L'Échange du Tunnel
Lire le chapitre 17: The Dead Conductor
Le plafond du wagon vibrait sous leurs pieds. Les pas au-dessus s'étaient arrêtés net, remplacés par un grattement métallique, comme si quelqu'un sondait les fixations du toit.
Mercer poussa Camille vers l'avant, sa main plaquée sur son épaule blessée. La douleur irradiait dans tout son bras, mais il n'avait pas le temps d'y penser. Ils traversèrent le wagon de service, enjambant des caisses de matériel de restauration, jusqu'à la porte verrouillée qui menait au wagon suivant.
— Laisse-moi faire, murmura Camille.
Elle sortit un pass magnétique de sa poche intérieure et le passa sur le lecteur. Le voyant passa au vert, et la porte coulissa avec un chuintement hydraulique.
L'odeur les frappa en premier. Du cuivre. Du sang, vieux de plusieurs heures, mêlé à l'odeur âcre du diesel qui filtrait par les interstices du plancher.
Le wagon était plongé dans une pénombre presque totale, seulement trouée par la lueur rouge des veilleuses de sécurité. Derrière la cloison, le sifflement des roues sur les rails semblait plus sourd, comme si le convoi avait ralenti davantage.
Camille sortit sa lampe torche, balaya la pièce. La cabine du conducteur était en contrebas, séparée par trois marches. Le fauteuil pivotant était de dos, tourné vers le poste de pilotage.
— Il est là, dit Mercer.
Il descendit les marches en faisant attention à ne pas glisser sur le liquide sombre qui s'étalait sur le sol antidérapant. Le corps du conducteur était affalé dans le fauteuil, la tête inclinée sur le côté, les yeux ouverts et fixes. Une fine ligne rouge lui barrait la gorge — un seul passage, net, précis, sans hésitation.
Mercer contourna le fauteuil pour examiner la blessure.
— Un coup de lame de rasoir, ou de scalpel. Quelqu'un qui savait exactement où frapper. Pas de lutte, pas de défense.
— Il a été tué pendant que le train était en marche, dit Camille en s'approchant. Il a dû le laisser entrer. Ce n'est pas un simple agent de maintenance qui aurait frappé.
Elle braqua sa lampe sur le tableau de bord. Tous les voyants étaient éteints. Le système de contrôle automatique avait été débranché, remplacé par une série de câbles improvisés qui partaient de l'unité de navigation vers un boîtier métallique scellé sous la console.
— On nous a coupé toute communication, dit-elle. Mais ça, c'est un truc de technicien. Quelqu'un qui connaissait ce rame par cœur.
Mercer se pencha sur le corps. Il remarqua quelque chose sous le col relevé du défunt : un reflet argenté, à peine visible. Il tira délicatement sur le tissu.
C'était un bouton de manchette. En argent massif. Sur la face, un motif gravé représentant deux cercles entrelacés — le même motif que celui qu'il portait à son propre poignet gauche depuis dix ans.
Il resta figé.
Camille le vit immédiatement. Elle s'approcha, baissa les yeux sur le bouton de manchette, puis sur le poignet de Mercer où le pendant exact scintillait dans la lueur rouge.
— Mercer.
Sa voix était plate, mais le pistolet qu'elle tenait à la main avait légèrement changé d'angle.
— Explique-moi. Maintenant.
Mercer ferma les yeux une seconde. Son esprit courait plus vite que le train.
— Je les connais. Ces boutons de manchette. C'était un cadeau.
— De qui ?
— De Fournier.
Il releva la manche de son propre blouson pour lui montrer le sien — une usure légère sur le bord, le métal poli par le temps.
Quand j'ai été promu agent de terrain, mon mentor m'a donné cette paire. Il m'a dit qu'elles avaient appartenu à son propre formateur, et que c'était un rappel que dans ce métier, les attaches visibles sont les plus dangereuses. Il gardait l'autre paire pour lui.
Camille ne baissa pas son arme.
— Et ce conducteur mort porte l'une des manchettes de ton mentor sur lui. Tu vas me dire que c'est une coïncidence ?
— Ce n'est pas une coïncidence. C'est un message.
Mercer se redressa lentement, gardant les mains visibles.
— Quelqu'un veut que nous le trouvions. Quelqu'un qui connaît l'histoire de Fournier, qui sait ce que ces boutons représentent pour moi. Et qui veut que tu te demandes si je suis impliqué.
— Ton mentor est mort il y a quatre ans, Mercer. Je sais comment il est mort. Tu l'as dit toi-même — tu lui devais toujours quelque chose quand il a été tué en mission.
— Et tu sais aussi que sa mort est toujours non élucidée, répondit-il. Que le dossier a été enterré par des gens qui ne voulaient pas de questions. Que quelqu'un à l'intérieur du DGSI a collaboré à cette mise sous silence.
Camille marqua une pause. Son regard passa du bouton de manchette au cadavre, puis revint sur Mercer. Ses doigts se crispèrent un instant sur la détente avant de se relâcher.
Elle rangea son arme.
— Si tu étais coupable, tu ne nous aurais pas tendu la main pour me montrer le tien. Tu aurais fait disparaître le corps ou détourné mon attention.
— Merci pour ta confiance.
— Ce n'est pas de la confiance. C'est de la logique.
Elle s'accroupit près du corps, examina le bouton de manchette plus attentivement sans le toucher.
— Regarde la face interne. Il y a quelque chose de gravé dessus.
Mercer sortit sa lampe, la braqua sur l'objet. Une fine gravure, presque invisible à l'œil nu.
— Quatre mots. « Pour ceux qui cherchent. » Et un symbole en dessous — une combinaison de chiffres. 631.
Le même nombre qui était écrit au terminus de la carte.
Mercer ressentit un pincement glacé. Fournier lui avait appris ce code. Il n'était utilisé que pour les messages personnels entre agents qui se faisaient entièrement confiance. Le connaître prouvait une intimité presque totale avec son mentor, une familiarité avec ses habitudes et ses secrets.
— Quelqu'un a tué ce conducteur et lui a posé cette manchette comme une signature, dit Camille. Quelqu'un qui voulait que ce soit moi qui la trouve, ou toi. Mais pourquoi ? Pourquoi nous laisser un indice aussi personnel dans un scénario où ils veulent nous fait porter la responsabilité de tout ça ?
Mercer se releva, la douleur à l'épaule le faisant grimacer. Il balaya la pièce du regard. Sur la paroi arrière de la cabine, une trappe de maintenance était entrouverte, laissant voir une échelle métallique qui plongeait dans les entrailles du wagon.
— Parce que le vrai message n'est pas pour nous. Il est pour quelqu'un qui va découvrir ce corps plus tard. Quand il le retrouvera, il saura que le message a été livré. Et il saura que nous sommes passés par ici.
Camille le regarda, une lueur de compréhension dans les yeux.
— Le bouton de manchette est un reçu. Une preuve que le contact a eu lieu.
— Exactement. Et nous sommes les coursiers involontaires. On a trouvé le cadavre. On a vu la marque. Maintenant, celui qui attend ce signal sait que nous avons reçu son information.
— Mais quel signal ? Quel message ?
Mercer regarda l'écran du tableau de bord. Le boîtier métallique sous la console émit soudain une faible vibration, et un voyant vert clignota trois fois avant de s'éteindre.
— Le train va ralentir. Quelque part entre ici et le terminus, quelqu'un va monter à bord pour récupérer ce bouton de manchette. Et quand il le trouvera, il saura que nous avons compris que le conducteur est mort depuis des heures — ce qui signifie que l'annonce de son arrivée à Paris, faite à sa voix enregistrée, était une manipulation.
Camille se tourna brusquement vers lui.
— L'annonce. Elle annonçait l'arrivée à Paris. Mais c'était une bande enregistrée.
— Oui. Et la voix était celle du conducteur. Les techniciens avaient enregistré un message de secours pour les pannes intercom. C'est ce message qu'on a utilisé.
Mercer fixa le bouton de manchette du mort, son propre pendant brillant à son poignet comme un miroir.
— Sokolov n'a pas tué ce conducteur. Il a récupéré son corps après coup, pour la mise en scène. Mais celui qui l'a vraiment tué voulait qu'on sache quelque chose. Il a laissé sa signature la plus personnelle sur le corps, et il savait que je la reconnaîtrais.
— Qui d'autre connaissait la signification de ces boutons ?
Mercer ouvrit la bouche, puis la referma. Une possibilité insoutenable se forma dans son esprit, un scénario qu'il avait repoussé depuis quatre ans.
— Personne. Personne à part Fournier et moi-même n'était censé savoir quoi que ce soit à propos de ces boutons de manchette. Si quelqu'un les a utilisés, c'est qu'il les a obtenus directement de Fournier — ou qu'il a tué quelqu'un qui les portait pour les récupérer.
Le train ralentit encore. Les pieds de Camille crissèrent sur le sol tandis qu'elle gardait l'équilibre. À travers les parois du wagon, un nouveau bruit s'éleva : un grincement métallique, comme une porte coulissante qui s'ouvrait à quelques wagons de distance.
Quelqu'un venait d'entrer dans le train.
Camille remit son arme à la main, les yeux fixés sur la porte du fond, où la trappe de maintenance restait entrouverte comme une invitation.
— Alors, soit ton mentor a survécu à sa mort, soit celui qui l'a tué porte maintenant ses boutons de manchette.
— Et l'un des deux est en train de monter à bord.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.