Le Serment du Clerc
Lire le chapitre 29: The Rope's Edge
La pluie s'était arrêtée, mais le chemin restait boueux sous les sabots des chevaux. Claude chevauchait en tête de la petite troupe que Rolin lui avait confiée — vingt hommes, des vétérans de la milice de Dijon, discrets et loyaux. Ils avaient pris position à la lisière du bois, là où la route de Château-Thierry se resserrait entre deux talus. Le renseignement était formel : le comte de Richemont voyageait avec une escorte réduite, pressé de rejoindre Compiègne avant la nuit.
Claude passa les rênes à un soldat et s'accroupit derrière un buisson d'aubépine. Il compta les lanternes qui approchaient dans le crépuscule. Une. Deux. Trois. Plus une quatrième, plus large, sans doute celle du carrosse du comte.
« Il n'a que douze hommes, murmura le sergent Vaux à son oreille. Nous les surprendrons avant qu'ils ne puissent se former. »
Vaux. Étienne Vaux était mort dans le donjon de Troyes, mais son frère avait pris sa place dans la milice, et Claude portait son deuil comme une épine sous l'armure. Il hocha la tête, resserra la lanière de son heaume, et tira son épée.
« Attendez mon signal », dit-il.
Le convoi s'engagea dans le passage. Claude compta les respirations. Les roues du carrosse crissèrent sur un caillou. Un cavalier d'escorte éclata de rire à une plaisanterie — l'insouciance de ceux qui ne savent pas qu'ils chevauchent vers un piège.
Claude leva le bras.
« À moi ! » hurla-t-il, et le bois s'emplit du fracas des charges.
Vingt hommes dévalèrent la pente en hurlant. Les arbalètes claquèrent d'abord, fauchant deux cavaliers de l'escorte. Les chevaux se cabrèrent, les cris se mêlèrent. Claude fonça vers le carrosse, parant un coup de lance qui glissa sur son écu, puis il sauta de sa monture en plein galop, roula dans la boue et se releva devant la portière.
Un garde du corps sortit de l'ombre du véhicule, épée haute. Claude esquiva, riposta, sentit le choc des lames remonter jusqu'à son épaule. Le garde était bon, mais il était seul. Claude pivota, feinta la tête, trancha les jambes. L'homme s'effondra dans un cri.
Il ouvrit la portière d'un geste sec. Le comte de Richemont était recroquevillé au fond du carrosse, un pistolet d'arçon à la main, le canon tremblant.
« Ne faites pas un geste, dit Claude. Vous êtes mon prisonnier au nom du duc de Bourgogne. »
Richemont le regarda, les yeux blancs de rage et de peur. Il lâcha le pistolet.
C'est alors que la voix s'éleva dans la mêlée. Une voix qu'il aurait reconnue entre mille. Une voix de femme, rauque et brisée, qui criait :
« Traître ! »
Claude se tourna. À vingt pas, dans le chaos des soldats qui combattaient, une silhouette mince se frayait un chemin vers lui, épée au clair. Les cheveux sombres échappés d'un capuchon. Le visage pâle, livide, tordu par une fureur qu'il ne comprenait pas.
Marguerite.
Elle portait une cotte de mailles sous un tabard français. Elle était parmi les soldats du comte. Elle se battait pour eux.
Elle croisa son regard et ses yeux s'élargirent — non pas de surprise, mais de reconnaissance. Et de haine.
« Tu as choisi ton camp, Claude d'Argent », jeta-t-elle en reculant vers les arbres. « Tu as choisi les bourreaux de notre père. »
Un soldat français surgit derrière elle et lui tendit un cheval déjà sellé. Marguerite s'y hissa sans détourner les yeux. Elle tenait son épée pointée vers lui, comme pour sceller un serment.
« Je te retrouverai, dit-elle. Et quand je te retrouverai, je te ferai payer. »
Claude fit un pas vers elle. Deux. Il sentit le poids de son choix dans chaque fibre de ses jambes. Il pouvait courir. Saisir la bride du cheval. La tirer du haut de sa selle et la ramener de force à Dijon, aux fers s'il le fallait, pour la sauver d'elle-même.
Mais derrière lui, Richemont bougeait.
Le comte glissait la main vers le pistolet abandonné.
Claude n'eut pas le temps de penser. Il pivota, planta son genou dans la poitrine du comte, et lui saisit le poignet qu'il tordit violemment. L'os craqua. Richemont hurla.
Quand Claude releva la tête, Marguerite avait disparu dans la nuit. Le bruit des sabots diminuait. Les arbres l'avaient avalée.
Le sergent Vaux apparut, essoufflé, l'épaule ensanglantée.
« La poursuivre ? demanda-t-il.
— Non, dit Claude. Nous avons ce que nous étions venus chercher. »
Il traîna Richemont hors du carrosse et le jeta face contre terre dans la boue. Un soldat lia les mains du comte.
Claude resta un instant immobile, le souffle court, les mains tremblantes. Le visage de Marguerite flottait encore devant lui, déformé par la rage et par quelque chose de pire qu'il n'osait nommer. Ce qu'elle était devenue — ce que le réseau en avait fait — et ce qu'il allait devoir lui faire pour la sauver.
« Attachez-le sur un cheval de bât, dit-il d'une voix qu'il ne reconnut pas. Et rentrons à Dijon. »
Il ne regarda pas en arrière vers le bois.
Il ne pouvait pas.
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