Le Serment du Clerc
Lire le chapitre 30: The Debt Paid
Le convoi franchit la porte de Dijon sous une pluie fine qui collait les bannières aux mâts. Claude marchait à côté de la charrette où le Comte de Richemont, menotté et le visage marqué par la boue du voyage, regardait droit devant lui avec un mépris muet. Les gardes de la ville les saluèrent, et Claude sentit leur regard peser sur lui — celui qui avait capturé un noble français, celui qui avait été renégat, celui qui revenait avec une corde autour du cou et la tenait lui-même.
Le chancelier Rolin les attendait dans la salle des comptes, entouré de parchemins comme un roi de son trésor. Il ne se leva pas quand Claude entra. Il leva seulement les yeux, l'air de peser une balance invisible.
— Vous avez tenu parole, D'Argent.
— Il est là. Vivant. Et il parle.
Richemont cracha sur le sol de pierre. Un garde le frappa du plat de l'épée, et le comte encaissa sans broncher.
— Faites-le parler ailleurs, dit Rolin en agitant la main. Et vous, restez.
Les gardes emmenèrent le prisonnier. La porte se referma dans un bruit de fer. Claude resta debout devant le bureau du chancelier, son manteau dégoulinant sur le plancher.
— Vous m'avez promis une restauration de mon serment, dit Claude.
— Je vous ai promis une chance, corrigea Rolin. Mais vous l'avez saisie. La nouvelle de votre capture a précédé votre retour — elle court déjà les tavernes de Bourgogne. Un D'Argent qui ramène un comte français enchaîné. Cela efface beaucoup de choses.
Il ouvrit un coffret de bois sombre, en sortit un parchemin scellé de cire rouge, et le poussa vers Claude.
— Votre serment. Restauré. Votre nom, blanchi. Vous n'êtes plus un renégat.
Claude prit le parchemin sans le lire. Il le tenait comme on tient un objet qu'on a cru perdu à jamais.
— Et ma sœur ?
Rolin soupira, comme si la question l'ennuyait.
— Vous savez que je ne peux pas vous répondre sur elle.
— Le comte parlera. Il me dira où elle est.
— Le comte parlera à moi, corrigea Rolin. Et c'est moi qui déciderai ce que vous saurez.
Ils se regardèrent un long moment. Claude sentait la vieille colère monter en lui, mais il l'avait apprivoisée, au fil des mois, dans les prisons et sur les routes. Il attendit.
Rolin sourit — un sourire mince, presque paternel, qui ne touchait pas ses yeux.
— Vous avez changé, D'Argent.
— La prison change les hommes.
— Elle fait d'eux des outils plus précis, dit Rolin en se levant enfin. Allons voir ce que notre noble ami a à dire.
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La salle de torture de Dijon était propre, ce qui la rendait plus terrible. Claude avait vu des cachots sales. Ceux-ci étaient froids, ordonnés, avec des instruments rangés comme des outils de menuisier. Richemont était attaché à une colonne, les bras au-dessus de la tête, ses vêtements déchirés mais son regard intact.
Il ne fallut que deux heures.
Le comte parla, d'abord par fragments, puis par torrents. Il n'était pas un héros. Il était un homme ambitieux qui avait cru servir une cause plus grande que lui, et qui découvrait maintenant qu'il n'était qu'un rouage. Il parla d'un nom que Claude n'avait jamais entendu : le cardinal de Saint-Pol.
— Il ne voulait pas la mort des ducs, dit Richemont, la voix rauque, le sang coulant d'une lèvre fendue. Il voulait leur chute. La France et la Bourgogne décapitées en même temps — le chaos, l'effondrement des frontières, et lui seul debout, le pouvoir entre ses mains, réunissant ce que les rois et les ducs avaient séparé.
— Réunir ? dit Rolin. Un cardinal qui veut unir la France et la Bourgogne ?
— Pour les unir sous une seule couronne — sa mitre. Il voulait être le pape des deux royaumes, l'arbitre au-dessus des trônes.
— Et ma sœur ? demanda Claude. Qu'est-ce qu'elle a à voir là-dedans ?
Richemont le regarda — un regard de pitié, presque.
— Votre sœur. Marguerite. Elle est devenue un instrument. Le cardinal l'utilise comme charme et comme poignard. Elle croit servir la cause française, mais elle sert sa cause à lui.
— Où est-elle ?
— Partie à Paris. Elle y place la dernière pièce.
— Quelle pièce ?
Richemont secoua la tête. Un garde fit un pas vers lui, et le comte leva les mains autant que ses liens le permettaient.
— Je ne sais pas ! Il ne m'a pas tout dit. Mais Paris — la cour — elle y est, vivante, libre, prête à frapper au bon moment. Si vous voulez la sauver, vous devez y aller avant qu'elle ne fasse quelque chose d'irréparable.
Claude se tourna vers Rolin. Le chancelier écoutait, les bras croisés, le visage impassible.
— Vous avez entendu, dit Claude.
— J'ai entendu un homme qui veut sauver sa peau.
— Il ne ment pas.
— Ils mentent tous jusqu'au bout, dit Rolin. Mais il a raison sur un point : si cette carte existe, elle est à Paris. Et Paris est un terrain dangereux pour un homme qui porte votre nom.
Claude ne répondit pas. Il n'avait pas besoin de répondre.
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La récompense fut généreuse. Rolin la remit en pièces d'or qui sonnaient comme des promesses. Claude les compta à peine. Une partie de son esprit les calculait déjà ailleurs — dans les souvenirs d'un autre serment, plus ancien que celui qu'il avait juré au duc.
Étienne Vaux.
Le vieux soldat qui l'avait recueilli à Troyes, qui avait servi son père, qui était mort en croyant avoir fait une bonne action. Claude avait appris, trop tard, qu'Étienne avait laissé derrière lui une dette — une somme qu'il devait à un fournisseur de la ville, une dette honorable contractée pour payer les soins de sa femme malade. La femme était morte. Le fournisseur attendait toujours.
Claude trouva le fournisseur dans une échoppe de la rue Saint-Philibert. Un homme maigre, aux mains calleuses, qui le regarda entrer avec méfiance.
— Vous cherchez des marchandises ?
— Je cherche à payer une dette.
— Quelle dette ?
— Étienne Vaux. Le vieux soldat. Sa famille.
L'homme fronça les sourcils. Des années de comptes, de pertes, d'attente lui avaient creusé des rides autour de la bouche.
— Vaux est mort il y a deux ans. Sa dette est morte avec lui.
— Pas pour moi.
Claude posa la bourse sur le comptoir. Le fournisseur la regarda, puis lui, puis la bourse encore. Il ouvrit la cordelette, laissa couler quelques pièces dans sa paume, et les contempla comme on contemple une chose impossible.
— Vous êtes son fils ?
— Non.
— Son parent ?
— Non. Il m'a aidé quand personne d'autre ne le ferait. C'est tout.
Le fournisseur resta longtemps silencieux. Puis il referma la bourse et la poussa doucement vers Claude.
— Gardez votre or. La dette est payée.
— Comment ?
L'homme sourit, pour la première fois, d'un sourire fatigué qui plissait les coins de ses yeux.
— Parce que vous êtes venu. Vaux n'était pas un homme riche, ni un homme influent. Il était un vieux soldat qui n'avait que son honneur. Personne n'est jamais venu payer ses dettes après sa mort. Personne ne s'est souvenu de lui. Vous l'avez fait. Ce que vous me donnez là vaut plus que l'or que vous portez.
Claude prit la bourse, lentement, et la remit dans sa ceinture. Il hocha la tête, sans trouver les mots.
Dehors, la pluie avait cessé. Le soir tombait sur Dijon, et les rues se vidaient. Claude resta un long moment devant l'échoppe, la main sur la bourse, le parchemin de son serment serré contre sa poitrine.
Il avait payé sa dette à Étienne Vaux, ou du moins ce qu'il pouvait en payer.
Il avait un nom blanc, un but clair, et une route devant lui.
Paris.
Marguerite y était. Le cardinal y tissait sa toile. Et Claude savait maintenant que les fils de toutes ces mensonges — les dossiers forgés, son père, sa sœur, les ducs, les conspirateurs — se rejoignaient tous en un seul point : un homme de Dieu qui voulait mettre le royaume à genoux pour le relever lui-même.
Il regarda une dernière fois la ville derrière lui, les toits de Dijon qui disparaissaient dans l'obscurité, puis se tourna vers l'ouest.
Demain, il prendrait la route.
Pour la première fois depuis des mois, il savait où il allait.
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