Le Serment du Clerc
Lire le chapitre 26: Web of Lies
La clé tourna dans la serrure avec un grincement qui résonna comme un coup de tonnerre dans le silence du cachot. Claude poussa la porte, s'attendant à trouver un mur de pierre, une impasse—au lieu de cela, une pièce s'ouvrit devant lui, étroite et basse de plafond, éclairée par une chandelle qui brûlait encore sur une table de chêne.
Il s'immobilisa sur le seuil. Quelqu'un était venu ici récemment.
Des étagères de bois brut couvraient les murs, chargées de rouleaux de parchemin et de liasses de lettres ficelées. Une écritoire de secrétaire, un tabouret renversé, et au centre, une carte de la Champagne dépliée, marquée de cercles à l'encre rouge. Claude reconnut les cercles : Reims, Compiègne, Troyes. Les trois nœuds du réseau.
Il s'approcha de la table. La chandelle grésillait, presque consumée. Parmi les papiers épars, son regard tomba sur un dossier dont la couverture portait un nom en lettres serrées : *Marguerite, dite l'Épingle*.
Sa main hésita. Puis il l'ouvrit.
La première page était un rapport de renseignement, daté de l'automne précédent. Le style était précis, froid, celui d'un officier formé à l'écriture administrative anglaise. Le texte décrivait les mouvements de troupes bourguignonnes autour de Saint-Denis, et en marge, une note manuscrite : *Source fiable. Double emploi confirmé depuis avril.*
Claude relut la ligne trois fois avant que le sens ne s'imprime.
*Double emploi.* Double agent.
Il tourna la page. Une seconde lettre, scellée du sceau de Salisbury, le commandant anglais en Normandie. Le texte était court, reconnaissant les services de *l'Épingle* et lui versant une somme pour avoir livré les positions des avant-postes bourguignons autour de Reims. Les avant-postes qu'une embuscade avait détruits le mois dernier. L'embuscade dont les survivants parlaient de trahison.
Claude s'assit lourdement sur le tabouret, la lettre tremblant entre ses doigts. Marguerite. Sa sœur. La nonne qui priait pour les âmes des morts, la fille qui avait pleuré sur le corps de leur mère. *Double emploi.* Elle servait les Anglais. Elle avait toujours servi les Anglais.
Mais alors, pourquoi était-elle prisonnière au couvent de Compiègne ? Une femme qui servait les Anglais serait protégée, pas emprisonnée. À moins que—il serra la lettre jusqu'à ce que le parchemin se plisse—à moins que ce dossier lui-même ne soit une fabrication.
La pièce lui sembla soudain plus froide. Il reposa la lettre et parcourut des yeux les étagères. Des dizaines de dossiers, chacun avec un nom. Il en tira un au hasard : *Henri de Valois, marchand de vin.* Le rapport affirmait qu'il livrait des messages codés aux Armagnacs entre Orléans et Chartres. Claude connaissait ce nom—son propre père lui avait parlé d'Henri, un ami de jeunesse, un loyaliste bourguignon mort en défendant Dijon contre une attaque française.
Le rapport datait de 1427. Henri était mort en 1424.
Claude remit le dossier en place, son esprit tournoyant. Il ouvrit un autre dossier, puis un autre. Chacun portait la marque d'un travail méticuleux, mais les dates ne concordaient pas, les lieux étaient incohérents, les accusations trop commodes. C'était comme si quelqu'un avait tissé une toile immense, où chaque fil accusait un innocent.
Ses doigts s'arrêtèrent sur un dossier plus épais, à la reliure usée. Le nom était gravé au fer, presque effacé par le temps : *D'Argent, Thibault.*
Son père.
Claude tira le dossier et l'ouvrit. À l'intérieur, une lettre unique, pliée en quatre, le papier jauni. Il la déplia avec précaution. L'écriture était la sienne—non, elle imitait la sienne. La main de son père, cette écriture penchée qu'il connaissait depuis l'enfance. Mais les mots...
*Je soussigné, Thibault D'Argent, déclare avoir livré aux capitaines anglais les plans des fortifications de Dijon en échange d'une somme de deux cents écus, en l'an de grâce 1419.*
Claude laissa échapper un rire sec, amer. 1419. Son père était à Dijon en 1419—oui, il y était, il y servait comme greffier municipal. Mais son père avait été blessé à la jambe en août de cette année-là, tombé d'une échelle pendant l'inspection des remparts, et avait passé l'hiver alité. Il ne pouvait pas avoir livré des plans qu'il n'avait jamais vus.
La signature était imitée, la date fausse, l'accusation absurde.
Mais c'était fait avec soin. Assez de soin pour détruire une réputation si le dossier tombait entre de mauvaises mains. Assez de soin pour anéantir une famille.
Claude regarda le dossier de Marguerite, puis celui de son père, puis la carte de la Champagne marquée de cercles rouges. La pièce entière n'était qu'une fabrique de mensonges.
Sa sœur n'était pas une espionne anglaise. Elle était peut-être prisonnière, peut-être manipulée, peut-être tout à la fois. Son père n'était pas un traître. Et lui-même—Claude D'Argent, le clerc loyal, le novice espion—il avait couru depuis Dijon en croyant poursuivre un secret, et il n'avait trouvé qu'une chambre pleine de mensonges.
Chaque personne qu'il avait rencontrée depuis son départ portait un masque. Le moine qui l'avait protégé et trahi, le Mère Lyonnaise qui l'avait dénoncé, le Conspirateur qui prétendait connaître la vérité et n'en savait rien. Et au-dessus de tous, une silhouette qu'il n'avait jamais vue, qui tirait les fils d'un réseau où même les trahisons étaient falsifiées.
Et si *tout* était faux ? Et si les dossiers anglais étaient aussi fabriqués que la lettre de son père ? Et si le réseau entier n'était qu'une construction destinée à—
La chandelle s'éteignit. L'obscurité tomba sur la pièce comme un voile.
Il resta assis dans le noir, les deux dossiers serrés contre sa poitrine, la lettre froide de son père dans sa main. Quelque part au-dessus de lui, la ville de Troyes dormait, ignorant le venin qui coulait dans ses fondations.
Il n'y avait pas de vérité ici. Il n'y avait que des fils, et des marionnettes qui croyaient danser.
Sa sœur—peut-être innocente, peut-être coupable—était attachée à un de ces fils. Son père mort depuis la peste avait été accusé par un autre. Et lui, Claude, il avait couru, tué, fait confiance et trahi en croyant suivre une piste.
Il ferma les yeux dans le noir.
Le réseau n'était pas une conspiration.
C'était une toile de mensonges, tissée pour que chacun dansât sans jamais toucher le sol.
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