Le Voleur de Mémoires de Paris
Lire le chapitre 11: The Pavilion's Secret
La pluie avait cessé depuis une heure, mais l'humidité imprégnait encore le Bois de Vincennes d'une odeur de terre et de mousse. Luca se tenait devant le pavillon, un bâtiment néo-classique délabré dont les fenêtres étaient condamnées par des planches grises. Les colonnes de pierre, autrefois blanches, portaient des traces de suie et de graffitis. Il consulta sa montre – 1 h 47. Le drone de Moreau ne connaissait pas cette zone, mais il ne pouvait pas s'éterniser.
Il fit sauter le cadenas de la porte arrière avec une pince cryogénique, un outil discret volé deux ans plus tôt à un artisan du Marais. La porte céda avec un grincement sourd. À l'intérieur, le pavillon n'était qu'une coquille vide : des murs écaillés, un sol jonché de débris, une cheminée murée. La poussière formait un tapis uniforme, ce qui signifiait que personne n'était venu depuis des années. Pourtant, le fragment de mémoire de Catherine avait montré l'endroit avec une précision chirurgicale – la table, le corps de Christophe, la lumière crue d'un lustre aujourd'hui disparu.
Il sortit son spectromètre portable et le passa sur le sol autour de la cheminée. Le capteur reçut des traces de calcium, de phosphore et de fer – des résidus de fluides organiques, mais en quantités bien trop faibles pour un corps entier. Quelqu'un avait nettoyé. Mais mal nettoyé. Sous le parquet, là où les lames étaient disjointes, le spectromètre signala une concentration anormale de protéines.
Luca s'agenouilla, sortit un couteau et fit levier sur une lame de parquet. Elle céda, révélant une cavité de trente centimètres. À l'intérieur, une boîte métallique de la taille d'une brique, scellée d'un ruban adhésif industriel. Il la sortit, la posa sur ses genoux. Le ruban portait un logo : *Verdier Sécurité*, le sous-traitant de la clinique de la Rue de Cler.
Il fit sauter le ruban et ouvrit la boîte. Un disque de verre sombre, un serveur de mémoire de type Lévêque-Nagel, enfermé dans une coque de plomb. Ces modèles servaient aux sauvegardes de sécurité dans les cliniques – des conteneurs inviolables pour les enregistrements que l'on ne pouvait pas supprimer du réseau.
— Qu'est-ce que tu as caché là, Moreau ? murmura Luca.
Il glissa le disque dans un lecteur portable qu'il brancha à l'implant temporal. L'appareil mit quelques secondes à déchiffrer l'index. Un seul fichier, verrouillé, de deux heures quarante-cinq. Meta : *Procédure Moreau, opération janvier, enregistrement complet*. La date correspondait à l'autre souvenir effacé – celui que même Catherine ne possédait plus.
Une arme. Une preuve. Ou un piège.
Luca rangea soigneusement le disque dans sa veste, puis se releva. Il jeta un dernier regard au pavillon. L'endroit était plus qu'une scène de crime – c'était un entrepôt de secrets. Quelqu'un avait prévu que ce disque soit retrouvé. Le ruban n'était pas vieux. Il datait de quelques mois, tout au plus. Un rendez-vous pour plus tard. Pour lui ?
Il allait quitter la pièce quand son téléphone vibra. Maya.
— Dis-moi que tu es en sécurité, dit-elle.
— Sors du pavillon maintenant. On a un événement de suivi dans le périmètre. Trois signaux de surveillance.
Luca se figea. Adrian. L'équipe de sécurité de Moreau.
— Ils savent où je suis ?
— Pas encore. Mais ils quadrillent le bois. Ils vont arriver dans moins de dix minutes.
Il pressa le pas, sortit par la porte arrière et plongea dans les fourrés qui bordaient le chemin. Il courut en silence sous les arbres, le disque battant contre sa poitrine, jusqu'à ce qu'il rejoigne Maya dans une voiture de location noire, moteur tournant.
— Tu l'as ? demanda-t-elle.
Il sortit le disque de sa veste et le posa sur le tableau de bord. Maya le regarda, puis Luca, un mélange d'inquiétude et de curiosité dans les yeux.
— C'est quoi ?
— Une sauvegarde de la clinique. L'enregistrement complet de l'opération Moreau de janvier. Y compris ce qu'ils ne voulaient pas montrer à Catherine.
— Tu comptes le lire ?
Luca ne répondit pas. Il regardait par la fenêtre, vers la ligne des tours de la Défense à l'ouest, où le bureau de Bellamy brillait encore.
— Maya, j'ai besoin que tu fasses tourner ce disque dans un bac à sable. Pas dans mon implant. Je veux le voir en entier, sans le revivre.
— Tu es sûr ? Tu te souviens de ce qui s'est passé la dernière fois avec le fragment ?
Il y eut un silence. La voix de Maya était prudente, presque maladive. Elle en savait trop sur les effets secondaires des injections de souvenirs.
— Je n'ai pas le choix. Si je ne regarde pas, on reste aveugles. Et Elodie...
— Elodie, c'est une espionne, rappela Maya. Elle t'a manipulé.
— Elle a aussi été la seule qui m'ait donné un nom. Et sa vie ne tient qu'à un fil.
Maya soupira, démarra le moteur. La voiture s'engagea sur le boulevard extérieur. Le disque sur le tableau de bord semblait peser plus lourd que ce que sa masse léger laissait croire.
— Très bien. Mais on fait ça à Saint-Merri, là où personne ne peut nous suivre. Et je reste à côté de toi, pour intervenir si ton système se bloque.
Luca acquiesça. Il pouvait sentir la présence du pendentif contre sa peau, cette chaleur insistante qui semblait accompagner chacun de ses choix, comme un murmure de sa mère.
Il ne pouvait pas l'expliquer, mais il savait que ce disque allait tout changer. Pas seulement pour Elodie, pour sa mère. Pour la course entière.
La voiture traversa la Seine, les phares de l'île Saint-Louis dansant sur le bitume humide. Dans son rétroviseur, les lumières du Pavillon de Vincennes disparaissaient, un fait qu'il n'était pas prêt à oublier.
— Ils étaient deux à tout contrôler, dit soudain Lucca.
— Qui ?
— Ceux qui ont nettoyé le pavillon. Les traces n'étaient pas uniformes. Il y avait deux passages. Un pour le corps, un pour les preuves.
— Et alors ?
— Alors, quelqu'un a planifié cette disparition de longue date. Et ce disque est resté là pour que quelqu'un le trouve. Quelqu'un comme moi.
Il passa la main sur le disque, une idée fulgurante éclaire son visage d'un éclat sombre.
— Il faut que je parle à Bellamy. Avant qu'Adrian ne se décide à m'arrêter.
Maya ne répondit pas. Elle gardait les yeux sur la route. Elle savait que rien de ce qu'elle dirait ne le ferait reculer désormais.
Quand ils atteignirent l'église Saint-Merri, les premières lueurs de l'aube teintaient le ciel de gris pâle. Luca sortit, le disque dans sa poche de veste, puis traversa la rue pour rejoindre l'entrée du caveau. Il s'arrêta. Son implant capta une présence électromagnétique stationnaire, à quarante mètres, sur le toit d'un immeuble voisin. Une silhouette qui ne bougeait pas. Une autre silhouette au bat tatoué.
Le pendentif contre sa poitrine vibra d'un coup sec, comme un avertissement.
Il n'était pas seul à Saint-Merri.
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