Le Sillage du Léviathan
Lire le chapitre 20: The Vault
La pluie cessa comme ils atteignaient la fosse. Le sonar grésilla, puis une image se forma sur l’écran : un plateau étroit, encaissé entre des parois de basalte noir, et au centre, une structure trapue, hérissée de capteurs et de lumières clignotantes, posée sur des pilotis de métal rouillé.
Aiko retint son souffle. « Ce n’est pas un vaisseau. C’est une station. Un module d’habitation. »
Elias ne répondit pas. Il fixait le chronomètre dans sa paume ; il émettait une vibration sourde, presque organique, qui s’intensifiait à chaque mètre qu’ils perdaient. Malik coupa les moteurs et le Sunfire dériva dans l’ombre glacée de la fosse, ses phares balayant la coque extérieure de la structure. Des éraflures, des plaques de mousse noire, et une série de fenêtres rondes, épaisses comme des hublots de sous-marin nucléaire.
« On dirait que c’est là depuis des années », murmura Malik.
« Peut-être plus », dit Aiko, les yeux sur ses instruments. « La pression ici… le relevé du Tempest indiquait une profondeur de 1 400 mètres. Ce module est conçu pour survivre à ça. »
Elias enfila sa combinaison de plongée, lourde, blindée, équipée d’un propulseur dorsal et de griffes de préhension hydrauliques. Le capitaine se tourna vers Bran, qui ne disait rien, appuyé contre la paroi, les bras croisés.
« Je descends en cloche. Toi, tu gardes le Sunfire en surface, prêt à lever l’ancre à la seconde où je signale un problème. »
« Et si tu ne signales rien ? »
Elias attrapa son casque. « Alors tu repars. Tu ne viens pas me chercher. »
Bran détourna le regard. C’était presque un oui.
La cloche de descente était un cylindre d’acier terni, conçu pour deux hommes, taillé pour une descente rapide à l’épreuve des courants. Elias s’y glissa seul. Aiko verrouilla le sas, l’échange de regards avec lui fut bref — elle avait le visage fermé, les lèvres serrées, mais elle ne dit rien.
La descente dura quarante minutes. À travers le hublot, l’obscurité était totale, puis des formes apparurent : des ombres massives, des structures englouties, épaves oubliées, et enfin la station.
La cloche se posa avec un choc sourd sur le plancher métallique. Elias vérifia l’étanchéité de son scaphandre, ouvrit l’écoutille, et sortit dans l’eau noire, presque gelée, qui semblait animée de ses propres courants.
Il avança à pas lents, propulsé par le courant, longeant la coque bardée de rivets. Les hublots étaient sombres, sauf un, à environ dix mètres, qui diffusait une lueur bleutée, tremblante.
Il s’en approcha, colla son casque contre la vitre épaisse, et regarda.
La salle était immense — plus grande que tout ce que la structure extérieure laissait imaginer. Une cathédrale de métal et d’eau, éclairée par des projecteurs sous-marins. Au centre, enchaînée à une armature de pylônes, une créature. Elle devait faire la taille d’un rorqual, mais sa forme n’avait rien de naturel : un pelage de plaques écailleuses, des membres grêles et articulés, une gueule béante hérissée de dents recourbées, et des yeux — deux orbites vastes, d’un jaune maladif — fixés sur quelque chose qu’Elias ne voyait pas.
Des chaînes d’acier, épaisses comme son bras, cernaient son cou, ses flancs, ses nageoires transformées. La bête respirait par saccades, un souffle de brume d’eau qui s’échappait de ses branchies en panique tremblante. Elle semblait dormir. Ou prier.
Et devant elle, dans l’eau, une silhouette humaine en combinaison de plongée légère, un tube à la main, des fils branchés dans une console portable.
Elle se retourna.
Le visage de Dr. Hart. Il avait maigri, des cernes violet sombre sous les yeux, une barbe grise mal taillée. Mais il était vivant. Il fit un pas vers le hublot, semblant voir Elias presque à travers lui, puis il leva la main.
Pas un salut. Un avertissement.
Elias fit un pas en arrière. Le chronomètre émit une décharge électrique, une douleur fulgurante à travers son gant. La créature dans la salle ouvrit un œil, et le fixa directement à travers le verre.
Une voix déformée par l’eau, émise par un haut-parleur extérieur de la station, crachota :
« Vous arrivez trop tard. Elle vous a déjà trouvé. »
Elias se retourna. Derrière lui, suspendue dans les ténèbres aquatiques, une ombre plus vaste que la station elle-même bougeait lentement. Elle n’avait pas de forme précise, juste une masse de filaments, de cartilage, de dents, qui pulsait dans le courant.
Il enclencha son propulseur, mais la masse s’avança, plus rapide que toute créature de sa taille n’aurait dû l’être, et referma une nappe sombre sur la lumière du Sunfire qui filtrait de la surface. L’eau se fit noire, plus noire que toute nuit de surface, puis le silence tomba, lourd et définitif.
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