Le Voile Abyssal
Lire le chapitre 39: The Truth
La lumière était blanche, crue, stérile. Elle brûlait les yeux de Jack Mercer, habitués depuis des semaines à la pénombre des couloirs métalliques et à la lueur verte des écrans. Il avait fallu un mois. Un mois d'hôpitaux, de débriefings, d'interrogatoires feutrés avec les officiers du Sébastopol. Un mois pour que sa main gauche, encore fragile, cesse de trembler. Un mois pour que le silence de l'Atlantique cesse de bourdonner dans ses oreilles.
Le Dr Voss était assise dans un fauteuil rembourré, face à une fenêtre qui donnait sur un jardin clos. Une camisole de coton bleu pâle remplaçait la combinaison de recherche. Ses cheveux, autrefois tirés en un chignon sévère, pendaient en mèches grises et ternes sur ses joues. Elle ne clignait pas. Elle ne respirait presque pas, sa poitrine se soulevant à intervalles réguliers, mécaniques.
Jack resta près de la porte, les mains dans les poches de son manteau. Un infirmier en blouse blanche était adossé au mur, les bras croisés, le regard vide.
« Elle ne parle pas, monsieur Mercer. Depuis son arrivée, aucun mot, aucun signe. Le scanner cérébral montre une activité résiduelle, mais… » Il haussa les épaules.
Jack fit trois pas dans la pièce. L'air sentait le désinfectant et le papier fané. Il sortit la montre de sa poche — celle de Théo, récupérée par les plongeurs du Sébastopol avant le sabordage. Il l'avait portée tout le mois, sans jamais la remonter. L'aiguille des secondes était figée sur le chiffre sept.
Il la posa sur la table basse, à côté de Voss. Le cliquetis du métal sur le verre brisa le silence. Rien. Elle ne bougea pas.
« Voss. » Sa voix était rauque, encore marquée par l'eau salée et la fumée des circuits brûlés. « Vous ne me devez rien. Je sais ce que vous vouliez faire. Je sais ce que vous croyiez sauver. »
Elle ne réagit pas. Jack inspira. Il avait préparé ses mots pendant le trajet, dans le train silencieux, les yeux fixés sur l'océan qui filait à travers les vitres.
« Le Sébastopol a relevé trois autres sites. Trois stations, trois silences. Tous avec le même signal. Ce n'était pas une créature, c'était une voix. Un appel. Vous l'avez comprise avant moi. »
Il se pencha. À cinquante centimètres d'elle. Il vit la pupille gauche de Voss se contracter légèrement — imperceptible, sauf pour un plongeur entraîné à lire les paniques dans les regards sous-marins.
« Vous avez essayé d'ouvrir la porte. Vous pensiez qu'en l'ouvrant, vous pourriez la refermer. Mais vous avez découvert ce qu'il y avait derrière. »
La bouche de Voss bougea. Un muscle au coin des lèvres. Un frottement de peau sèche contre peau sèche. Jack retint son souffle.
Elle murmura — un souffle plus qu'un mot, si faible que Jack dut s'approcher encore, son oreille à quelques centimètres de ses lèvres :
« C'était… une porte. »
Puis son visage se détendit. Ses épaules s'affaissèrent, comme si ce mot avait été le dernier verrou qui la maintenait debout. Sa tête tomba sur le côté, et le rythme de sa respiration changea — plus lente, plus paisible. L'infirmier s'approcha, vérifia son pouls, hocha la tête.
« Elle dort. C'est la première fois qu'elle s'endort spontanément. »
Jack se redressa. Il regarda la montre sur la table. L'aiguille des secondes. Huit.
Le chiffre se déplaça. Lentement, irrégulièrement, comme un ressort qui se réveille d'un long hiver, l'aiguille passa de huit à neuf. Un saut. Puis un autre.
Jack saisit la montre. Le tic-tac était faible, mais réel. Mécanique. Il n'avait pas touché le remontoir. Personne n'y avait touché.
« Monsieur Mercer ? » demanda l'infirmier.
Jack ne répondit pas tout de suite. Il resserra ses doigts autour du boîtier métallique, les jointures blanchissant. Il repensa aux mots de Voss. *Une porte.* Pas une créature — une ouverture. Un seuil qui s'était formé dans les abysses. Et le signal, cette chanson qui avait résonné dans le noyau du réacteur, n'était pas un message. C'était un phare. Un balisage. Quelque chose, quelque part, avait marqué cette zone comme point de repère.
Et il y avait trois autres endroits où ce balisage était actif. Trois autres stations silencieuses. Trois autres équipes qui n'étaient peut-être plus des équipes.
Jack remit la montre dans sa poche. Le tic-tac était régulier maintenant. Il se tourna vers la porte, s'arrêta, jeta un dernier regard à Voss. Elle dormait paisiblement, comme libérée.
« Vous aviez raison de vouloir la fermer, murmura-t-il. Mais il est trop tard pour la verrouiller. »
Il sortit dans le couloir blanc. Derrière lui, la porte se referma avec un bruit sourd. Devant lui, la lumière crue semblait moins blanche, plus pâle, comme si le monde entier se préparait à l'obscurité qui allait venir.
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