Le Serment du Clerc
Lire le chapitre 5: A Sister's Blessing
Claude se glissa dans l'église Saint-Jacques comme un homme qui cherche à se fondre dans la pierre. La nef était pleine, plus que ne l'avait promis la piété ordinaire d'un mardi. Il s'agenouilla au fond, entre un vieux tonnelier qui sentait le moût et une veuve dont le chapelet cliquetait comme des os.
L'odeur de cire et d'encens lui rappela la chapelle du chancelier. Il chassa cette pensée.
À l'autel, un prêtre à la barbe grise officiait en latin, la voix portée par l'écho des voûtes. Claude laissa son regard errer sur l'assemblée, cherchant des visages qu'il avait vus la veille aux abords du marché. Habitude de greffier. Il notait. Une femme coiffée d'un voile bleu. Un homme aux mains calleuses qui ne priait pas, qui observait. Deux nouveaux, peut-être.
Puis il la vit.
Trois rangs devant lui, à gauche, près du pilier où la lumière tombait mal. Une religieuse, cornette blanche, guimpe stricte. Mais le port de tête — cette façon de pencher légèrement la nuque, comme si elle écoutait une musique que les autres n'entendaient pas. Claude cessa de respirer.
Il n'avait pas besoin de voir son visage. C'était Marguerite.
Quelque chose se noua dans sa poitrine. Elle se tenait là, immobile parmi les dévotes, et l'absurdité de la scène le frappa comme un coup de poing. Sa sœur, la nonne qui l'avait quitté à Dijon avec un anneau d'argent et des paroles sibyllines, agenouillée dans une église de Compiègne — cette ville fermée qu'il était venu espionner.
Le prêtre éleva l'hostie. Claude baissa la tête, mais ses yeux restèrent ouverts.
Il la perdit à la sortie.
L'assemblée se répandit dans la rue comme de l'eau d'un seau renversé. Claude se fraya un chemin entre les fidèles, pressa le pas vers le parvis. Une main attrapa son coude.
— Mon frère, murmura une voix derrière lui. Ne te retourne pas. Suis-moi dans le jardin des Carmes. Dans un quart d'heure.
Claude continua de marcher, le cœur martelant. Il ne se retourna pas. Il fit le tour du pâté de maisons, s'arrêta devant l'étal d'un boulanger, acheta un pain qu'il ne mangea pas. Ses doigts trouvèrent, sous sa tunique, l'anneau d'argent au colombe. Il le tourna entre pouce et index, cherchant une signification qui lui échappait encore.
Le jardin des Carmes était un enclos étroit, clos de murs moussus, où quelques rosiers survivotaient près d'un puits. Il s'assit sur le rebord de pierre. L'ombre d'un noyer le couvrait à moitié.
Elle arriva sans bruit. Il ne l'entendit pas venir ; elle fut là, soudain, dans sa robe blanche moins austère que le costume de la messe. Sans la guimpe, elle ressemblait à la jeune femme qui avait grandi à ses côtés, trop vive pour les murs du couvent.
— Marguerite.
— Tu es beau, Claude. Moins gras qu'à Dijon. Le voyage te réussit.
— Tu devrais être au prieuré Sainte-Croix, à quarante lieues d'ici. Que fais-tu à Compiègne ?
Elle sourit, et ce sourire était celui de leur enfance — cette capacité qu'elle avait d'éviter les questions sans y répondre.
— Je suis ici pour les affaires de mon ordre. La mère supérieure m'a envoyée recueillir des dons pour la reconstruction de la chapelle. Il paraît que les bourgeois de Compiègne sont très généreux dans l'adversité.
— Les dons se recueillent à la porte des églises, pas dans les cryptes.
Le regard de Marguerite se raidit. Une seconde seulement. Il l'aurait manquée s'il n'avait passé sa vie à lire les visages des plaideurs.
— Les cryptes sont froides pour prier, dit-elle. Je cherchais la fraîcheur.
Claude se leva. Il avait six ans de plus qu'elle, mais elle lui sembla plus grande, plus solide. Quelque chose avait changé. La petite sœur qu'il avait connue douce et rieuse s'était redressée comme une lame.
— Écoute-moi, dit-il à voix basse. Je suis ici pour la vente de parchemins à la cathédrale. Une affaire de commerce. Rien de plus.
— Je ne t'ai rien demandé, dit-elle doucement. C'est toi qui te justifies.
Le silence s'étira. Une abeille butinait une rose fanée. Claude sentit l'anneau contre sa peau, et soudain la phrase de Marguerite, le soir de son départ, lui revint : *Il ouvrira des portes que l'argent ne peut ouvrir*. Il ne savait pas alors ce que cela signifiait. Il commençait à soupçonner que le contraire était vrai — que cet anneau le fermait des portes, peut-être.
— Tu as gardé mon anneau ? demanda-t-elle.
— Oui.
— Bien. Et maintenant, prends ceci.
De sous sa manche, elle sortit une petite croix d'argent, à la chaîne fine, si délicate qu'elle semblait ouvragée pour une relique. Elle la lui tendit. Il la prit, malgré lui. Le métal était chaud de son corps.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Elle te protégera. C'est tout ce que je peux dire.
— Tu ne peux pas dire pourquoi tu es vraiment ici ?
— Je te l'ai dit. Les dons.
— Les dons pour une chapelle qui n'a pas besoin d'être reconstruite, j'imagine ?
Elle ne répondit pas. Elle le regarda avec une telle intensité qu'il dut détourner les yeux.
— Tu n'es pas venu pour des parchemins, Claude, dit-elle enfin. Nous voilà deux à ne pas dire toute la vérité. Cela fait de nous des égaux, non ?
Il garda la croix serrée dans son poing. Le métal lui mordait la paume.
— Marguerite. Si tu es en danger… si quelqu'un menace ton ordre, ou toi-même, dis-le-moi. Je peux t'aider à quitter cette ville. Il y a des routes.
Elle rit — un rire net, coupant, qui ne ressemblait à rien de ce qu'il connaissait d'elle.
— Me sortir de cette ville ? Tu ne peux pas te sortir toi-même, mon frère. Tu vis dans une chambre au-dessus d'un tisserand, tu manges le pain du marché, et tu crois que personne ne te regarde. Mais Compiègne regarde tout le monde. Si tu veux survivre ici, apprends à être un meuble.
Le sang de Claude se glaça.
— Comment sais-tu où je loge ?
— Compiègne est une petite ville. Les nouvelles y courent plus vite que les rats dans la grange. Un marchand de parchemins qui ne vend pas de parchemins attire les regards.
Elle se tourna vers le mur, comme pour partir. Puis elle s'arrêta et, sans se retourner, dit :
— Il y a une femme, ici, qu'ils appellent l'Araignée. Si tu croises sa toile, ne tire pas sur le fil. Elle le sentira, et elle viendra.
Claude fit un pas vers elle.
— Comment connais-tu ce nom ?
Marguerite se retourna. Pour la première fois, son visage avait perdu son masque de douceur. Elle ressemblait à leur père — le même front lisse, les mêmes yeux dévorants.
— Parce que tout le monde le connaît, dit-elle. Et parce que je prie pour que tu n'aies jamais à la rencontrer. Adieu, Claude. Ton parchemin t'attend.
Elle disparut par la porte du jardin, sa robe claire happée par l'ombre du mur. Claude resta seul, la croix d'argent chaude dans sa main. Il ne croyait pas aux dons. Il n'avait jamais cru au hasard. Sa sœur était venue à Compiègne la veille de son propre départ. Elle portait un anneau qui ouvrait des portes, et une croix qu'elle disait protectrice.
Elle savait quelque chose. Et il ne savait pas si ce savoir la mettait de son côté ou dans la toile de l'autre.
Il releva la tête vers le clocher de Saint-Jacques. La cloche sonnait l'angélus, et quelque chose dans sa sonorité lui parut être un avertissement.