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Le Serment du Clerc

Lire le chapitre 8: The Spider's Web

L'arbre de Saint-Jacques avait noirci sur le fond gris du ciel quand Claude atteignit la rive. Le tisserand Jacques lui avait parlé d'un entrepôt abandonné près de la grève, où l'on disait que les charpentiers entreposaient autrefois leurs madriers avant le siège. « L'ombre du métier », murmura Claude entre ses dents. Le métier à tisser projette son ombre là où l'on ne regarde pas — la rive, hors des remparts, hors de la ville, là où les marchandises passent et ne laissent aucune trace.

Il longea les quais, passant devant des gabares retournées et des cordages détrempés. La pluie des jours précédents avait saturé le sol ; l'odeur de vase et de poisson mort montait des berges. Il trouva l'entrepôt trois cents pas après l'église Saint-Antoine, une bâtisse de bois délabrée dont la porte était barrée par une chaîne rouillée — rouillée en apparence seulement. Lorsqu'il poussa, la chaîne céda sans résistance, descellée de son gond depuis longtemps.

L'intérieur sentait la poussière et la cire froide. La lumière, filtrant par les interstices des planches, dessinait des rayures obliques sur des ballots empilés. Claude s'avança, comptant ses pas. Il avait appris à lire les lieux comme on lit un parchemin, du premier regard au dernier détail. Rien ne justifiait un entrepôt si propre. Les murs étaient griffés, mais le sol était balayé. Quelqu'un venait ici régulièrement.

Il contourna une pile de futaines et trouva, dissimulé sous une toile grossière, un coffre de chêne cerclé de fer. La serrure était neuve — de l'acier brillant, pas de la fonte ternie. Il tira son couteau, fit jouer la gâche, et le couvercle céda avec un gémissement.

Des lettres. Des liasses entières, ficelées et cachetées. Claude s'accroupit, les mains tremblantes d'une excitation qu'il s'efforça de contrôler. Il défit la première liasse. C'étaient des comptes, mais pas des comptes de marchands. Des relevés de convois : dates, itinéraires, quantités de grains et d'armes. « Pour les provisions de l'armée de la Loire », lut-il au bas d'une page. L'armée française. La conspiration était plus aiguë qu'il ne l'avait cru — il ne s'agissait pas seulement de sympathisants. Ce réseau alimentait directement les armées du dauphin depuis Compiègne, au cœur même des terres bourguignonnes.

Il défit la seconde liasse. Celle-ci était plus ancienne, des lettres au nom de plusieurs membres du conseil municipal. Le double agent n'était pas une simple figure, mais une filière entière. Il reconnut le nom de Maître Aubry, le receveur des impôts, et celui de la veuve de Champlure. Sept personnes, au moins. Il commença à recopier rapidement les noms et les dates sur une feuille vierge, mais le temps lui manquait.

Un bruit. Lointain, mais distinct. Un pas sur le gravier de la rive.

Claude referma le coffre, remit la toile en place, et chercha une issue. La porte par laquelle il était entré était la seule. La fenêtre haute donnait sur un amoncellement de planches. Il bondit, s'agrippa au rebord, hissa son corps dans l'ouverture. Une seconde lui suffit pour apercevoir, au loin, deux silhouettes en cape brune qui se dirigeaient vers l'entrepôt.

Il glissa de la fenêtre et retomba sur le sol extérieur en étouffant son souffle. Il avait les lettres contre la poitrine — les copies, du moins. Le coffre contenait trop d'informations pour tout emporter. Il fallait laisser une preuve. Il tira une pierre à feu de sa poche, trouva un amas de chiffons huileux abandonné contre le mur sud, et y mit le feu. Quelques étincelles suffirent. La flamme monta, timide d'abord, puis vorace.

Il contourna l'entrepôt par l'ouest, se collant contre les planches, et entendit des voix. « Il a pris quelque chose — ferme la porte ! » Des pas précipités. L'odeur de fumée s'épaissit, et une partie du toit s'effondra avec un craquement sourd. Les deux hommes s'engouffrèrent dans le bâtiment en criant.

Claude rejoignit la rive, le cœur battant, roulant les copies dans sa manche. Il avait marché trente pas dans l'ombre des saules quand la corde lui cisailla les chevilles. Il tomba face contre terre, la bouche pleine de vase, et une main gantée lui plaqua le visage dans le sol.

« Il ne bouge pas, dit une voix grave. Le maître l'attend à la crypte. »

Deux agents. Ils le retournèrent. L'un tenait un coutelas à la lame large ; l'autre tirait déjà sur ses poignets pour les lier. Claude ne vit pas leurs visages — des capuchons de cuir, des yeux étroits. Il chercha la bague de sa sœur du pouce, mais ses mains étaient prisonnières.

C'est alors qu'il se passa quelque chose d'étrange.

Une ombre tomba de la branche du saule — n'eût le silence, on aurait dit une feuille. Elle atterrit entre les deux agents, et ce qu'elle fit ensuite fut si rapide que Claude ne put suivre les gestes. Un fracas d'acier, un cri étranglé. Le coutelas tomba dans la vase. L'un des agents s'effondra, frappé à la tempe. L'autre recula, dégaina une dague, mais l'ombre était déjà sur lui.

Claude se redressa, dégageant ses poignets à moitié entravés, et vit une silhouette enveloppée d'une cape noire, un masque de cuir dissimulant tout de son visage, à l'exception de deux yeux gris incroyablement limpides. Elle tenait un bâton court, qu'elle maniait avec une précision mortelle. Le second agent tomba à genoux, la main sur la gorge.

Le silence retomba.

La figure se tourna vers Claude. Elle ne parlait pas — elle le regardait. Puis, d'un geste lent, elle tira une lettre de sa cape et la jeta aux pieds de Claude. Il la ramassa. Elle portait le sceau du chancelier Rolin — non pas son sceau personnel, mais celui de sa chancellerie de Dijon.

Puis la figure se pencha vers lui.

« Tu as des lettres contre la poitrine et des morts sur la conscience, dit-elle — une voix de femme, douce, ferme, qui semblait légèrement voilée par le cuir. Quitte la ville d'ici trois jours. Le réseau n'attend qu'un prétexte pour te dévorer. »

Claude voulut parler, la remercier, la questionner. Mais elle était déjà partie, absorbée par l'ombre des saules, ne laissant que le bruit de ses bottes sur le gravier et l'odeur de fumée qui montait de l'entrepôt en flammes.

Il resta là, les mains encore liées, la lettre de Rolin serrée entre ses doigts. La voix. Il l'avait déjà entendue. Le poids des années ne lui avait pas enlevé cette intonation, ce léger accent de la vallée de la Meuse. Cette voix, il l'avait entendue dans la crypte Saint-Jacques, derrière le voile de la Spider.

Et elle ressemblait — oh, Dieu — elle ressemblait terriblement à celle de sa sœur.