Le Voile Abyssal
Lire le chapitre 21: The Signal
Les haut-parleurs crachèrent une note pure, puis une autre, puis une troisième. Jack retira ses doigts des commandes du transmetteur comme si le métal était brûlant. Il n'y avait pas de vérification, pas de confirmation. Seulement cette mélodie d'enterrement qui rebondissait contre les parois du pylon incliné et filait vers le bas, à travers l'eau noire, vers le Néréïde.
Les secondes s'égrenèrent.
Puis le silence revint, lourd et vide, et la tour gémit sous lui.
Jack se laissa glisser le long de l'échelle de maintenance, les mains engourdies par le froid même à travers les gants du scaphandre. L'eau dans le tube d'éjection lui monta aux genoux, puis à la taille alors qu'il marchait vers la sas. Il n'y avait rien d'autre à faire. Soit le signal fonctionnait, soit il ne fonctionnait pas, et il ne le saurait qu'en retournant à l'intérieur.
Il verrouilla le sas interne derrière lui, laissant l'eau ruisseler le long de ses épaules. Le couloir de la section C était sombre, les panneaux d'éclairage clignotant à intervalles irréguliers. Il retira son casque et écouta.
Un son. Bas. Continu. Un gémissement qui traversait la coque comme la note la plus grave d'un orgue sous-marin. Il ne venait pas des machines. Il venait des murs eux-mêmes.
Puis les lumières s'éteignirent complètement, et dans le noir, Jack entendit des bruits de pas. Plusieurs paires de pas. Venant vers lui.
Il trouva une lampe torche de secours dans un boîtier mural, l'alluma. Le faisceau révéla trois silhouettes au bout du couloir. Le maître d'équipage. Deux techniciens. Ils marchaient d'un pas mécanique, les filaments argentés luisant sur leurs joues comme des larmes de mercure.
Le gémissement s'intensifia, devint presque audible. Jack recula lentement, la lampe braquée sur eux.
Le maître d'équipage s'arrêta. Sa bouche s'ouvrit, mais ce qui en sortit n'était pas une voix humaine — c'était la même note grave, prolongée, qui vibrait dans la poitrine de Jack. Puis il tomba.
Sans un bruit. À genoux, puis sur le côté, comme si quelque chose avait coupé les fils qui le tenaient debout. Les deux techniciens suivirent, s'effondrant l'un contre l'autre dans le couloir.
Jack resta immobile, la lampe tremblante dans sa main.
Les corps convulsèrent. Un spasme violent, presque simultané, qui souleva leurs torses du sol. Les filaments sur leurs visages brillèrent d'un éclat blanc aveuglant, si intense que Jack dut détourner la lampe. Puis une lumière semblable pulse, plus faible, à travers leurs tempes, leurs cous, leurs poignets — là où le tissu avait pénétré.
Il regarda, incapable de détourner le regard, comme les fils se rétractaient. Lentement, comme des serpents repus, ils se retirèrent de la peau, des orbites, des conduits auditifs, laissant derrière eux de petites plaies qui suintaient. Puis la lumière s'éteignit, et la station retomba dans le silence.
Jack avançait dans le couloir, enjambant les corps. Il ne vérifia pas leur pouls. Il ne le pouvait pas. Pas encore.
Au niveau B, la scène était similaire. Des corps allongés dans la cafétéria, dans la salle de repos, certains tordus dans des positions qui semblaient impossibles. Le gémissement avait cessé. Les lumières revenaient une à une, hésitantes, comme si elles aussi doutaient de ce qui venait de se passer.
Jack atteignit le bloc médical. Sam était là, accroupi derrière une console renversée, les yeux écarquillés. Sa main tremblait si fort qu'il tenait son outil de coupe à deux mains, pointé vers la porte.
— C'est moi, dit Jack. C'est fini.
— Fini ? Sam baissa l'outil. Il regarda le couloir derrière Jack, puis les écrans du bloc médical qui revenaient à la vie. — Ils sont... ?
— Par terre. Partout. Les fils se sont rétractés.
Sam se releva lentement, les jambes instables. Il était pâle — plus pâle que Jack ne l'avait jamais vu — et sa propre blessure, là où il avait arraché ses filaments, saignait à nouveau à travers son bandage.
— Et Patel ? demanda Sam.
Jack hésita. Il n'avait pas cherché son visage. Il n'avait pas osé.
— Je vais faire un tour, dit-il.
Il laissa Sam derrière lui et descendit vers le niveau D. Le central de communication était vide. La salle des machines était vide. La coursive principale était vide, hormis les corps inconscients. Puis, dans l'alcôve où il l'avait vue pour la dernière fois, suivant le rayon blanc d'une lampe de détresse encore allumée, il trouva le corps de Sam.
Non. Pas Sam. Samson Wade, le mécanicien de pont qu'il avait embauché six ans plus tôt — celui qu'il avait abandonné lors de la mission Avalanche.
Il était vivant. Il respirait. Ses yeux étaient clos, ses filaments rétractés, et sur sa joue gauche restait une cicatrice unique, plus sombre qu'une brûlure.
Jack s'accroupit à côté de lui et, d'une main gantée, lui releva doucement la tête. Il ne voulait pas le voir ouvrir les yeux. Il ne voulait pas entendre ce qu'il aurait à dire.
Mais Sam — le vrai — ouvrit les yeux.
Il cligna des paupières, désorienté, puis son regard se fixa sur Jack.
— Mercer, murmura-t-il. Putain. Tu m'as laissé là-bas.
Jack ne répondit pas. Le silence entre eux était plus lourd que l'eau autour du Néréïde.
Puis, dans son oreille interne, la mélodie de Voss résonna encore une fois — trois notes, claires et absurdes — et il sut que quelque chose n'était pas encore terminé.
La tour était toujours debout. Le signal était parti.
Mais l'intelligence qui avait régné sur la station n'avait pas fui. Elle s'était simplement retirée, en attendant.
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