Le Serment du Clerc
Lire le chapitre 27: The Breaking Point
La pluie avait cessé, mais les rues de Troyes restaient gluantes, comme si la ville elle-même suait la trahison. Claude marchait sans but, les jambes lourdes, les dossiers froissés contre sa poitrine sous la tunique volée. Les empreintes des doigts des morts s'y mêlaient aux siennes. Il avait tué deux hommes en deux jours. Pour quoi ? Pour un labyrinthe de mensonges qui n'avait jamais eu de centre.
Il tourna dans une ruelle étroite, puis une autre. Les enseignes des auberges brillaient d'une lueur jaune, mais il n'avait ni argent ni envie d'être vu. Le col de sa chemise était trempé de sueur malgré le froid. Chaque ombre le faisait sursauter. Ce n'était pas la peur d'être poursuivi — c'était la peur de ce qu'il découvrirait s'il s'arrêtait de courir.
Un vieil homme était assis contre un mur de pierre, une jambe de bois étendue devant lui, une écuelle vide posée sur le pavé. Il leva la tête au passage de Claude et cligna des yeux, comme s'il regardait le soleil.
« Vous êtes de chez nous, vous. »
Claude s'immobilisa. « Pardon ? »
« La coupe de votre manteau. Les épaules. On ne s'habille pas comme ça à Troyes. » Le mendiant cracha par terre. « Bourguignon. Et pas un simple soldat. Un homme de lettres, peut-être. Vous dégagez une drôle d'odeur — l'encre. Toujours l'encre. »
Claude posa la main sur la garde de son couteau, caché sous le pourpoint. « Vous vous trompez. Je cherche juste un endroit pour dormir. »
« Dans cette ville ? Après tout ce qui s'est passé ce soir — oh, ne faites pas l'étonné. On entend des choses quand on n'a plus de dignité. Des choses que les gens chuchotent devant les pauvres comme s'ils étaient des meubles. » Il frappa sa jambe de bois. « Et j'entends bien, moi. »
Le vieil homme le dévisagea encore, plus longuement, puis son visage fripé se plissa d'une expression que Claude ne sut nommer. Reconnaissance ? Doute ?
« Votre nom. Dites-le-moi. »
« Pourquoi ? »
« Parce que vous ressemblez à un homme que j'ai servi. Et si c'est le cas, vous me devez un repas. »
Claude aurait dû partir. C'était exactement le genre de piège que le réseau tendait. Une âme charitable qui se révélait être un poignard. Mais il était trop épuisé pour la méfiance, et le visage du vieux soldat avait quelque chose — un pli au coin des yeux, une manière de tenir sa tête penchée — qui évoquait confusément son père.
« Claude. »
Le mendiant hocha lentement la tête, comme si ce nom confirmait une chose qu'il savait déjà.
« Claude D'Argent. Oui. J'ai reconnu la mâchoire. Le vieux Thibault l'avait pareille — carrée, têtue, comme si elle refusait de céder à la raison. » Il se mit à rire, un son rauque et triste. « Suivez-moi. J'ai un recoin où on ne vous trouvera pas. »
Il se leva avec une lenteur pénible, s'appuyant sur un bâton qu'il tenait caché derrière lui, et clopina vers une impasse latérale. Claude hésita trois battements de cœur, puis le suivit. Peut-être que c'était de la folie. Peut-être que c'était tout ce qu'il lui restait.
Le recoin en question était une cave à demi effondrée sous un grenier à foin abandonné, accessible par un escalier de pierre glissant. Le vieil homme alluma une chandelle de suif qu'il gardait dans une poche de sa besace, révélant un espace exigu mais sec, avec une paillasse et un morceau de pain rassis posé sur une pierre.
« Asseyez-vous, dit-il. Vous avez l'air d'un homme qui vient de voir des fantômes. »
Claude s'assit, ou plutôt s'effondra sur la paillasse. Le vieux soldat s'installa en face de lui, les jambes croisées, son moignon étendu devant lui.
« Je m'appelle Étienne. J'ai porté le bouclier de votre père à Azincourt. » Il vit le regard de Claude et leva une main. « Pas pour me vanter. À Azincourt, on ne se vantait pas. On survivait, et on remerciait Dieu pour ceux qui ne tombaient pas. Thibault a payé ma rançon quand les Anglais m'ont pris. Et quand j'ai perdu ma jambe sur les murs de Rouen, il m'a donné assez pour vivre. Pas pour vivre bien, mais pour vivre. »
Claude ne trouva rien à dire. Son père n'avait jamais parlé d'un soldat nommé Étienne. Mais son père avait été un homme de devoir, économe de confidences.
« Alors vous n'êtes pas ici par hasard, continua Étienne. Pas plus que moi. » Il se pencha en avant, sa voix baissant d'un ton. « J'ai entendu dire que vous cherchiez votre sœur. »
Claude tressaillit. « Comment pourriez-vous — »
« Les mendiants sont les espions les plus efficaces du royaume, fils d'Argent. Personne ne nous regarde. Personne ne nous écoute. Mais on entend tout. » Il marqua une pause. « Votre sœur Marguerite. Oui. On parlait d'elle à Reims. Une nonne, une sainte, une rebelle — les histoires couraient. Mais j'ai vu des choses, moi. Des choses qui ne collent pas. »
Le cœur de Claude battait trop fort dans sa poitrine. Il avait traversé trop, tué trop, pour entendre des demi-vérités. « Parlez clair. »
Étienne soupira et passa une main dans sa barbe grise. « Votre sœur n'a jamais été nonne, mon garçon. Cette histoire de voile et de cloître — c'est une couverture. Une protection. »
« Une protection contre quoi ? »
Le vieux soldat le regarda avec une pitié douloureuse. « Contre les hommes qui ont tué votre père. »
Le silence qui suivit fut si total que Claude entendit son propre pouls.
« Quoi ? »
« Thibault D'Argent n'est pas mort de maladie, comme on vous l'a dit. Il a été tué. Empoisonné, très probablement — rien de visible, rien de violent, juste une langueur qui s'est installée et n'est jamais partie. Les médecins de Dijon ont parlé de flux bilieux. Mais votre mère savait. » Étienne s'arrêta, choisissant ses mots comme on choisit des pierres dans une rivière. « Elle savait. C'est elle qui a envoyé Marguerite en France, pas au couvent. Pas pour prier. Pour enquêter. Pour trouver celui qui avait commandé le poison. »
Claude se leva d'un bond. La paillasse cria. Les murs de la cave semblèrent se refermer sur lui. « Vous mentez. Vous mentez, vieil homme — ma mère est morte avant tous les deux. Elle n'avait ni forces ni raisons d'envoyer qui que ce soit nulle part. »
Étienne ne cilla pas. « Votre mère est morte, c'est vrai. Mais pas avant d'avoir écrit une lettre à une amie de Reims. Et cette amie a trouvé Marguerite. C'est comme ça que les choses se sont mises en mouvement. »
Claude tournait dans la cave exiguë comme une bête prise au piège. Ce n'était pas possible. Tout ce en quoi il avait cru — sa mission, sa loyauté à la cour, la trahison de Marguerite, la grande conspiration — commençait à se fissurer comme une glace de rivière au printemps.
« Si ma sœur cherchait la vérité, pourquoi ces dossiers ? Pourquoi les archives falsifiées ? Pourquoi les noms et les réseaux et les titres — la Veuve, l'Architecte, le Conspirateur ? »
Étienne haussa les épaules. « Je ne connais pas tous ces noms. Je ne suis qu'un vieux soldat avec une jambe en moins et trop de temps pour réfléchir. Mais je connais les hommes du pouvoir. Leur puissance repose sur la confusion. Des gens qui se cherchent, des gens qui se soupçonnent, des familles déchirées — c'est le terreau où ils sèment leurs mensonges. Votre sœur est allée creuser trop profond. Quelqu'un l'a fait taire. »
« Elle est prisonnière à Compiègne, dans un couvent. »
« Je sais. » La voix d'Étienne était douce, presque tendre. « Et c'est un piège, mon garçon. Ils veulent que vous veniez. Ils comptent dessus. »
Claude cessa de marcher. Il resta au centre de la cave, le souffle court, les mains tremblantes. Quelque chose s'était brisé en lui, et il sentait enfin sa forme réelle. Il n'avait pas poursuivi une conspiration. Il avait poursuivi son propre reflet dans un miroir fracturé — chaque morceau lui montrant une vérité différente, aucune ne s'emboîtant avec les autres.
« Ces dossiers, dit-il lentement, retirant les papiers froissés de sa tunique. Ils accusent Marguerite d'être une espionne anglaise. Ils accusent mon père de haute trahison. »
Étienne prit les documents d'une main calme, les feuilleta à la lumière chancelante de la chandelle. Son visage ne montrait aucune surprise — seulement une tristesse ancienne.
« C'est ce que les puissants font, fils. Quand ils ne peuvent pas vaincre la vérité, ils la recouvrent de couches de mensonges jusqu'à ce que personne ne sache plus ce qui a jamais été vrai. » Il rendit les papiers à Claude. « Brûlez-les. Ou gardez-les. Mais ne les croyez pas. »
Claude se rassit, lentement, comme un homme qui apprend soudain à porter son propre poids.
« Et si ma sœur n'est pas une traîtresse... alors qui suis-je ? » demanda-t-il à voix basse, presque à lui-même.
Étienne sourit, un sourire édenté et compatissant.
<STATE>>> summary: Claude wanders defeated through Troyes, where a beggar recognizes him as a Burgundian and shelters him. The beggar, Étienne, reveals he served Claude's father and tells him Marguerite was never a nun — she was sent by his mother to uncover the truth of Thibault's assassination, shattering Claude's belief in the conspiracy he has been chasing. threads: - Claude now knows his sister was investigating their father's murder, not leading a rebel network - Étienne suggests the entire architecture of the network (Veuve, Architect, Conspirator) may be smoke and mirrors designed to divide and confuse - Marguerite's imprisonment at Compiègne is revealed to be likely a trap laid specifically to lure Claude - Claude holds documents establishing Thibault's innocence and Marguerite's innocence, giving him proof of the network's fabrication - The question of who actually killed Thibault goes unanswered - Since Marguerite is not a traitor, Claude's mission for Burgundy is now undermined — he must decide whether to return to Rolin with what he knows or pursue Compiègne alone - The Mother's letter to a Reims friend may be traceable, potentially revealing more of the network's origins and falsehoods</parameter>
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