Le Serment du Clerc
Lire le chapitre 37: The Witness
La salle était un tombeau de pierre froide, éclairé par des torches dont la fumée rampait le long des poutres noircies. Claude se tenait debout devant la longue table des conseillers, ses vêtements encore tachés de suie et de sang séché, sa manche gauche vide jusqu'au coude où le drap avait été coupé pour panser la brûlure. Marguerite était assise à quelques pas derrière lui, escortée par deux gardes qui n'avaient pas desserré leur prise sur ses épaules.
Le duc Philippe de Bourgogne était assis au centre de la table, ses doigts joints en une arche sous son menton. À sa droite, le duc de Bedford représentait l'Angleterre; à sa gauche, le chancelier Rolin feuilletait des parchemins d'un air las. Leurs regards pesaient sur Claude comme des dalles.
« On nous dit que vous avez mis le feu à une église, monsieur D'Argent, dit Philippe, d'une voix calme mais tranchante. Et que vous prétendez maintenant que c'était pour sauver cette même église. »
Claude s'éclaircit la gorge. « Je prétends que c'est le cardinal Saint-Pol qui a fait poser les barils. Qu'il comptait faire brûler l'église, en accuser les Parisiens, et déclencher une chasse aux sorcières qui aurait servi ses propres ambitions. »
« Des barils, dit Bedford. Des lettres. Des journaux. On nous demande de croire en un complot aussi ancien que la guerre elle-même. »
Claude plongea la main dans son pourpoint et en sortit les trois lettres, froissées mais intactes, encore scellées du sceau rouge du cardinal. Il les posa sur la table sans attendre la permission.
« Les voici, dit-il. Datées, signées, avec des instructions précises pour le maître des poudres. Vous verrez que Saint-Pol n'avait pas seulement l'intention de brûler une église — il voulait que le sang soit versé de telle manière que chaque camp en accuse l'autre. Une provocation pour rallumer la flamme que vous tentez d'éteindre à Compiègne. »
Le chancelier Rolin saisit les lettres, les déplia avec précaution, et les parcourut en silence. Il s'arrêta sur la troisième, relut un passage, puis leva les yeux vers le duc Philippe.
« Le sceau est authentique, dit-il. L'écriture est celle de Saint-Pol. Les ordres sont… complets. »
Bedford s'empara de l'une des lettres, la lut rapidement, et la jeta sur la table comme si elle le brûlait. « Cet homme est un serpent. »
« Un serpent qui reste à Compiègne, dit Philippe. Mais vous dites qu'il a quitté Paris. »
« Il fuit vers le nord, dit Claude. Il portera ses propres versions de ces lettres aux autres seigneurs. Il tentera de convaincre que ce complot venait de Bedford, ou de moi, ou de quiconque désireux de l'arrêter. Si vous voulez le prendre, c'est maintenant, avant qu'il ne franchisse la Somme. »
Le duc Philippe hocha lentement la tête. Il fit un signe à un officier qui se tenait près de la porte; l'officier sortit en courant. Puis Philippe se tourna vers Claude avec une expression que Claude ne put déchiffrer.
« Et vous, monsieur D'Argent. Vous étiez un clerc de Saint-Pol. Loyal au cardinal. Comment se fait-il que vous le trahissiez aujourd'hui ? »
Claude sentit le poids de la question. Il regarda brièvement par-dessus son épaule, vers Marguerite, qui ne bougeait pas. Puis il se retourna vers les ducs.
« J'ai découvert que le cardinal faisait assassiner mes propres informateurs. Pierre Laurent, mon meilleur agent, a été tué sur ordre de Saint-Pol. Non pas pour ce qu'il savait, mais parce qu'il avait découvert trop de choses sur la véritable loyauté du cardinal. »
Il tira de sa ceinture un petit carnet relié de cuir usé, les pages gondolées par l'eau et la sueur. Il le poussa sur la table.
« Le journal de Pierre. Il y notait chaque rencontre, chaque messager, chaque somme d'or qui changeait de main. Vous y trouverez la preuve que Saint-Pol finançait des agents doubles dans les deux camps. Et la preuve que Pierre Laurent a été tué par un homme appelé Bartolomé, un des tueurs personnels du cardinal, après qu'il eut découvert l'existence des barils. »
Le chancelier Rolin prit le journal et le feuilleta avec une minutie d'archiviste. Il s'arrêta sur une page, la relut, puis une autre. Finalement, il ferma le carnet et le poussa vers le duc Philippe.
« Le journal mentionne des paiements constants de la part des comptes personnels de Saint-Pol, dit Rolin. Des montants qui correspondent précisément à la solde d'un homme du nom de Bartolomé, enregistrée dans les archives de l'hôtel de ville. »
Bedford se pencha en avant. « Alors ce clerc nous amène la preuve que le propre cardinal de Sa Sainteté a fait tuer un agent — et qu'il projetait de brûler nos églises. Et il nous demande de le croire, simplement parce que les preuves sont devant nous ? »
« Je vous demande de croire aux preuves, dit Claude, pas à moi. Si les barils avaient explosé sans que je puisse arrêter ma sœur, les ordres brûlés et le journal de Pierre auraient peut-être été détruits aussi. Nous serions là maintenant à accuser Paris, ou votre propre camp, ou la fatalité. Les preuves parlent pour moi. »
La salle devint silencieuse. Seuls les crachotements des torches et le froissement des parchemins dans la main de Rolin troublaient l'air.
Enfin, Philippe se leva. Il mesura Claude de toute sa hauteur, un homme de commandement habitué à être obéi sans discussion.
« Monsieur D'Argent, vous avez servi la couronne de Bourgogne avec un courage remarquable. Vous avez exposé un traître parmi les plus hauts placés. Vous avez empêché un massacre qui aurait plongé Paris dans la guerre civile. Au nom de cette cour, je vous déclare héros de la Bourgogne. »
Il fit un pas en avant, et sa voix baissa d'un ton, devenant presque intime.
« Mais il me faut plus que l'admiration. Il me faut un serment. Prêtez serment d'allégeance à ma personne et à mon héritier — à la cause de Bourgogne — et je vous offre un poste dans mon conseil privé. Vous aurez autorité sur tous les agents du duché en Picardie. Vous deviendrez l'homme qui a démasqué Saint-Pol. »
Claude regarda les ducs, puis le chancelier, puis la table de chêne massif. Il sentit le poids de l'offre — un avenir, une position, une carrière entière qui s'ouvrait devant lui comme une porte dorée.
Mais il y avait la silhouette de Marguerite derrière lui.
« Et ma sœur ? » demanda-t-il.
Philippe pinça les lèvres. « Votre sœur est une femme qui a conspiré avec les ennemis de cette cour. Elle a manipulé des agents, transmis des informations, et a failli brûler une église. Sa valeur pour nous est… matière à négociation. »
« Elle a fait tout cela pour empêcher votre mort, dit Claude. Sans elle, Saint-Pol aurait fait sauter le bâtiment où vous siègez à Compiègne. Elle n'a jamais servi la France — elle a servi la paix. »
Bedford ricana. « La paix. Les femmes nous parlent de paix quand les épées sont déjà tirées. »
Claude se tourna vers le duc de Bourgogne, et pour la première fois il sentit une colère brûler en lui, non pas contre Saint-Pol, mais contre cette indifférence princière qui traitait les vies humaines comme des pièces d'échiquier.
« Je ne prêterai pas serment, dit-il. »
Un silence de pierre tomba sur la salle. Philippe semblait surpris, presque blessé. « Vous refusez de vous engager pour la Bourgogne ? Vous qui avez versé le sang pour elle ? »
« Je refuse de choisir entre elle et ma sœur, dit Claude. Entre la cause de Bourgogne et celle de ma propre famille. Vous me demandez de jurer allégeance à votre maison. Mais je ne peux jurer que sur la paix — et la paix ne prend pas parti. »
Bedford ouvrit la bouche pour protester, mais Philippe leva la main.
« Alors vous serez un homme sans maître, dit Philippe lentement. Un homme qui refuse de se joindre à nous devra être considéré comme se joignant à nos ennemis. C'est ainsi que les cours fonctionnent, monsieur D'Argent. »
« Alors je serai un homme sans maître, » dit Claude. « Mais un homme avec une conscience. »
Il ne bougeait pas, mais son cœur battait fort. Derrière lui, il entendit Marguerite émettre un petit bruit, à mi-chemin entre l'étonnement et l'inquiétude.
Philippe le regarda longuement. Puis, lentement, le coin de sa bouche se souleva d'un sourire presque imperceptible.
« Vous êtes encore plus dangereux que votre sœur, » dit-il. « Vous refusez ce que la plupart des hommes tueraient pour obtenir. C'est soit une immense vertu, soit une immense bêtise. »
Il se tourna vers le chancelier. « Mettez-le en liberté surveillée. Les deux. Le clerc et la femme. Ils restent à Paris. Ils restent sous ma protection. Mais s'ils tentent de quitter la ville, ou s'ils prennent contact avec les Français, je les tiendrai pour traîtres. »
Claude s'inclina. « Merci, monseigneur. »
« Ne me remerciez pas, » dit Philippe en se rasseyant. « Votre refus vous a peut-être sauvé du bûcher, mais il vous a aussi coûté votre place dans l'histoire. Vous vivrez maintenant entre deux mondes — ni Burgonde, ni Français. Juste un homme qui cherche la vérité. C'est une position beaucoup plus difficile à défendre. »
Claude recula d'un pas, prenant Marguerite par le bras pour la guider vers la porte. Comme il atteignait le seuil, le chancelier Rolin éleva la voix.
« Une dernière chose, monsieur D'Argent. Ce matin, un messager est arrivé de Compiègne. Le cardinal Saint-Pol a envoyé une lettre au duc Philippe — non pas une confession, mais une accusation. Il vous nomme, vous et votre sœur, comme les véritables conspirateurs. Il prétend que vous avez volé les lettres pour les falsifier, que vous avez brûlé l'église vous-même, et il exige qu'une enquête complète soit faite sur votre passé. »
Claude se figea. Il se retourna lentement.
« Les lettres dans sa main sont les mêmes que celles que je viens de vous montrer, » dit Claude. « Elles ne peuvent pas être falsifiées. »
« Elles le peuvent, dit Rolin, si l'original contenait des passages différents — des passages qui vous incriminaient, vous et votre réseau — avant d'être remplacés par la version que vous venez de nous présenter. L'encre peut être changée. Les sceaux peuvent être refaits. Saint-Pol vous accuse d'avoir fabriqué toute l'affaire pour vous débarrasser de lui et prendre sa place. »
Le silence qui suivit était plus lourd que tous ceux qui l'avaient précédé. Claude sentit la froidure de pierre remonter le long de sa colonne.
Philippe le regardait avec une expression nouvelle — non plus de respect, mais d'une prudence glacée.
« Le cardinal arrive à Paris dans trois jours, » dit Philippe. « Il exigera un duel judiciaire. Il exigera que vous prouviez votre innocence par l'épreuve du fer. Et si vous refusez, il aura la loi de son côté. »
Il se pencha en avant.
« Vous avez gagné cette bataille, monsieur D'Argent. Mais la guerre n'est pas finie. Saint-Pol revient pour vous détruire — et cette fois, il amène la force de l'Église entière avec lui. »
Claude ne répondit pas. Il ne savait plus quoi dire. Il sentit la main de Marguerite se poser doucement sur son bras, légère comme une plume, et pour la première fois depuis longtemps, il eut peur.
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