L'Échange du Tunnel
Lire le chapitre 13: The Double Cross
La rame vibra sous leurs semelles quand ils atteignirent le premier joint de dilatation du tunnel. Mercer s'accroupit, la main plaquée sur son épaule — la douleur irradiait jusqu'à sa mâchoire, un rappel acide que chaque seconde de retard le rapprochait de l'effondrement. Camille rampait deux mètres devant lui, les yeux fixés sur le boyau sombre qui s'ouvrait sur la gauche.
— La galerie de maintenance nord, souffla-t-elle. Elle rejoint le poste de commande section quatre.
— Et Sokolov ?
— Il connaît ce réseau mieux que nous. S'il veut nous perdre, c'est par là qu'il passera.
Mercer hocha la tête sans répondre. Le vent du tunnel sifflait autour d'eux, chargé d'ozone et de poussière de frein. La lumière du train projetait des ombres mouvantes sur les parois de béton, des silhouettes qui semblaient respirer.
Il s'engagea le premier dans la galerie.
Elle était plus étroite que le tunnel principal — à peine deux mètres de large, plafond bas, câbles électriques courant le long des murs comme des artères. Des ampoules nues se succédaient à intervalles irréguliers, certaines grillées, d'autres clignant faiblement. L'air sentait le moisi et le métal chaud.
Mercer compta ses pas. Trente. Quarante.
La galerie déboucha sur un carrefour — trois passages qui se croisaient sous une voûte basse. Des panneaux jaunis indiquaient des directions effacées par l'humidité. Un chariot de maintenance rouillé était renversé contre le mur, ses roues en l'air.
— On bifurque à droite, dit Camille en s'approchant.
— Non.
La voix venait de l'ombre, derrière le chariot.
Trois faisceaux lumineux s'allumèrent simultanément, braqués sur leurs visages. Mercer leva la main pour protéger ses yeux, sa vision éclatée en taches blanches. Il distingua des silhouettes : quatre hommes en combinaison sombre, armes levées, visages masqués.
Il plongea vers le chariot.
Une rafale contrôlée mordit le béton à ses pieds, soulevant des éclats brûlants.
— On ne bouge plus, ordonna une voix plate, sans accent identifiable. Vos mains, visibles, ou je vous coupe en deux.
Camille s'immobilisa à un mètre de lui, les mains à hauteur d'épaules. Mercer serra les dents et fit de même.
Un cinquième homme émergea de la galerie de droite. Grand, les épaules larges, les cheveux gris coupés court. Il marchait avec une aisance tranquille, les mains dans les poches, comme si cette confrontation était une formalité administrative.
Sokolov.
Il s'arrêta à trois mètres d'eux, la tête légèrement inclinée. Ses yeux clairs parcoururent Mercer, s'attardèrent sur son épaule bandée, puis glissèrent vers Camille avec une lueur de reconnaissance personnelle.
— Vous avez fait fort, Mercer. Je ne m'attendais pas à vous voir survivre à la galerie sud. Le dispositif était pourtant simple.
— Qui êtes-vous ? demanda Mercer, les muscles du dos tendus, prêt à tout.
Sokolov écarta les mains, un geste presque paternel.
— Quelqu'un qui a les mêmes informateurs que vous. À ceci près que les miens sont plus fiables.
Un frisson parcourut l'échine de Mercer. Il sentit le regard de Camille sur lui, interrogateur.
— Votre dette, Mercer. Fournier. Le reliquat sur son compte offshore, les intérêts composés que vous tentiez de rembourser depuis deux ans.
Le sol sembla se dérober.
Fournier. Personne ne connaissait le nom de son mentor — personne, sauf une poignée de cadres de MI6 et l'homme qui détenait son dossier. Le nom n'était jamais sorti d'une salle d'interrogatoire sécurisée.
— Comment savez-vous...
— Parce que votre dette est payée, mon vieux. Effacée. J'ai racheté le dossier complet de Fournier il y a six semaines, sur instruction directe de votre service.
Mercer secoua la tête lentement, comme s'il pouvait physicalement rejeter ces mots.
— Londres n'aurait jamais autorisé ça.
— Londres ne l'a pas fait. Votre nouveau patron l'a fait. Discrètement, à travers un compte dormant de la section six. Vous reconnaîtrez la signature.
Sokolov sortit un téléphone de sa poche et projeta une image sur l'écran mat. Un document scanné — une autorisation de transfert, un tampon, et une signature qu'il connaissait par cœur pour l'avoir vue sur des ordres opérationnels pendant sept ans.
Celle de son supérieur direct.
Sauf que cet homme était mort depuis trois ans, tué pendant l'opération de Vienne.
Mercer fixa l'écran, les battements de son cœur ralentissant jusqu'à une pulsation sourde et lourde.
— Ce n'est pas une signature autorisée, dit-il lentement. C'est une contrefaçon propre. Quelqu'un a utilisé le code de Fournier pour blanchir un paiement de couverture.
Sokolov sourit — un plissement froid, sans chaleur, sans triomphe même.
— Voilà. Vous commencez à comprendre. Personne n'a payé votre dette, Mercer. Votre dette a servi de couverture, d'appât. Vous n'étiez pas censé rembourser — vous étiez censé être persuadé que tout était en ordre. Que votre passé était propre. Que vous aviez un avenir.
Il fit un pas en avant.
— Qui, d'après vous, a signalé votre position dans la galerie sud ? Qui vous a guidé dans le tunnel comme du bétail, au centimètre près ?
Mercer ne tourna pas la tête vers Camille. Il ne bougea pas du tout.
Le silence de la voûte se resserra autour d'eux, fourni d'électricité gelée.
— Votre dette, poursuivit Sokolov, n'était que la poignée que votre service tenait déjà sur vous. Et quelqu'un, à Londres, vient de la resserrer. La personne qui vous a envoyé dans cette galerie — celle qui vous a donné la carte de maintenance — celle-là même qui vous attendait.
Sa main désigna les quatre hommes masqués.
— Ils sont sous ordre. Ordre de vous arrêter, Mercer. Pour trahison.
Mercer entendit Camille inspirer brusquement, quelque part à sa gauche. Il n'osa pas la regarder.
Sur le mur opposé de la voûte, une ampoule clignota deux fois, puis s'éteignit.
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