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Le Syndicat d'Eau Salée

Lire le chapitre 3: The Locket

La cale sentait le sel, l'humidité et le bois détrempé. Jack Malloy s'accroupit entre deux caisses de marchandises estampillées *Caledonia*, les doigts glissant sur le plancher jusqu'à ce qu'ils rencontrent le métal froid. Il le ramassa, le retourna dans sa paume : un médaillon en argent, pas plus grand qu'une pièce de cinquante cents, terni par la moisissure, la chaîne cassée net à l'attache.

Il souffla dessus, frotta le devant avec le pouce. Une gravure fine, presque effacée : *À M, de F*.

— Qu'est-ce que tu fabriques, là-dessous ?

La voix de Frank dégringola de l'échelle comme un seau d'eau glacée. Jack referma le poing, enfouit le médaillon dans la poche de sa veste de laine.

— Je vérifiais les coutures du flanc. La coque a pris un sale coup pendant le chargement de Baltimore.

Mensonge propre, bien rodé. Frank descendit les barreaux, ses bottes résonnant d'un bruit sourd sur le métal. Il balaya la cale du regard, les caisses étiquetées *porcelaine fine* — du scotch, si Jack avait raison, et il avait presque toujours raison.

— Tu perds ton temps. Le patron veut qu'on décharge la marchandise avant la marée haute, pas qu'on joue au capitaine.

Jack se releva, épousseta ses genoux. Le médaillon pesait dans sa poche comme un reproche.

— On parle toujours de s'affranchir de cette chaîne, Frank. Faut bien savoir à quoi ressemble le bateau qu'on va voler.

Frank cracha par-dessus son épaule, l'air mauvais. Mais il ne releva pas.

— Une seule fois, dit-il en pointant un doigt épais vers la poitrine de Jack. C'est ce qu'on a dit.

— C'est ce qu'on a dit.

Ils remontèrent ensemble vers la lumière grise du matin, le brouillard de l'Atlantique encore accroché aux mâts. Le port bouillonnait autour d'eux, cris de débardeurs, rouille des treuils, sirène d'un remorqueur qui rentrait au chantier.

Jack toucha le médaillon dans sa poche. Il n'avait pas menti sur les coutures — le bateau avait besoin d'une bonne révision, mais ce n'était pas son problème, pas encore. Le bijou, par contre, avait de la valeur. Un argent solide, sans marque de propriétaire. Ça ferait quelques dollars chez un prêteur sur gages du quartier irlandais, de quoi payer un premier versement sur une embarcation plus rapide que la barque de pêche de son père.

À M, de F.

Il haussa les épaules. Une femme avait perdu ça un jour à bord, dans une autre vie. Pas la sienne.

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La taverne *Le Mouillage* se nichait au bout du quai des pêcheurs, coincée entre un entrepôt de morue et une cordonnerie qui ne voyait plus de clients depuis 1919. Jack y entra à la tombée du soir, l'air chargé de fumée de cigarette et de la chaleur des corps entassés.

Il n'était pas venu pour boire. Il avait entendu dire qu'un vieil homme du nom de Ti-Pol tenait une table de prêts, les poches pleines de dollars graisseux et la conscience vide.

La salle était pleine. Un pianiste écorchait un air de ragtime dans le coin, sans conviction. Jack se fraya un chemin vers le comptoir, commanda une bière qu'il savait tiède et chercha Ti-Pol des yeux.

Il ne le vit pas tout de suite. Parce qu'elle était là.

Elle était perchée sur un tabouret près de la scène vide, une robe d'un vert d'eau qui semblait attraper la lumière des lampes à pétrole. Ses cheveux rouges tombaient sur ses épaules en vagues serrées. Elle riait — non, elle parlait, aux musiciens, au pianiste, à personne et à tout le monde à la fois, avec la familiarité de quelqu'un qui possédait l'endroit sans en avoir les clés.

Elle se pencha pour attraper son verre, et quelque chose tomba de son poignet. Un petit objet brillant qui rebondit sur le plancher et glissa entre deux tabourets.

Jack ne pensa pas. Il s'accroupit, la main tendue, et ses doigts rencontrèrent le métal froid et familier.

Un médaillon. Argent. Chaîne cassée, réparée avec un nœud de fil de soie.

Il se releva, le tint en l'air.

— Vous avez perdu ça, mademoiselle.

Elle le dévisagea. Ses yeux étaient d'un gris de mer d'hiver, et ils le scrutèrent avec une intensité qui le fit se sentir nu sous sa veste de travail.

— Mon Dieu. Le médaillon de ma mère.

Elle le prit de sa main, les doigts effleurant les siens pendant une seconde à peine. Elle ouvrit le fermoir, vérifia l'intérieur — une mèche de cheveux bruns, minuscule, enroulée dans un papier jauni.

— Je l'ai cherché pendant trois jours, dit-elle, la voix changée, plus douce. Je l'avais mis dans ma jupe avant la répétition générale. Je pensais le faire réparer chez le bijoutier.

Jack regarda le médaillon dans sa paume ouverte. La gravure était la même. *À M, de F.*

Le même. Ou une copie. Ou un autre.

— Ma mère est morte en 1916, dit-elle, comme si elle lisait dans ses pensées. Mon père me l'a donné quand j'avais dix ans. C'est tout ce qu'il me reste d'elle.

— Il s'appelait F.

Elle rit, un son bref et mélancolique.

— Francis. Le plus grand imbécile de Boston. Et moi, c'est Molly.

Molly. M.

Jack sentit le poids du médaillon qu'il avait caché dans sa poche intérieure, l'autre moitié de cette histoire familière qu'il n'avait pas comprise. Il n'était pas là pour vendre des bijoux. Il était là pour Ti-Pol.

— Jack Malloy, dit-il en tendant la main. Il y avait deux médaillons ? Un couple, peut-être ? Un pour elle, un pour lui ?

La question était maladroite. Le visage de Molly se ferma, la confiance s'évaporant d'un coup.

— Pourquoi ça vous intéresse ?

— Il m'en est passé un entre les mains plus tôt, dit-il. Sur le port. Un homme l'avait perdu, je l'ai ramassé, je me demandais si c'était le vôtre.

Mensonge. Encore. Mais un bon mensonge, celui d'un homme qui savait que la vérité ferait peur.

Molly le dévisagea encore, puis haussa les épaules, les doigts serrant le médaillon contre sa poitrine comme un bouclier.

— Il y avait une paire, oui. Ma mère et sa sœur, jumelles. Elles avaient fait graver les deux à Boston, avant la guerre. L'autre — elle partit avec ma tante, elle s'est mariée, elle est partie je ne sais où.

— Et sa fille, elle porte quoi, ce médaillon ?

Molly sourit, imperceptiblement.

— Pourquoi vous vous intéressez tant aux médaillons, monsieur Malloy ?

— Appelez-moi Jack.

— Jack.

Le nom dans sa bouche, c'était un autre genre de poids. Il ne savait pas ce qui le poussait, ce qui le retenait, mais il s'entendit dire, sans réfléchir :

— J'ai un service à vous demander. Une information. Rien de dangereux. Vous connaissez le port, vous connaissez les gens — qu'est-ce que vous avez entendu dire sur le cargo Caledonia ?

Son sourire s'effaça. Elle jeta un coup d'œil derrière elle, vers les tables du fond, puis revint à lui.

— La Caledonia. Vous êtes dans la contrebande.

C'était plus une constatation qu'une accusation.

— Je suis intéressé, articula Jack. C'est tout.

— Intéressé ou mouillé ?

— L'un ou l'autre. Les deux, peut-être.

Molly garda le silence un moment. Ses doigts tracèrent le contour du médaillon, un geste inconscient, un rituel.

— Les douaniers ont déjà perquisitionné la Caledonia, deux fois le mois dernier. Rien. Pourtant, des gens savent qu'il y a quelque chose dans ses cales. Des rumeurs courent. Et des gens qui écoutent les rumeurs se font tuer.

Elle releva les yeux, gris perle.

— Écoutez. Vous m'avez rendu ce médaillon. Je vous dois une faveur. À moi, vous dites rien sur le port. À vous, je dis : attention. La société qui possède la Caledonia — elle appartient à des gens dont je ne dirais pas le nom, même si on me payait en or. Vous jouez avec eux, vous jouez votre vie.

Jack encaissa. Les échos des conversations de la cale, la caisse non déclarée, le scotch couché dans le fond. Il avait cru que c'était la corruption ordinaire du port, des douaniers soudoyés, des capitaines complices. Il n'avait pas vu l'autre bord de la carte.

— Je vous dépose chez vous, dit-il. Il fait noir, on ne sait jamais qui rôde.

Molly le détailla de la tête aux pieds : la veste élimée, les mains crevassées par le sel, les mèches noires collées au front par la sueur du jour.

— C'est une proposition ou une question ?

— C'est une proposition.

Elle se leva, lissant sa robe. Ses épaules étaient droites, son regard clair.

— D'accord. Vous me raccompagnez, et vous me racontez. Vous me racontez comment un docker se retrouve à fouiller dans la cale d'un navire qui appartient à des fantômes, et pourquoi il croit qu'il peut marcher sur l'eau sans se noyer.

Jack posa une pièce sur le comptoir, la bière intacte. Dans sa poche intérieure, le médaillon qu'il avait volé ce matin brûlait contre sa poitrine comme une braise mal éteinte.

Il ne le vendrait pas. Pas maintenant. Elle avait dit que c'était une paire — et il détenait l'autre moitié d'une histoire qui n'était pas la sienne, mais qui venait de lui coller à la peau comme le sel des quais.

Dehors, la brume s'épaississait. La lune n'était qu'un halo flou au-dessus des mâts.

— Par où on commence ? demanda Jack alors qu'ils rejoignaient la rue déserte.

Molly marchait à ses côtés, ses talons claquant sur les pavés, et elle ne se retourna pas.

— Par le début, Jack Malloy. Par le moment où vous avez décidé que le port, pour vous, ce serait un royaume ou rien.

Il ne savait pas encore répondre. Mais dans le silence de la nuit, il sentit le poids de la promesse, celle qu'il s'était faite au fond de la cale, celle qui approchait comme la marée : il allait trouver qui contrôlait le navire, racheter la dette de son père, et transformer une cache de scotch planquée derrière des caisses de porcelaine en une flotte entière.

Mais d'abord, il y avait une femme qui lui posait des questions auxquelles il n'avait pas encore les réponses. Et un médaillon sans propriétaire qui pesait contre son cœur, patient comme la mer.