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L'Échange du Tunnel

Lire le chapitre 10: The Ventilation Scar

La ventilation hurlait. Un bruit métallique, continu, qui semblait provenir de la paroi elle-même. Mercer appuya son dos contre la grille d'aération, la main plaquée sur son épaule. Le tissu de sa veste collait à la peau, trempé de sang séché et de sueur. Il regarda Camille, accroupie devant le cylindre de verre qu'elle avait sorti de son sac tactique.

Elle déposa une goutte du résidu prélevé dans la seringue sur une lame de microscope miniature. Une lumière bleue baigna la galerie technique, projetant des ombres acérées sur leurs visages. Mercer ne distinguait pas les détails de ce qu'elle voyait, mais il lisait la concentration sur sa mâchoire serrée.

— Alors ?

— C'est bien un neurotoxique. Mais ce n'est pas le C3 standard.

— Qu'est-ce que ça change ?

Elle releva les yeux. Dans la pénombre, ils paraissaient presque noirs.

— La formulation est différente. Plus volatile. Le composé de base du Napoléon a été modifié avec un agent stabilisant. Ça n'était pas prévu pour être injecté.

Mercer laissa échapper un rire sans joie.

— C'est pour être aérosolisé, oui. On le sait depuis la cabine de contrôle.

La respiration de Camille se fit sifflante.

— Tu ne comprends pas. Ce stabilisant permet au toxique de survivre à un changement de pression rapide. Il peut être diffusé par un système de climatisation, un conduit d'air… ou un tunnel de métro.

Le train continua sa course, comme pour souligner leurs paroles. Le faible balancement des voitures se répercutait à travers les rails, un battement régulier contre leurs semelles. Mercer tenta d'évaluer la distance restante. Ils filaient à plus de cent quarante kilomètres-heure sous la Manche. Encore une douzaine de minutes avant Coquelles. Et si le Napoléon n'était jamais destiné à Paris…

— Londres, dit-il à voix haute. Ils ne vont pas le libérer à la sortie du tunnel. Ils l'ont déjà planifié pour la gare de Saint-Pancras. Une extraction ferroviaire, un système de climatisation centralisée…

— Théoriquement, ça peut marcher. La formulation est ultra-violente. Inhalé, il bloque les synapses motrices en moins de soixante secondes.

Le silence s'épaissit entre eux. Mercer repensa aux plans de la ventilation qu'il avait mémorisés dans le rapport d'infrastructure, avant de monter dans ce train. Le Royal Victoria avait été converti pour des trajets internationaux, mais son système de filtration d'air datait d'une époque où personne n'envisageait de transformer un tunnel ferroviaire en lanceur d'armes biologique.

Il grimaça, tentant de fléchir son épaule. La douleur remonta jusqu'à sa nuque, lui arrachant un grognement.

— Tu as besoin de points de suture, remarqua Camille sans détourner son regard de l'échantillon.

— On s'en occupera quand on aura neutralisé Sokolov.

Elle rangea son matériel dans le sac tactique, puis le fixa. Le regard de Camille était différent maintenant. Plus pesant.

— Tu as déjà croisé Sokolov avant ce soir ?

La question le surprit plus qu'elle n'aurait dû.

— Non. Je ne le connaissais que de dossier. Pourquoi ?

— Il a un mode opératoire. Il ne laisse jamais de trace derrière lui. Ni seringue, ni résidu, ni indice. Le fait qu'il ait abandonné une preuve aussi compromettante…

— Tu penses que c'était volontaire ? Que c'est un leurre ?

— C'est possible. Ou alors il a été dérangé dans sa tâche. Mais la manière dont il a fui après t'avoir attaqué… Ce n'était pas un amateur qui prenait la fuite. C'était quelqu'un qui avait un autre objectif.

Mercer la dévisagea. Elle connaissait trop bien les habitudes du GRU pour une simple analyste de liaison. Sa précision sur la composition du Napoléon, sa rapidité à identifier le profil de Sokolov sans jamais l'avoir vu, son silence pendant les heures où ils auraient dû travailler en tandem…

— Camille. Comment tu savais que le protocole s'appelait Napoléon ?

Elle marqua un temps. Un battement de cils, presque imperceptible. Trop long.

— Il est mentionné dans les notes de Vernet.

— Tu n'as lu les notes que ce soir. Moi aussi. On a la page sur le C3, mais le nom n'apparaît que dans une annotation marginale. En bas de la page. Tu ne l'as pas vue avant moi.

L'air entre eux semblait chargé d'électricité. Camille soutint son regard sans ciller, mais Mercer vit une fissure. Quelque chose qu'elle tentait de maintenir hors de la conversation.

— J'ai travaillé avec des agents du GRU en Syrie, il y a trois ans. Viktor Sokolov était un de leurs contacts. Il opérait sous une identité de couverture, un trafiquant d'art. Mon service le surveillait déjà. Le protocole Napoléon est tombé dans une écoute, une brève mention. Je l'ai reconnu quand ton amiral nous l'a transmis.

— Londres ne t'a rien transmis du tout.

Elle détourna enfin les yeux. Le train freina légèrement, prise dans une courbe invisible sous la mer.

— Je suis désolée, Alex. Je ne peux pas t'en dire plus.

— On a une arme biologique sur ce train, Camille. Un homme qui essaie de nous tuer. Et tu me demandes de te faire confiance sans savoir pourquoi tu me caches des informations ? Le silence de plus en plus pesant fut interrompu par un bruit sourd. Un cognement, pas très loin. Provenant de la bouche d'aération, celle par laquelle Sokolov s'était échappé.

Mercer se figea. Camille aussi. Elle porta lentement la main à la poche holster sur sa hanche, dégainant un pistolet compact.

Le cognement se répéta. Une cadence régulière. Trois coups, une pause. Trois coups, une pause.

— C'est une réponse de gîte, murmura Camille.

— Comment ça, une réponse de gîte ?

— Les agents du GRU l'utilisent pour communiquer à travers les parois. Un signal de position. Sokolov ne fuit pas, Alex. Il nous localise.

Mercer se releva, la douleur à l'épaule irradiant jusqu'à ses doigts. Il n'avait plus besoin de faire semblant. Le motif était clair maintenant. Le train s'approchait de la bouche du tunnel. Dans quelques minutes, ils atteindraient les installations de Coquelles et la frontière française. Mais Londres était plus loin. Et si Sokolov avait déjà placé une charge dans la ventilation principale du Royal Victoria, il n'avait pas besoin d'être au point d'impact pour achever sa mission.

— Il ne nous traque pas, dit-il. Il nous ralentit. Pour que le train atteigne le terminus de Saint-Pancras avant qu'on puisse l'arrêter.

Le cognement cessa. Un silence assourdissant leur parvint à travers les parois. Puis un frottement, comme des chaussures qui s'éloignaient dans un conduit étroit.

Camille rangea son arme, mais son regard resta fixé sur Mercer.

— Il y a un passage technique entre le tunnel de service et le train. Sokolov n'a pas besoin de rester à bord pour déclencher la libération du Napoléon. Un dispositif de relais, un point de contrôle distant.

— Et il nous envoie là-bas. Nous chercher.

Le train émergea brutalement du tunnel dans la lumière jaune des halogènes de Coquelles. Les fenêtres ne laissaient voir qu'une structure de béton et des câbles, un univers d'angles morts.

Mercer regarda sa montre. Ils étaient dans la zone française depuis moins de quarante secondes. Le Royal Victoria ralentissait, mais il ne s'arrêterait pas à Coquelles. La rame continuerait jusqu'à la gare de triage, puis serait traitée pour un transfert maritime vers Folkestone et le terminal de Saint-Pancras.

— Il a planifié un chemin de libération au milieu du transit, murmura-t-il. Pas à Paris. À Londres. Mais on est encore entre la France et le Royaume-Uni. Si le système de drainage de la navette peut libérer le toxique dans le tunnel lui-même…

Camille finit sa phrase :

— … chaque train suivant sera contaminé.

Elle se tourna vers lui, un éclat sombre dans le regard.

— Sokolov n'est plus notre cible immédiate. Le dispositif est déjà en place. Il nous a menés ici pour qu'on reste sur le train pendant que le véritable point de libération se prépare ailleurs.

Un autre cognement les figea. Celui-ci venait de la paroi, juste au-dessus de leurs têtes. Deux coups brefs.

Puis le rire de Sokolov, déformé par l'écho du conduit métallique :

— Bien joué, Mercer. Mais vous n'avez plus le temps de le trouver.

Le grésillement cessa. Camille tira sur sa poche tactique, en sortit un plan du terminal.

— Il nous reste quatre minutes avant la fin de la zone de sécurité opérationnelle.

Mercer inspira. La douleur irradiait jusqu'à sa clavicule, mais il se força à avancer vers la porte de la galerie technique.

— Il y a un autre accès à la ventilation. Côté ouest du conduit de drainage. C'est là qu'il a placé le relais. On y va.

Il ouvrit la porte, mais Camille posa une main sur son bras.

— Moi seule.

Mercer se retourna. Dans la lueur des halogènes, le visage de Camille était trop calme pour être honnête.

— Pourquoi ?

— Parce que si je me trompe, il faut que quelqu'un puisse ouvrir une brèche dans le tunnel avant que le train n'atteigne le quai de Saint-Pancras.

Elle soutint son regard, un défi silencieux dans les yeux.

— Et parce que tu ne pourras pas lever le bras pour tirer. Pas à cause de ton épaule, mais à cause de ce que tu vas faire une fois que tu sauras la vérité sur moi.

Le train freina sèchement. Un grincement haletant des roues sur les rails.

Mercer n'eut pas le temps de répondre. Le système d'altitude les plaça dans cette voie de garage, et la caméra de surveillance affichée sur le panneau de la galerie captura une silhouette qui se rapprochait d'eux. Blouse blanche. Chariot à bagages.

Un employé de la maintenance du terminal français marchait vers la rame, un badge autour du cou.

Le motif du badge n'était pas un logo ferroviaire. C'était un sceau noir représentant un aigle et un profil de Napoléon.

— Camille, dit Mercer d'une voix qui trahit son émotion. Qui est ton contact à Coquelles ?

Elle ne répondit pas. Elle déverrouilla la porte et s'engouffra dans le conduit technique, laissant derrière elle un silence qui en disait long.