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Le Serment du Clerc

Lire le chapitre 6: The Duke's Letter

La lettre arriva à la première heure, glissée sous sa porte dans un rouleau de cuir scellé de cire verte — le sceau du chancelier Rolin, ce même aigle aux ailes déployées que Claude avait vu dix mille fois sur les parchemins de la chancellerie. Mais ici, dans cette chambre au-dessus de l'atelier du tisserand Jacques, le symbole familier semblait étranger, presque menaçant.

Il brisa le sceau d'un coup d'ongle et déroula la missive. L'écriture était serrée, pressée, celle d'un homme qui n'aime pas attendre.

*Claude,*

*On me rapporte que Compiègne s'anime d'un zèle nouveau. Le duc s'impatiente. Il demande des noms, des preuves, des trahisons — tout ce qu'un bon serviteur doit fournir lorsqu'il est envoyé en mission. Je te rappelle que tu n'es pas là pour admirer les vitraux. La Saint-Jean approche; les foires se préparent. Si tu n'as rien avant la Saint-Michel, je te rappellerai, et nous parlerons d'autre chose que de tapisseries.*

*Rolin*

Claude relut deux fois. La menace était à peine voilée — un rappel n'était jamais bon signe dans la bouche du chancelier. Ceux qu'il rappelait ne revenaient que pour rendre des comptes, et souvent, ils ne revenaient pas du tout.

Il roula le parchemin et le glissa dans sa ceinture, sous la tunique. Puis il descendit l'escalier étroit qui menait à l'atelier de Jacques.

Le tisserand était déjà à sa tâche, les mains dansant sur les fils de trame avec une précision presque méditative. Devant lui, la tapisserie avançait : un pan de paysage champêtre, des collines vertes, un troupeau de moutons. Rien de remarquable. Et pourtant, Claude ne pouvait détacher son regard du motif.

Depuis deux jours, il observait Jacques travailler. Le vieil homme ne se pressait jamais, mais ses mains suivaient un rythme exact, comme une partition. Et c'était là — dans ce rythme, dans la répétition des couleurs, dans l'angle des fils — que Claude avait commencé à déceler quelque chose d'étrange.

Un motif de fils rouges courait sous les scènes pastorales, presque invisible, comme une veine sous la peau. Trois fils rouges. Puis deux. Puis quatre. Puis un silence de trois rangées de fils blancs. Et le rouge revenait.

Claude s'approcha de l'établi, feignant d'admirer le travail.

« Vous variez vos laines, maître Jacques. Je n'ai jamais vu un rouge si profond.

— Teinture d'écarlate, dit le tisserand sans lever les yeux. On me l'apporte de Flandre. La vraie, pas cette poudre qui s'efface au soleil.

— Et ces motifs ? Ces petits points rouges — ça ressemble à un code. »

Jacques releva la tête. Un éclair traversa son regard, vite masqué.

« Les codes, les codes. Vous et votre esprit de notaire, jeune frère. C'est un dessin de colliers pour les dames de la cour. Rien de plus. »

Mais sa main s'était arrêtée. Pendant trois battements de cœur, il ne tissa pas. Puis il reprit, comme si de rien n'était.

Claude retourna dans sa chambre et ferma la porte. Il sortit une feuille de papier, un charbon, et se mit à noter ce qu'il avait vu.

Trois fils rouges. Deux. Quatre. Trois rangées de blanc. Cinq fils verts — rarement utilisés. Deux blancs. Un rouge. Quatre verts.

Il griffonna la séquence : 3-2-4 / 0 / 5-2-1-4.

L'alphabet qu'utilisait la chancellerie était simple — chaque nombre correspondait à une position alphabétique. Le code le plus primitif, celui qu'on enseignait aux apprentis. 3-2-4 donnait C-B-D. 5-2-1-4 donnait E-B-A-D. Débrouillé, cela ne donnait rien de lisible.

Il essaya en inversant l'ordre. 4-2-3 = D-B-C. Rien.

Il réfléchit. Puis il se souvint des conseils de son père — un vieux soldat qui avait passé la moitié de sa vie à intercepter des messages. « Les codes les plus simples cachent les trahisons les plus grosses, mon fils. Quatre chiffres ne donnent jamais quatre lettres. »

Quatre chiffres. Trois fils, deux fils, quatre fils. Quatre numéros.

Claude écrivit : 3-2-4-0. Trois, deux, quatre, zéro. La lettre C, B, D, et... Il s'arrêta. Et si le zéro était le diviseur ? Que 3-2-4 indiquait une page, un paragraphe, une ligne ?

Il regarda la tapisserie que Jacques avait achevée la semaine passée — le motif des moutons, les collines, et en bas à droite, un arbre au tronc tordus. Il avait remarqué que Jacques n'avait jamais terminé cet arbre. Les feuilles manquaient, comme s'il avait été interrompu à mi-chemin, ou comme si le dessin était volontairement tronqué.

Le cœur de Claude s'emballa. Trois, deux, quatre — et si ces chiffres indiquaient le nombre de fils manquants dans un dessin précis ? Le tronc avait trois nœuds de laine claire, la branche principale avait deux interruptions, et...

Il sortit sous prétexte d'aller chercher du pain. En réalité, il se rendit au marché et se glissa derrière l'église Saint-Jacques, où il savait que Vaux lui avait dit que Jacques livrait ses commandes les plus discrètes. Des feuilles de papier, des encres de couleurs rares. Mais il n'y avait rien dans les registres publics.

De retour à l'atelier, Claude inspecta les rouleaux de tapisseries stockés dans la réserve. Ses doigts coururent sur les fils, cherchant les irrégularités.

Sur la troisième tapisserie — un motif de chasse, des cerfs et des chiens — il trouva quelque chose. Trois points rouges brodés dans le flanc du cerf principal. Deux points bleus dans l'œil d'une biche. Quatre points d'or dans la gueule d'un chien.

Il connaissait ces couleurs. Le rouge pour le feu, le bleu pour l'eau, l'or pour le sang des nobles.

Il recula. Les symboles se formaient dans son esprit, et il en eut un vertige soudain.

La tapisserie ne représentait pas une chasse. Elle représentait le blason d'une famille Quercy — les seigneurs du sud qui avaient soutenu les Armagnacs. Mais sous le motif, presque invisible, une seconde couche de symboles. Les trois points rouges formaient un triangle, les bleus une ligne brisée, les ors une croix.

Et la croix, il le savait, était le sigle que les réseaux royalistes utilisaient pour désigner un agent double opérant au sein du conseil municipal de Compiègne.

Claude lâcha la tapisserie comme si elle le brûlait. Il entendit des voix dehors — deux personnes approchaient, discutant à voix basse. Il se cacha derrière une pile de ballots de laine et risqua un œil par une fente de la porte.

Marguerite. Sa sœur, en habit de laïque, le visage à découvert, marchait aux côtés du prévôt de Compiègne — l'homme chargé des arrestations et, surtout, de la sécurité de la ville. Le prévôt parlait, elle l'écoutait, hochant la tête, puis elle lui dit quelque chose qui le fit rire — un rire de connivence, pas un rire poli.

Il vit le prévôt lui glisser une plume, puis un parchemin. Le même type de parchemin que celui que Rolin lui avait envoyé.

Et Marguerite le prit sans hésiter, le plia, le cacha dans son vêtement.

Claude resta figé derrière les tissus. Le parchemin de Rolin lui brûlait la ceinture. Et soudain, la certitude s'abattit sur lui comme un couperet.

La tapisserie ne montrait pas un agent double du conseil municipal.

Elle montrait, dessiné dans les fils et les couleurs, le profil exact de sa sœur.