Le Swing de la Seine
Lire le chapitre 29: The Legal Battle
La nuit avait avalé les jardins de la villa Saint-Loup. Evie et Julien se glissèrent le long du mur ouest, leurs ombres dévorées par les cyprès. Les fenêtres du premier étage brillaient d'une lumière dorée — l'office du Baron, d'après les plans que Marcel, le maître d'hôtel soudoyé, leur avait décrits.
« Trois minutes pour traverser la pelouse, » murmura Julien. « Marcel garde le chien dans la cuisine jusqu'à minuit. »
Evie hocha la tête, le cœur battant contre ses côtes. Elle portait la robe noire de service qu'elle avait empruntée à la femme de chambre — moins pour se déguiser que pour se fondre dans les ombres. Ils atteignirent la porte de service. Julien fit jouer la serrure avec la clé que Marcel leur avait vendue contre trois mois de salaire.
L'escalier de pierre sentait la cire et le renfermé. Au premier étage, le couloir s'étirait, solennel, tapissé de vert sombre. La porte du Baron était en chêne massif, ornée d'un médaillon doré représentant un cerf. Julien s'accroupit devant la serrure, sortit ses outils de sa poche — un passe-partout et deux fines lames d'acier.
« Tu fais ça souvent ? » chuchota Evie.
« Les propriétaires de clubs à Paris ne paient pas leurs musiciens avec des chèques. J'ai appris à récupérer mon dû. »
Un clic. Julien poussa la porte.
L'office était un sanctuaire d'ordre masculin — bureau d'acajou massif, bibliothèque vitrée, cartes anciennes aux murs. Le cuir des fauteuils embaumait encore le tabac du Baron. Evie se dirigea vers le bureau, mais Julien l'arrêta.
« Les coffres sont derrière cette tapisserie. Marcel m'a dit que le Baron garde ses affaires illégales sous une reproduction de David. »
Evie souleva le bord de la tapisserie. Derrière, un petit coffre-fort de fonte noire, presque invisible, coincé entre les boiseries. Elle regarda Julien. « Tu peux l'ouvrir ? »
« Pas sans combinaison. Mais je connais quelqu'un à Paris qui — »
Elle secoua la tête. « Nous n'avons pas le temps. »
Julien s'approcha, examina la molette. Il colla son oreille contre le métal, tourna lentement. Silencieux. Il recommença. Evie surveillait la porte, les oreilles tendues vers le moindre bruit dans le couloir.
À la troisième tentative, il y eut un claquement métallique. Julien souffla. « Les gens du Baron sont prévisibles. La date de sa première chasse — 1919. »
La porte du coffre s'ouvrit. À l'intérieur, des liasses de documents classés par chemises de cuir. Evie sortit la première — une liste de marchandises : « Quatre amphores grecques, provenance Alexandrie, fumée de guerre. » Elle fronça les sourcils. « Ce n'est pas du vol d'art, c'est du trafic d'antiquités volées. »
Julien prit une autre chemise. « Contrats avec des musées américains. Fausses provenances. » Il sortit un appareil photo miniature de sa poche — un Kodak pliant qu'il avait acheté chez un vendeur du marché aux puces. « Photographie tout. Chaque page, chaque détail. »
Evie commença à photographier les documents tandis que Julien continuait de fouiller. Un contrat en grec moderne. Une lettre d'un dénommé Papadakis à Athènes. Des bons de livraison pour des caisses transportées par une compagnie maritime basée à Marseille. Le motif se dessinait : le Baron achetait des antiquités pillées dans les fouilles d'Égypte et de Grèce, les blanchissait avec de faux certificats, les revendait aux collectionneurs parisiens et aux musées américains.
Elle se figea sur une page. Une liste de transactions récentes, datée du mois dernier. Le nom d'un transporteur — Jean-Pierre Vautier — lui était familier. Le nom de Vautier était associé à la contrebande dans les docks de Paris. Un autre nom sur la liste la fit frissonner : Lucien Moreau.
« Julien. Regarde. »
Il approcha, parcourut la liste. « Moreau est le commanditaire de certaines de ces cargaisons ? »
« C'est le pire », murmura Evie. « Le Baron détient la preuve des liens de Lucien avec le trafic. S'il est dénoncé, Lucien tombe. Et s'il sait que nous avons cette preuve... »
Julien leva l'appareil. « Alors nous avons une arme contre eux deux. »
Soudain, un bruit dans le couloir. Des pas. Des voix basses. Evie se plaqua contre la bibliothèque pendant que Julien remettait les documents dans le coffre et refermait la porte. Ils se glissèrent derrière les rideaux de velours exactement comme la porte s'ouvrait.
Le Baron entra, suivi d'une femme à la voix rauque. Evie retint son souffle.
« ... et le chanteur américain m'a coûté une fortune, Baron. Vous aviez promis de la faire chanter à la villa pour votre soirée du 14. »
C'était Lucien. Le Baron s'assit à son bureau, alluma un cigare. « Elle a été retenue par une autre affaire. Mais sa sœur, la danseuse, a tenté de s'échapper. Il va falloir envisager des mesures plus radicales. »
« Elle vous a signé un contrat, non ? Cinquante pour cent de ses revenus pour dix ans. Vous la tenez par la gorge. »
« Les chats et les chanteuses finissent toujours par tomber. Mais je veux sa sœur. Lily est une artiste exceptionnelle. Et son origine espagnole est un mensonge que je peux exploiter à tout moment. »
Il y eut un silence. La voix de Lucien changea, devenant plus âpre. « Vous avez parlé de la traite des antiquités à qui que ce soit sans mon accord ? Vous savez que je commandite ces ventes via mon club. Si ces liens sont exposés, nous tombons ensemble. »
« Nous ne tomberons pas. Personne n'a le courage de s'attaquer à un baron de l'aristocratie française. Et les Américains sont trop loin pour se mêler de nos affaires. »
« Les Américains ont une presse qui peut faire du bruit. Et une chanteuse nommée Evelyn Hart a peut-être des oreilles partout. »
Evie sentit sa gorge se serrer. Julien posa une main sur son bras, immobile comme une pierre.
« Evelyn Hart », dit le Baron lentement, « n'est rien d'autre qu'une fraudeuse avec une belle voix. Ses dettes à New York, son passé, tout cela peut être utilisé contre elle. Et si elle essaie de quitter Paris, elle sera arrêtée pour avoir fui ses créanciers. »
« Vous avez des preuves de ça ? »
« J'ai mieux. J'ai des amis à la préfecture. Une signature, et elle se retrouve en cellule d'attente avant de pouvoir chanter un seul couplet. »
Les deux hommes rirent. Les pas se dirigèrent vers la porte. La pièce redevint silencieuse.
Evie et Julien restèrent figés dans les plis de velours jusqu'à ce que le silence se prolonge. Puis Julien la tira doucement vers la fenêtre. Il entrouvrit la fenêtre.
« Nous devons partir, Evie. Maintenant. »
Ils dévalèrent l'escalier de service, traversèrent la cuisine où Marcel faisait semblant de dormir. Ils se glissèrent dehors par la porte du jardin, coururent à travers les cyprès jusqu'à la route de terre, où leur voiture attendait.
Ils ne parlèrent qu'à dix kilomètres de la villa. Evie tenait le rouleau de pellicule comme un trésor sacré.
« Nous les avons. Les liens de Lucien avec le vol d'antiquités. Et la menace du Baron contre moi. »
Julien conduisait d'une main, l'autre serrant le volant. « Nous avons besoin d'un avocat. Quelqu'un qui n'a pas peur de l'aristocratie. Et nous avons besoin d'exposer tout cela au grand jour, lors d'un événement public, où ils ne pourront pas étouffer l'affaire. »
Evie regarda par la fenêtre. Les lumières de Paris se profilaient à l'horizon. « Le gala au Cercle de Minuit dans trois jours, c'est mon prochain engagement. Lucien l'a organisé lui-même. »
« C'est un piège. »
« Oui. C'est le meilleur endroit pour une confrontation. »
Le moteur tournait au ralenti au bord du bois de Meudon. Julien coupa le contact et se tourna vers elle, grave. « Écoute-moi. Si nous jouons cela mal, nous perdons tout. Ton contrat, ta liberté, Lily. Et Lucien a déjà commencé à murmurer des rumeurs à Paris. J'ai entendu un agent ce matin. Il prétend que tu as volé des bijoux à un collectionneur à New York. Que tu fuis la justice américaine. »
Evie sentit le sang lui monter aux joues. « C'est un mensonge. Je n'ai jamais volé personne. »
« Le mensonge n'a pas besoin d'être vrai pour être efficace. Il suffit qu'il soit répété. Et Lucien a des amis dans la presse. Demain, ton nom sera dans les journaux. »
Elle se tut, regardant la pellicule photographique dans ses mains. Ces images étaient sa seule défense contre un homme puissant et un autre prêt à tout pour la détruire.
La voix de Julien se fit plus basse. « Il y a un avocat, un homme qui a déjà combattu le Baron et gagné. Maître Delacroix. Il travaille pour des clients que l'establishment préférerait ne pas défendre. Mais il a besoin de preuves tangibles — des photographies, des noms, des dates. »
« Nous avons ce qu'il faut. »
« Oui. Mais cela ne suffit pas. Pour protéger Lily, pour t'exonérer, pour dénoncer Lucien — il faut que ce soit spectaculaire. Public. Irréversible. »
Evie ferma les yeux. Une image lui vint : la salle du Cercle de Minuit, décorée de cristaux et de velours bleu nuit. Un public de têtes couronnées, de banquiers, d'aristocrates. Lucien derrière le rideau.
Elle rouvrit les yeux, fixant l'obscurité de la nuit parisienne.
« Alors nous rendrons la confrontation publique. Lucien croit contrôler le gala. Il croit qu'il m'a piégée. »
Elle tourna la pellicule entre ses doigts.
« Nous avons quatre-vingt-six heures, Julien. Et une seule chance. »
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