adossée à l'enceinte. Trois coups. Un silence. Puis la porte s'ouvrit sur un visage creusé de rides, des yeux couleur d'ardoise qui le dévisagèrent sans ciller.
« Vous apportez le message de Reims ? »
— Oui. Pour le Conspirateur.
— Le Conspirateur vous attend. Entrez.
Il franchit le seuil. Derrière lui, la porte claqua avec la finalité d'un couvercle de cercueil.
La pièce sentait la cire et le parchemin rance. Des cartes couvraient les murs, marquées de cercles rouges et de croix noires. Au centre, un homme assis dans un fauteuil de chêne, les mains croisées sur un ventre rebondi, un sourire mince étirant ses lèvres.
« Claude D'Argent, dit-il sans préambule. Fils de feu le notaire D'Argent de Dijon. Frère de la Pin. Nous espérions que vous viendriez en personne. »
Le sang de Claude se figea. Sa main glissa instinctivement vers la dague à sa ceinture — mais deux soldats surgirent des coins obscurs, arbalètes armées, pointées sur sa poitrine.
« Vous êtes le Conspirateur ? » demanda-t-il, la voix plus ferme qu'il ne s'y attendait.
— Le Conspirateur est un nom, rien de plus. Un leurre. Comme la Veuve. Comme la Pin. Le vrai pouvoir se tient hors de portée de gens comme vous.
L'homme se leva, contourna son bureau, s'arrêta à trois pas de Claude. Il sentait l'encens et le cuir.
« Votre sœur pensait que vous resteriez en Bourgogne. Elle s'est trompée. Nous rectifions l'erreur. »
Claude crispa les poings. Marguerite. Ils parlaient d'elle comme d'un pion mal placé sur un échiquier.
« Où est-elle ? »
— Elle est là où on la garde. Loin d'ici. Et vous allez la rejoindre, dans une cellule moins confortable que la sienne.
L'homme fit un signe. Les arbalètes se levèrent. Claude n'avait aucune chance de les dépasser — mais il avait une chance ailleurs.
Il laissa tomber le message à terre.
« Si vous êtes le vrai pouvoir, dit-il en forçant un rictus méprisant, pourquoi auriez-vous besoin d'un agent de Reims pour vous porter un mot que vos propres hommes pouvaient transporter ? »
L'éclat de l'outsider dans les yeux du gros homme lui donna raison : il ne savait pas tout. Le réseau était fragmenté. Le Conspirateur n'était qu'un rouage, lui aussi.
« Emmenez-le à la fosse, ordonna l'homme à ses soldats. Nous verrons s'il chante aussi bien qu'il résonne. »
Ils le saisirent par les bras, le traînèrent dans un escalier en colimaçon qui sentait l'humus et le moisi. Les marches descendaient, descendaient, et chaque pas qu'il faisait vers le bas lui rappelait combien il avait grimpé depuis Dijon — pour finir ici, dans une fosse de Troyes, prisonnier des hommes qui tenaient sa sœur.
La cellule mesurait trois pas de large. De la paille moisie couvrait le sol, des chaînes pendaient au mur, un seau renversé servait de latrines. L'un des soldats le poussa à l'intérieur, la porte claqua, un verrou gronda.
Claude resta debout au centre de la fosse, respirant par à-coups. Ses yeux s'accoutumèrent à l'obscurité. Le soupirail grillagé qui perçait le plafond bas laissait filtrer un rai de lumière blafarde.
Sa botte gauche. Le couteau y était cousu, lame fine, lame plate, invisible à la fouille superficielle. Les soldats l'avaient palpé à la taille, aux poignets, à la cheville droite — pas à la cambrure du pied gauche.
Il s'accroupit, tira la lame, la fit tourner entre ses doigts. Cinquante-cinq écus pour des habits de mercenaire et un couteau de cordonnier dissimulé dans une doublure. Le père aurait souri de ce calcul filial.
Des pas dans le corridor. Deux hommes. Des voix étouffées.
« — le Bourguignon est de la maison D'Argent, disait l'un. Le maître ne veut pas qu'on le tue avant qu'il parle. »
— Il parlera. Un jour de soif et il parlera.
— Et la femme ? Celle du couvent de Compiègne ?
— Elle reste où elle est. Ordre du maître. On ne déplace pas la Pin tant que le Bourguignon n'a pas mordu.
Claude ferma les yeux. Compiègne. Marguerite était à Compiègne, prisonnière ou en liberté surveillée, mais ils parlaient d'elle comme d'un pion qu'on ne déplace pas — un pion qu'on garde. Elle n'était pas une traîtresse libre. Elle était prise.
La colère chauffa sa poitrine. Il compta les respirations.
Les voix s'éloignèrent. Le corridor retomba dans le silence.
Claude s'approcha de la porte, colla l'oreille au bois. Un grincement de tabouret. Un garde, seul, qui bougeait de temps en temps. Pas les deux du couloir — un posté devant sa porte, deux qui étaient venus s'entretenir.
Il attendit. Une heure. Deux peut-être — ici, nulle cloche pour rythmer le temps.
Le garde soupira. Il y eut un raclement de paille. L'homme s'asseyait, fatigué, confiant qu'un prisonnier enchaîné ne pouvait s'enfuir.
Il n'était plus enchaîné. Le couteau avait lame, mais aussi une tige effilée pour ouvrir les cadenas simples. Les armuriers de Dijon enseignaient cela aux agents : les bonnes serrures se trouvent sur les coffres, pas sur les cellules.
Le verrou céda avec un cliquetis sec.
Claude poussa la porte d'une main. Dans la lueur d'une lanterne suspendue au mur du corridor, le garde se retourna, la bouche ouverte — juste un homme, un Français, des yeux fatigués sous un heaume mal ajusté. Claude lui planta la lame dans la gorge sans chercher plus élégant. Il n'avait pas le luxe du théâtre.
Le corps s'effondra avec un chuintement. Le sang tacha la paille.
Claude s'agenouilla, dégrafa le surcot du garde, tira la bourse à sa ceinture — huit sous d'argent, une clé, une carte de garnison froissée. Il enfila le surcot par-dessus ses habits de mercenaire, prit la lanterne, monta l'escalier en colimaçon sans se presser.
En haut, la maison du Conspirateur paraissait vide. Les cartes étaient toujours sur les murs, mais un feu mourant rougeoyait dans l'âtre. Un mot manuscrit traînait sur le bureau.
Claude s'en saisit. Trois lignes. Une écriture fine, penchée, qu'il n'avait jamais vue.
« Le Bourguignon est signalé depuis son départ de Dijon. Nous savons qu'il porte la lettre de Reims. Que faire de lui quand il arrivera ? »
En dessous, une réponse griffée :
« Qu'il arrive. La fosse de Troyes est profonde. Il n'en sortira que mort ou converti. »
La Mère Lyonnaise avait prévenu avant même son départ de Reims. Ils l'attendaient. Le piège était posé pour n'importe quel agent bourguignon — et ils avaient espéré que ce serait lui.
Claude froissa le papier, le jeta dans le feu.
Derrière la maison, la ruelle qui menait à la porte de Champagne était déserte. Les guetteurs sur les remparts tournaient le dos. Il n'avait que la nuit et la clé du garde mort.
Mais il avait autre chose : le nom. La Pin était à Compiègne, dans un couvent. Et le Conspirateur — ce gros homme de Troyes — ne savait pas qui dirigeait réellement le réseau.
Tout le monde le manipulait. Tout le monde croyait la tenir.
Claude remonta son capuchon, traversa la cour à pas feutrés, et arracha une planche du volet arrière pour filer dans la nuit de Troyes.
Il ne retournerait pas à Dijon. Il irait à Compiègne. Quoi qu'il trouve là-bas.
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