Le Voleur de Mémoires de Paris
Lire le chapitre 12: The Turn: Memory of a Murder
La crypte sentait la pierre humide et le cuivre. Luca s’assit sur le bloc de béton fissuré, le cube de mémoire entre ses doigts comme un œuf de verre. Maya, accroupie près du générateur de secours, le regardait sans un mot. Les lumières ambrées des hologrammes de sécurité dansaient sur son visage, creusant ses traits.
— Tu es sûr ? demanda-t-elle.
— Non.
Il enfonça le cube dans le lecteur sable. L’air vibra. Les murs de la crypte s’évanouirent dans un brouillard beige, remplacés par une salle blanche et stérile. Un bloc opératoire, pensa-t-il. Non — une chambre d’hôtel. Les rideaux étaient tirés, la lumière du matin filtrait à travers des voilages douteux.
Une femme se tenait au centre, dos à lui. Plus jeune. Cheveux courts, carrure fragile. Elle porta une main à sa bouche. Quand elle se retourna, Luca reconnut les yeux de Catherine Moreau — mais sans leur masque d’acier. Ces yeux-là étaient larges, humides, ceux d’une biche piégée.
Elle tremblait.
Une voix sortit de l’ombre derrière elle. Grave, filtrée, métallique.
— Fais-le, Catherine. Tu n’as pas le choix.
Luca se figea. Cette voix. Pas une voix de victime. Une voix de bourreau. La même modulation granuleuse que celle de La Taupe sur les canaux de la Taupe, mais sans l’artifice radio. C’était la source. La Taupe en personne.
— Il me verra. Il me verra et il me tuera, dit Catherine sans se retourner.
— Il voit déjà ce que tu es devenue. Ce n’est qu’une formalité.
Un homme apparut dans le champ de vision : Christophe. Plus âgé que dans l’extrait original, un sourire narquois, une bouteille de vin rouge posée sur la table basse. Il s’approcha d’elle.
— Catherine. Alors tu as enfin accepté l’invitation.
Il lui caressa la joue. Elle ne bougea pas, les poings serrés le long de son corps.
— Il sait tout, dit-elle d’une voix blanche. Il a les enregistrements des dix dernières années. Les cadeaux, les nominations, les morts qu’on a achetées ensemble.
Le sourire de Christophe se brisa. Il recula d’un pas.
— Tu mens.
La voix de La Taupe résonna de nouveau, plus proche.
— Elle ne ment pas, Christophe. Tu as vendu la première élection de sa mère. Tu as vendu sa sœur. Tu m’as vendu toi-même. Et les fichiers sont chez moi.
Christophe comprit. Il tourna son regard vers Catherine, cherchant un accord, une échappatoire. Elle frissonna.
— Pardonne-moi, chuchota-t-elle.
Une lame apparut dans sa main. Un scalpel de cuisine, peut-être, ou un couteau d’office. Elle s’avança, mais ce ne fut pas son corps qui guida son bras — c’était celui de l’ombre derrière elle. Une ombre vêtue de noir, gantée de cuir gris, une batte tatouée griffant l’avant-bras.
La silhouette guidait la main de Catherine. Catherine résistait une fraction de seconde, puis se laissa faire.
La lame entra dans la gorge de Christophe. Le sang gicla en une pulpe sombre sur le papier peint blanc. Christophe tomba, la main crispée sur la bouteille, qui roula sans se briser. Le liquide rouge se répandit en mare indistincte.
Catherine s’effondra à genoux, la lame tachée encore dans sa main, incapable de la lâcher. La silhouette disparut.
— Bonne fille, murmura la voix.
L’image se figea. Le cube se retira avec un clic sec.
Luca resta immobile, le souffle court. Son cœur battait à contre-rythme, une douleur sourde sous les côtes. Dans le sable virtuel, il venait de voir une vérité pire qu’un mensonge : Catherine Moreau n’était pas la meurtrière froide qu’il avait crue. Elle était une marionnette. Et La Taupe — son propre informateur, le type qui le payait depuis trois ans — tenait les fils.
Il se leva. Maya le regardait, les yeux brillants de questions.
— C’était elle, dit-il. Mais elle ne l’a pas fait volontairement. La Taupe contrôlait son corps. Il la forçait.
— La Taupe ? Tu es sûr ?
— Sa voix, Maya. Je l’ai entendue assez souvent pour savoir. C’est lui. Il a orchestré le meurtre. Il a annulé la mémoire de Catherine ensuite, et il a gardé le cube pour la faire chanter.
— Mais pourquoi ? Pourquoi effacer sa propre arme ?
Il n’eut pas le temps de répondre. Le générateur grésilla. Une lampe clignota, puis s’éteignit.
La crypte sombra dans une nuit rougie par les alarmes lointaines.
Luca inspira, déjà en mouvement. Il tendit la main vers un panneau latéral — un passage qu’il avait repéré lors de sa première visite. Maya fouilla la poche de sa veste, en sortit un pistolet à impulsion.
— Il faut sortir. Maintenant.
Il poussa le panneau. Il s’ouvrit sur un couloir de service. Les deux silhouettes s’y engouffrèrent, lumières éteintes, guidées par le retour du son sur la pierre. Au bout, une échelle de maintenance. Luca grimpa, Maya sur les talons.
Le regard de nuit de la rue d’en haut leur déchira les yeux.
— Par là. Le tunnel des égouts. Plan B.
— Tu avais prévu un plan B ?
— Pas celui-ci.
Ils coururent le long des façades mortes, sous les projecteurs balayant la Seine. L’alarme de la crypte résonnait dans les escaliers, se rapprochait. Luca atteignit l’entrée des égouts, une grille rouillée à moitié soulevée.
Il entendit alors un son derrière lui. Pas des pas de course. Des pas calmes. Réguliers.
Il se retourna.
Adrian se tenait à dix mètres, bras croisés, une lueur amusée dans les yeux pâles. Derrière lui, huit hommes en combinaison noire déployés en arc de cercle. Aucun ne courait. Aucun ne pointait une arme. Ils étaient simplement là, positionnés comme s’ils avaient attendu ce moment depuis des heures.
Adrian lissa sa manche.
— Luca Vidal. Je pensais que tu m’aurais respecté un peu plus longtemps.
Luca ne bougea pas. Le locket dans sa poche vibra contre son cœur, intense, comme un cri étouffé.
— Vous étiez là. Depuis le début.
— Depuis ton envol de la tour de Saint-Leu, mon cher. Tu as compris la greffe de la surveillance, mais pas la logique. Un homme qui se cache dans un tombeau pour regarder la mémoire des autres — où irait-il après ?
Maya jeta un œil à Luca, son arme dressée.
— C’est un piège, murmura-t-elle.
— Évidemment, répondit Adrian, souriant. Je n’ai pas seulement suivi la puce de son locket. J’ai laissé tomber une miette bien précise à la villa, une fausse piste sur le pavillon de Vincennes. J’ai mis le cube en valeur dans ton ancien labo. J’ai voulu que tu viennes dans la crypte. J’ai voulu que tu voies cette mémoire.
Luca serra le poing. La rage lui montait aux joues.
— Vous saviez ce que le cube contenait ?
— Je savais ce que ton cœur voulait trouver. La vérité de ta mère, la culpabilité de Moreau, la sécurité d’Elodie. J’ai laissé les pièces s’assembler. Il me manquait juste une preuve directe du rôle de La Taupe dans ce meurtre. Et tu viens de me l’offrir, en intégralité.
Il fit un pas de plus, la tête légèrement inclinée.
— Alors maintenant, j’ai un choix à faire. Je peux te tranquilliser et te faire disparaître dans une cellule sans fenêtre sous les Invalides. Ou je peux te faire une proposition — une qui servira ta haine et ma sécurité. Quelle version veux-tu entendre, Luca ?
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.