Le Syndicat d'Eau Salée
Lire le chapitre 20: The Rescue
La pluie s'était calmée en une bruine grise qui collait aux pavés du quartier des entrepôts. Jack avançait le long des rails de la voie ferrée désaffectée, le Colt à la ceinture, la lame du couteau glissée dans sa botte. Le dépôt de sel abandonné se dressait à deux cents mètres, silhouette noire contre le ciel laiteux.
Frank avait menti, bien sûr. Le dépôt n'était qu'un leurre, une porte ouverte vers la vérité : Molly n'y était pas. Mais Jack avait passé trois heures à parcourir les docks, interrogeant les débardeurs, achetant des informations à coups de billets froissés. Un homme en bleu de travail avait fini par céder, jetant un regard nerveux par-dessus son épaule.
« Ancienne conserverie Rowland. Au bout du quai onze. Ils l'ont amenée là-bas, cette nuit. Deux gars, un grand maigre et un rouquin. »
Jack s'était contenté de hocher la tête et avait marché.
La conserverie était un squelette de métal et de verre brisé, ses grandes baies donnant sur le chenal. Une seule lumière vacillait dans le bureau du fond. Deux ombres montaient la garde devant la porte — deux ombres, pas deux hommes en bonne posture. L'un fumait, l'autre se tenait avachi contre un mur, visiblement ennuyé.
Jack contourna par les quais, longeant l'eau noire qui clapotait contre les pilotis. Les planches craquaient sous ses pas, mais le ressac couvrait tout. Il atteignit une fenêtre latérale, soulevant le panneau de contreplaqué mal cloué. De l'autre côté, un ancien atelier de mise en conserve empli de machines rouillées. Et au fond, la porte du bureau.
Respire. Compte. Agis.
Il poussa la fenêtre et passa à l'intérieur dans un bruit de verre piétiné. L'air sentait le poisson pourri et le moisi. Il avança entre les cuves de salage, le métal froid contre ses paumes, jusqu'à ce qu'il atteigne la porte du bureau. Une mince bande de lumière en dessous. Des voix étouffées — pas celle de Molly.
Soudain, la porte du quai s'ouvrit en grincement. Les deux hommes entrèrent, leurs rires gras résonnant sous la charpente. Jack se plaqua contre la paroi, la main sur le Colt. Ils passèrent à trois mètres de lui sans le voir, discutant de la paie que Frank leur avait promise.
Le grand maigre s'arrêta net. « T'as entendu ? »
Le rouquin tendit l'oreille. Rien d'autre que le clapotis de l'eau.
« T'es nerveux, le grand. »
Ils s'éloignèrent. Jack expira. Il vérifia la fenêtre du bureau — personnes ne regardait de ce côté. Il poussa la porte d'un coup d'épaule.
Elle céda.
L'intérieur était une pièce étriquée : un bureau métallique, une lampe à pétrole, et Molly, ligotée à une chaise dans le coin, un bandeau sur la bouche et des traces de sang séché sur la tempe gauche. Ses yeux s'écarquillèrent quand elle le vit. Une secousse de tête — non, va-t-en. Jack comprit trop tard.
Une présence derrière lui.
La lame traversa son flanc gauche dans une brûlure glaciale. Jack pivota, la douleur lui arrachant un cri. Le rouquin tenait un couteau sanglant, l'air stupéfait d'avoir réussi son coup. Le grand maigre surgit de l'autre côté, un bâton levé.
Jack dégaina le Colt et tira.
Le coup éclata comme un coup de tonnerre dans l'espace clos. Le rouquin s'effondra, une tache rouge s'étendant sur sa poitrine. Le grand maigre hésita, le bâton suspendu, puis Jack le percuta de plein fouet, l'entraînant contre un râtelier de boîtes métalliques qui s'écroulèrent dans un vacarme assourdissant. Ils roulèrent, luttant, Jack criant sous l'effort alors que sa blessure pulsait. Il envoya un coup de tête, le grand se débattit, puis le bruit d'un coup sourd et le corps s'affaissa.
Jack demeura là, haletant, les mains contre son flanc d'où le sang coulait, brillant entre ses doigts. Il se releva en titubant jusqu'à Molly, trancha les liens d'un geste du couteau.
Elle arracha son bâillon, les yeux brillants. « Frank est au toit. Il devait s'assurer que la "lecon" était comprise. »
« Il est là ? »
« Il a dit qu'il voulait voir ton visage quand tu la trouverais. »
Des pas rapides dans l'escalier de secours en métal, dehors — un troisième homme fuyait par le toit. Jack lâcha le Colt à moitié vide et poussa Molly vers la fenêtre. « Par là. Vite. »
Elle s'immobilisa en voyant le sang. « Tu saignes. »
« Par là, Molly ! »
Ils se glissèrent par l'atelier, l'arrière de la conserverie donnant sur un terrain vague. Les pas de Frank s'évanouissaient déjà dans la nuit. Jack le vit, silhouette écrasée sur le toit voisin, qui s'arrêtait un instant, hurlant dans leur direction.
« Tu saignes pour elle, frangin ? Tant mieux. Chaque goutte que tu perds, je la garde en mémoire. Et quand je serai prêt, je te prendrai tout. Ta fille. Ton port. Ta vie. »
Puis il disparut, sautant dans l'obscurité de l'autre côté du toit.
Jack s'adossa contre la paroi, glissant peu à peu alors que ses jambes cédaient. Molly fut sur lui en une seconde, appuyant sa paume contre la plaie. « T'as une pointe en travers du flanc, imbécile. Reste avec moi. »
Il rit malgré la douleur, un son rauque. « Tu m'as manqué aussi. »
Elle tira une bande de tissu de sa propre chemise, la pressant fort contre la plaie. Ses doigts tremblaient, mais sa voix restait ferme. « On rentre. O'Keefe connait un médecin discret. Mais tu me raconteras tout ce que tu me caches, sinon je te recouds moi-même et je fais n'importe quoi. »
Jack laissa sa tête retomber contre le mur. Le sang continuait de battre au rythme de son cœur, chaque pulsation une promesse faite au nom des Malloy. La trahison était une chose ; que Frank touche Molly en faisait une affaire personnelle, gravée dans la chair et dans le sang.
« On va le détruire, murmura-t-il, les yeux fermés. Sa flotte, son réseau, sa légende. Je lui prendrai tout, pas à pas. »
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