Le Serment du Clerc
Lire le chapitre 33: The Cardinal's Cipher
La rue des Blancs-Manteaux sentait l'humidité et le fumier malgré l'obscurité complice. Claude longea les murs du couvent adjacent, comptant ses pas pour mesurer la distance. Le cabinet du cardinal occupait le second étage d'une maison trapue, protégée par une porte de chêne et un serviteur endormi qu'il avait repéré en faisant le tour du pâté de maisons.
Il sortit de sa manche la tige de fer courbée qu'il avait achetée à prix d'or à un serrurier de la rue Saint-Denis, dont l'atelier restait ouvert à toute heure pour les clients discrets. La serrure céda au troisième essai, avec un claquement sec qui parut assourdissant dans le silence. Claude retint son souffle, sonda les ténèbres de la ruelle, puis se glissa à l'intérieur.
L'air était lourd d'encens brûlé et de cire chaude. Des ombres massives — meubles, tapisseries, statues — peuplaient la pièce comme des témoins muets. Claude tira de sa ceinture la bougie de suif qu'il avait préparée, en alluma la mèche contre le feu mourant de la cheminée. La flamme vacilla, révéla un bureau monumental en noyer poli, un prie-Dieu, des étagères croulant sous les registres.
Le cœur battant, il posa la bougie sur le bureau et commença à ouvrir les tiroirs, un par un. Papiers de comptes, corresponces banales, listes de bénéfices ecclésiastiques. Rien. Puis son regard tomba sur le prie-Dieu. Il s'en approcha, fit glisser ses doigts sur le bois sculpté. Une jointure trop régulière à la base du coffre de prière. Il appuya. Un panneau pivota, révélant un compartiment secret.
À l'intérieur, une liasse de lettres nouée d'un ruban de soie rouge.
Claude les déposa sur le bureau, défit le ruban d'une main tremblante. La première portait le sceau personnel du cardinal — trois fleurs de lys surmontées d'une mitre. Il la déplia. L'écriture était serrée, nerveuse, celle d'un homme pressé.
*Mon cher Vicaire, l'heure approche où Dieu lui-même bénira notre dessein. Souvenez-vous : la flamme purifie ce que la politique divise. Quand les soldats de Bourgogne périront dans l'église de Saint-Germain, la rumeur accusera les émeutiers de Paris. Le duc Philippe ne pourra plus douter de la perfidie française. Le sang versé unira ce que les traités séparent.*
Claude relut le passage, le souffle court. Une église. Les soldats bourguignons. Saint-Germain-des-Prés, sans doute — le faubourg où logeaient les troupes du duc lors de leurs passages dans la capitale. Le cardinal n'avait pas l'intention de simplement semer la panique. Il voulait un massacre, et il voulait que la France en porte le blâme.
Il parcourut les autres lettres d'un œil rapide. Des instructions à des agents, des calendriers de livraison de poudre, des listes de noms. Celui de Marguerite n'apparaissait pas. Il aurait dû s'en réjouir. Au lieu de cela, une inquiétude sourde lui serra la gorge.
La dernière lettre datait du matin même. Elle portait une phrase qui le fit se figer.
*La sœur du clerc est devenue trop dangereuse pour être ignorée. Quand l'incendie aura fait son œuvre, assurez-vous qu'elle se trouve près du brasier. Une morte de plus ou de moins, dans le tumulte, personne n'y prêtera attention.*
Le papier craqua dans son poing serré.
Marguerite. Elle croyait servir le cardinal en le nourrissant de fausses informations, mais lui l'utilisait depuis le début — et il comptait bien l'éliminer une fois son rôle terminé. Claude serra les dents. Il fallait la trouver. Il fallait l'avertir. Et il fallait arrêter l'incendie avant qu'il ne commence.
Il remit les lettres dans sa chemise, trois d'entre elles choisies pour prouver ses dires, et éteignit la bougie. L'obscurité le submergea, familière. Il marcha vers la porte, s'arrêta. Des pas résonnaient dans l'escalier.
— Le cardinal sera furieux, marmonnait une voix. Trois barils de poudre dans une église, ces gens perdent la tête...
Claude n'eut que le temps de plonger derrière la lourde tapisserie qui ornait le mur. La porte s'ouvrit. Un homme en soutane passa devant lui, assez près pour qu'il perçoive l'odeur d'ail et de vin. Le domestique ou un clerc — il n'aurait su dire. L'homme s'approcha du bureau, hésita, y déposa un objet qui cliqueta contre le bois. Une clé.
— Les barils sont sous l'autel, murmura-t-il pour lui-même. Que Dieu garde cette ville.
Il ressortit. Claude attendit que les pas s'éloignent, que la porte du bas claque. Puis il sortit de sa cachette, le souffle court. La clé brillait sur le bureau, au bord de la flamme de la bougie qu'il avait laissée éteinte. Il la saisit, la glissa dans sa bourse.
Sous l'autel. Le feu ne viendrait pas de torches jetées depuis la rue, mais de l'intérieur même de l'église. Une mèche suffirait, dissimulée dans les ornements liturgiques. Personne ne fouillerait un autel avant la messe.
Claude quitta le cabinet par où il était venu, retraversa la rue des Blancs-Manteaux, le ventre noué. Il avait ce qu'il cherchait — la preuve, les noms, la clé. Mais à quoi bon une preuve s'il ne lui restait plus le temps de convaincre personne ?
Il fallait prévenir les autorités françaises. Le prévôt de Paris gardait la paix de la ville. Mais le prévôt recevait-il ses ordres du cardinal ? Claude ne pouvait pas le savoir. Marguerite lui avait dit que la conspiration durait depuis des mois — elle devait avoir des appuis dans chaque corps de la ville.
Il n'avait personne. Pas d'arrêt, pas de sceau, pas d'allié.
Et dehors, quelque part dans le faubourg Saint-Germain, sa sœur marchait vers une église où l'attendait la mort — qu'elle s'appelle poudre ou trahison, peu importait désormais.
Il serra la clé dans sa paume. La poudre était sous l'autel. La mèche devait être posée. Il avait assez couru. Cette fois, il irait lui-même l'arracher.
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