L'Échange du Tunnel
Lire le chapitre 11: The Broken Seal
La sertissure céda avec un bruit sec, un claquement métallique qui rebondit contre les parois du boyau de ventilation. Mercer recula d'un pas, la lampe frontale braquée sur la plaque d'acier qu'il venait d'ouvrir, révélant une cavité sombre et humide au-delà du conduit. L'air qui s'en échappait sentait le sel et le béton mouillé.
Camille était accroupie derrière lui, son souffle régulier dans l'étroit espace. Elle se glissa à ses côtés, les épaules frôlant les parois, et observa la brèche.
— Ce n'est pas une issue de maintenance normale, murmura-t-elle. Le scellement a été découpé de l'extérieur.
Mercer approcha ses doigts gantés du bord tranchant de la tôle. Des marques régulières, presque chirurgicales, zébraient le métal. Un chalumeau ou une cisaille hydraulique. Quelqu'un avait ouvert ce passage avec un outillage précis, et récemment.
Il se hissa dans la cavité, atterrissant sur une surface plane. Une plateforme de service, enfouie dans l'épaisseur du mur du tunnel, desservait un réseau de câbles électriques et de tuyaux de refroidissement. L'espace était juste assez haut pour qu'il puisse se tenir à moitié courbé, et le sol portait des traces de pas dans la poussière.
Camille le rejoignit, sa silhouette s'encadrant dans l'ouverture. Elle balaya la zone avec sa lampe, révélant deux autres accès: un étroit escalier métallique grimpant vers le plafond du tunnel, et une trappe basse, presque invisible, dans le mur opposé.
— Des plongeurs, dit-elle. Ils sont montés par ça.
Mercer s'accroupit près de la trappe. Des résidus de caoutchouc, une boucle de harnais abandonnée, et une fine couche d'eau salée sur le métal. L'humidité imprégnait encore le cadre. Le passage n'avait pas été utilisé depuis longtemps, mais quelqu'un l'avait emprunté dans les dernières heures.
— Ils peuvent entrer et sortir du train sans jamais passer par les voitures, dit Mercer. La ligne est sous la Manche, mais au point le plus bas, elle n'est qu'à quelques mètres au-dessus du socle rocheux. Assez près pour qu'un plongeur manipulate une plateforme comme celle-ci.
Il se releva, la douleur à l'épaule lui arrachant une grimace. Le bandage improvisé tenait, mais il sentait le sang suinter à travers les couches de gaze. Camille le remarqua, mais ne dit rien.
— Sokolov savait que ce passage existait, reprit-elle. C'est pour ça qu'il s'est enfui par les gaines de ventilation à l'arrière. Pas pour nous semer. Pour nous attirer ici.
Mercer observa les traces de pas. Elles partaient de la plateforme vers l'escalier métallique, mais une série de marques plus fraîches revenaient vers la trappe.
— Il est repassé par là. Après notre affrontement dans la gaine, il ne s'est pas contenté de fuir. Il est venu vérifier quelque chose.
Il sortit son téléphone, ouvrit le dossier technique sommaire que Camille lui avait transmis dans la voiture de tête. Le plan du tunnel montrait des accès de maintenance tous les six cents mètres, reliant les deux tubes principaux à un tunnel de service central. La plateforme où ils se tenaient était l'un de ces points de jonction.
— Si la cible est Londres, le point de dispersion idéale est ici, dit Mercer, traçant une ligne imaginaire sur l'écran. À mi-parcours. Trop tard pour que le train puisse faire demi-tour, assez tôt pour que l'aérosol se propage dans tout le système de ventilation avant l'arrivée sur le sol britannique.
Camille ne répondit pas immédiatement. Elle scrutait le mur du tunnel de service, ses yeux suivant le tracé des câbles.
— Il y a une autre trace, dit-elle soudain. Plus ancienne.
Elle s'agenouilla, pointant du doigt une marque presque effacée dans la poussière. Une semelle de taille réduite, au dessin différent des bottes de travail de Sokolov. Une femme, peut-être, ou un homme léger. Les marques allaient de l'escalier à la trappe basse, dans les deux sens, et dataient de plusieurs jours.
— Quelqu'un est venu ici avant nous, dit Mercer. Avant Sokolov.
Il échangea un regard avec Camille. Le laboratoire de Vernet, les quantités de neurotoxine, le protocole Napoléon. Tout convergeait vers ce tunnel.
— Laisse-moi y aller, dit Camille.
Mercer se tourna vers elle, les sourcils froncés.
— Pourquoi toi ?
Elle désigna sa propre épaule, puis la sienne.
— Ton bras. Si Sokolov est en bas, tu as besoin des deux mains pour te battre. Moi, je suis opérationnelle. Et je connais le protocole C3 mieux que toi. Si ce passage est un point de dispersion, il est peut-être amorcé.
Mercer hésita. Quelque chose dans son ton, dans sa facilité à se porter volontaire, sonnait faux. Depuis la révélation du nom Napoléon, il avait noté un décalage subtil dans son comportement. Elle en savait plus qu'elle ne le disait.
— On descend ensemble, trancha-t-il. Coordinate progress, maintien de contact visuel. Pas d'initiative solo.
— Sokolov a eu trois minutes d'avance. Une minute de plus, et il pourrait déclencher le dispositif avant qu'on puisse l'arrêter. Si je cours, je peux le rattraper. Toi, tu me ralentiras.
Mercer sentit son pouls s'accélérer, mais pas seulement à cause de l'adrénaline. Il avait vu cette technique chez les agents qui travaillaient pour deux maîtres. La séparation soudaine des paires était le premier signal d'une défection imminente. Il l'avait utilisée lui-même, une fois, à Istanbul, pour semer un collègue avant de récupérer un dossier qui n'était pas censé quitter le consulat.
— Non, dit-il fermement. On reste ensemble.
Camille hocha la tête, mais il vit un éclat d'agacement passer dans ses yeux. Elle avait déjà son téléphone à la main, et ses doigts s'immobilisèrent dès qu'elle croisa son regard. Comme si elle avait été sur le point d'envoyer un message.
— Très bien, dit-elle. Mais si on veut le rattraper, il faut aller vite. Tu peux garder le rythme ?
Mercer ôta une partie du bandage, resserra les couches de gaze avec les dents, et fit un test de flexion du bras gauche. La douleur monta en lancées brûlantes jusqu'à son cou, mais le mouvement tenait.
— Tu t'inquiètes pas pour moi.
Ils descendirent l'escalier métallique dans une pénombre grandissante. Le bruit du train, qui quelques minutes plus tôt leur avait semblé sourd et continu, s'estompait derrière la masse de béton du tunnel de service. Au bout de quatre-vingts marches, ils atteignirent un palier étroit donnant sur un corridor voûté qui s'enfonçait sous le tube ferroviaire.
L'atmosphère changea. L'air devenu plus froid, chargé d'une humidité qui ruisselait sur les parois. Mercer éteignit sa lampe frontale, ne gardant qu'une lueur minimale, et tendit l'oreille.
Un bruit léger, presque imperceptible, filtrait depuis l'extrémité du corridor. Un grattement, suivi du frottement d'un tissu contre une surface dure.
Mercer leva la main. Camille s'immobilisa derrière lui, son arme déjà dégainée.
— Il est là, souffla-t-elle.
Mercer secoua la tête. Le son était trop régulier, trop précis. Ce n'était pas un homme qui se déplaçait, ni même qui respirait. C'était un mécanisme. Quelque chose qui tournait dans le noir.
Il fit trois pas, s'approchant d'une jonction de câbles suspendus au plafond du corridor. Une petite boîte noire, de la taille d'un paquet de cigarettes, était fixée à la cloison par un adhésif double face. Une antenne fine en émergeait, orientée vers l'arrière du tunnel.
— Micro, dit Mercer. Il est déjà repassé par ici, installé son équipement.
Camille s'approcha, scrutant le boîtier.
— Sokolov n'utilise pas ce genre de matériel. C'est de la fabrication maison, amateur. Ça ressemble à un outil de surveillance improvisé par quelqu'un qui ne voulait pas utiliser les canaux officiels.
Mercer tendit la main vers le boîtier pour l'arracher.
— Attends, dit Camille. S'il est branché sur le réseau du tunnel, l'arracher pourrait déclencher la procédure d'alerte automatique. Vérifions d'abord.
Mais le geste de Mercer était déjà engagé. Le boîtier vint dans sa main, laissant apparaître un fil de cuivre nu à l'arrière du support. Le fil n'était pas connecté au micro. Il courait à l'intérieur de la cloison, et suivaient un chemin descendant vers le sol.
Mercer se figea. Il fixa le fil, suivit sa trajectoire, comprit ce qu'il reliait.
Le fil était amorcé. Une cuve, enfouie sous le plancher du corridor, contenait un liquide sombre et épais. L'extrémité du fil plongeait dans un relais électrique fixé au bord de la cuve — un déclencheur miniature, de conception simple et mortelle.
— Ce n'est pas un micro, dit-il, la voix changée. C'est un piège.
Un témoin rouge clignotait lentement, comme un battement de cœur patient. Derrière eux, un claquement métallique retentit lorsqu'une porte blindée se referma sur le palier supérieur, et une seconde claqua plus loin dans le couloir, les enfermant de part et d'autre dans le tunnel de service.
Le dispositif ne leur laissa pas le temps d'atteindre la première issue.
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